Vers un Conseil des universités doté de réels pouvoirs

Le Conseil des universités aurait le mandat de dresser d’ici deux ans un portrait complet des universités québécoises — notamment leur financement.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Le Conseil des universités aurait le mandat de dresser d’ici deux ans un portrait complet des universités québécoises — notamment leur financement.

Un groupe de travail recommande la création d’un Conseil des universités doté d’une série de pouvoirs, dont celui de forcer les universités et le ministère de l’Enseignement supérieur à ouvrir leurs livres pour rendre des comptes sur leur efficacité.

Ce futur Conseil pourrait « réaliser les études, les analyses et les recherches requises pour analyser périodiquement l’évolution des ressources […] des établissements universitaires pour la réalisation de leur mission », indique un rapport de 174 pages dévoilé jeudi par Claude Corbo, ex-recteur de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Cet organisme indépendant deviendrait une véritable « autorité » en enseignement supérieur, a précisé M. Corbo lors d’un point de presse à Québec, jeudi.

« Le Conseil des universités disposerait d’un ensemble de pouvoirs, notamment l’adoption de règlements. Un pouvoir important à mon avis devrait être accordé par la loi créant le Conseil : le droit d’aller chercher de l’information dans les universités et même dans le ministère pour qu’on puisse se faire une représentation aussi précise que possible de la réalité dans les universités », a-t-il dit.

Le Conseil aurait le mandat de dresser d’ici deux ans un portrait complet des universités québécoises — notamment leur financement, indique le rapport.

La création d’un Conseil des collèges a aussi été recommandée jeudi à la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David. Elle compte « passer rapidement à l’action à la lumière des recommandations formulées et de ce qui fait consensus, comme je m’y suis engagée ».

La création de ces deux conseils, chargés notamment d’analyser les établissements d’enseignement postsecondaire et de faire des recommandations à la ministre, fait l’objet d’un consensus. Il s’agit même d’un retour à la case départ, puisqu’un Conseil des universités et un Conseil des collèges ont existé entre 1968 et 1993.

Ces organismes indépendants serviront non seulement à améliorer la reddition de comptes des établissements, mais aussi à favoriser les « échanges » entre partenaires de l’enseignement supérieur, a précisé Claude Corbo. Est-ce que les conseils auraient pu prévenir les crises étudiantes récentes ? lui a-t-on demandé.

« Je pense que ça dépend largement des crises, ça dépend de la conjoncture, mais je pense qu’un conseil des universités, par rapport à des événements que nous avons connus dans le passé, aurait pu être un lieu d’échanges moins polarisé, moins conflictuel qu’ailleurs. Ça ne prévient pas des crises, mais ça peut peut-être voir venir de loin ce qui pourrait un jour donner naissance à des crises. »

Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) a émis de sérieuses réserves au sujet de la création d’un Conseil des universités, et pour cause : le CSE perdrait le pouvoir de faire des recommandations à propos de l’enseignement universitaire. Un gros morceau, notent en privé des observateurs du milieu universitaire. Claude Corbo affirme que le CSE garderait sa pertinence malgré ce pouvoir amputé.

2 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 24 mars 2017 08 h 20

    Ayons un doute

    Je ne crois pas que ce Conseil réussira à s'implanter et à avoir un réel pouvoir où que ce soit pour la bonne, ou mauvaise, raison que jamais McGill ne voudra s'y plier.

    En peu de temps une image de chicaniers et de petits fonctionnaires se dégagera de cette initiative pourtant nécessaire. McGill plaidera sa grandeur et sa noblesse par rapport aux visées mesquines des "petites universités", comme par hasard québécoises et donc sujettes au bashing dans les milieux universitaires comme ailleurs. Le PLQ appuiera évidemment McGill, et le projet coulera.

    Tout ça au nom d'esprits "ouverts" et "nobles", comme Couillard likes so much.

    Ainsi la nécessité d'avoir un interlocuteur solide devant le gouvernement et envers chaque université restera un voeu, et chaque université va rester seule devant les diktats utilitaires de Québec et de l'industrie.

    En tout cas... je souhaite bonne chance au Conseil.

  • Bernard Terreault - Abonné 24 mars 2017 10 h 33

    D'accord

    En tant que prof. universitaire maintenant retraité, je ne peux qu'appuyer le principe d'un Conseil qui soit plus qu'un club de discussion.