Le ministre Proulx tient au cours d’éducation financière

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, ne repoussera pas la mise en oeuvre du cours obligatoire d'éducation financière à moins d'être forcé de le faire par les tribunaux.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, ne repoussera pas la mise en oeuvre du cours obligatoire d'éducation financière à moins d'être forcé de le faire par les tribunaux.

Le ministre Sébastien Proulx compte implanter dès l’automne prochain le cours d’éducation financière en cinquième secondaire malgré un avis défavorable du Conseil supérieur de l’éducation (CSE), qui déplore la précipitation de Québec dans ce dossier délicat.

L’enseignement financier devrait plutôt être intégré aux cours existants durant toute la durée du secondaire, estime le CSE dans un avis rendu public mercredi. L’organisme gouvernemental, chargé de conseiller le ministère de l’Éducation, déplore le « contexte d’urgence » invoqué par Québec pour implanter le cours controversé.

« C’est un avis qui vient du Conseil. Je n’ai pas l’intention de le suivre », a lancé le ministre Proulx à l’issue de la séance du conseil des ministres mercredi après-midi. « Pour l’instant, je suis le plan qui est le mien. »

Le ministre de l’Éducation ne repoussera pas la mise en oeuvre du cours obligatoire d’éducation financière à moins d’être forcé de le faire par les tribunaux. Des syndicats d’enseignants contestent en cour l’initiative du ministre Proulx.

Pour implanter ce nouveau cours, le ministère prévoit diminuer de moitié la formation en monde contemporain, qui aborde les grands enjeux des XXe et XXIe siècles comme les guerres, le terrorisme, l’environnement et l’immigration. La Fédération autonome de l’enseignement (FAE), la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) et l’Association provinciale des enseignants du Québec (APEQ) soutiennent que la démarche du ministère est illégale, parce que la décision a été imposée avant même la modification du régime pédagogique.

Les syndicats font valoir que le gouvernement n’a pas démontré l’urgence de la situation invoquée pour réduire la période de consultation sur ces changements proposés, qui est passée de 45 à 20 jours. Le Conseil supérieur de l’éducation est d’accord avec la vision des syndicats et reprend en gros leurs arguments.

Dans un avis rendu public mercredi matin, le CSE « déplore le contexte d’urgence » invoqué par le ministre de l’Éducation pour accélérer l’implantation du cours controversé. L’organisme « estime que les conditions, notamment sur le plan de la formation du personnel enseignant, ne sont pas optimales pour assurer une intégration réussie du contenu en éducation financière dans le curriculum de 5e secondaire ».

« Bien qu’il reconnaisse l’importance de posséder des compétences de base en matière de finances personnelles, le Conseil se questionne sur la pertinence d’ajouter un nouveau cours obligatoire de 50 heures sur cette question. Le Conseil rappelle également que la modification proposée aura pour effet de réduire la place accordée aux cours optionnels au deuxième cycle du secondaire, ce qui réduit du coup la possibilité pour les élèves de découvrir de nouveaux champs d’études qui pourraient contribuer au développement de leur maturité vocationnelle », poursuit l’avis.

Autre source d’inquiétude, le matériel didactique n’est pas prêt pour le cours, note le CSE. L’Autorité des marchés financiers (AMF) a produit du matériel avec d’autres partenaires, mais le Conseil « s’interroge sur cette proximité très forte entre le matériel produit par l’AMF et le programme d’éducation financière ».

La FAE s’est réjouie du rapport du CSE. « Le ministre devrait écouter les gens sur le terrain, des gens capables de le guider pour faire les bons choix. Les conditions ne sont tout simplement pas au rendez-vous pour assurer une intégration réussie », a indiqué le syndicat au Devoir.

Le Parti québécois et Québec solidaire estiment eux aussi que le ministre Proulx devrait renoncer à son projet devant le coup de semonce du CSE. Ni les enseignants ni le matériel pédagogique ne sont prêts en raison de la précipitation du ministre, soutiennent les deux partis. « Pire encore, pour faire entrer de force son cours dans la grille-matières, le ministre demande aux enseignants de choisir les thèmes du cours “Monde contemporain” qui devront être abandonnés pour faire de la place à son nouveau cours », a réagi Alexandre Cloutier, du Parti québécois.

Sur le fond, Québec solidaire ne s’oppose pas à l’éducation financière dans les écoles, souligne Amir Khadir de Québec solidaire. « On souhaite seulement que ça ne se fasse pas n’importe comment. […] Nous souhaitons également que l’éducation financière dispensée ne soit pas orientée dans le sens d’une idéologie particulière. Bref, le ministre Proulx doit cesser l’improvisation et prendre le temps de bien faire les choses, quitte à reporter ce projet d’une année », dit-il.

La Coalition avenir Québec, de son côté, presse le ministre de réintroduire les cours d’économie au secondaire dès septembre prochain. « Le problème majeur dans la gestion de ce dossier, c’est la maladresse du ministre, qui a attendu trop longtemps pour prendre sa décision. Maintenant, le projet est en péril et il n’a que lui-même à blâmer », indique Jean-François Roberge, de la CAQ.

9 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 22 mars 2017 12 h 44

    L'Instrumentalisation de l'éducation pour le compte de l'entrepreneuriat est inacceptable!

    Félicitations et bravo au Conseil Supérieur de l'éducation pour avoir le courage de renoncer à ce qui est essentiellement un lavage de cerveaux en faveur de la politique néolibérale. Les entreprises privées ont arraché un pouvoir démesuré par rapport à nos gouvernements. Et maintenant, elles veulent contourner le but et la vocation d'une éducation classique qui encourage la pensée libre, pour la remplacer par une éducation qui rendrait les étudiants comme des robots au conformisme de l'entrepreneuriat. J'espère que le ministre de l'Éducation va entendre le conseil des experts.

    • Pierre Schneider - Abonné 23 mars 2017 06 h 13

      Contrairement à leurs concitoyens anglophones, les jeunes Québécois sont trop souvent ignorants en matière de gestion de leur argent. Qu'on leur inculque des notions de base- et pourquoi pas le goût de l'entrepreneuriat ?- n'est pas une mauvaise chose. Trop longtemps, au Québec, le fait de faire du fric a été considéré comme "honteux", alors que les membres des classes dévavorisées y aspirent légitimement.

      Qu'on enseigne les bases de l'économie- sans tomber dans l'apologie du capitalisme sauvage- ne peut que nous aider à reprendre bien du temps perdu.

      Les experts dans ce domaine- que vous souhaites qu'ils soient entendus- ne sont-ils pas ceux qui gèrent avec succès leurs affaires ?

  • Jean Breton - Abonné 22 mars 2017 14 h 04

    S'opposer pour les mauvaises raisons

    Contrairement à ce que prétend le CSE, il y a suffisamment de profs formés pour donner ce nouveau cours. Pensons seulement à tous ces anciens profs de l'ex cours d'Education économique qui ont dû se rabattre sur l'histoire de 3e et 4e secondaires.

    Même avec ce nouveau cours d'éducation financière, le nombre de cours optionnels demeure intact puisque ce cours rogne sur le temps d'un cours obligatoire.

    Proposer que l'éducation financière soit saupoudrée dans les autres programmes d'études, c'est énoncer un voeu pieux. Ici, le CSE tombe encore dans ses vieux péchés : être peu connecté sur la réalité prosaique du terrain.


    Par ailleurs, ce qui fait problème avec ce nouveau cours, c'est son contenu qui ne rallie finalement que le milieu de la finance. Ce programme n'embrasse pas assez large. Mais on me rétorquera que « qui trop embrasse mal étreint ». Comme si un bon amant ne savait pas doser la force de l'étreinte selon le contexte. M'enfin !

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 mars 2017 15 h 50

    Le PLQ

    devrait insister sur la connaissance historique du Québec mais il a tellement peur de perdre des votants connaissant notre maltraitance depuis longtemps au moins depuis le fameux "Acte d'Union" ou nous avons du payer les dettes du Haut-Canada
    l'Ontario d'aujourd'hui
    supérieurement développé comparé a nous au Bas-Canada et ca continue de plus belle depuis et aprouvé par plusieurs incluant surtout notre Sauveur Couillard.
    Connaitre d'ou nous venons enseigne de se méfier de ceux qui veulent nos "biens"que de magaziner en Bourse,des assurances et hypotheques etc...

  • André Tremblay - Abonné 22 mars 2017 16 h 56

    Une autre improvisation...

    Ce gouvernement ne gouverne pas. Il va dans le sens où la démagogie populiste l'amène.
    Nous attendons toujours que le sauveur du Québec se manifeste...

  • Michel Lebel - Abonné 23 mars 2017 07 h 00

    Ça vole pas haut!


    Un cours d'éducation financière? Vraiment nécessaire?! Soyons sérieux, et que le ministre suive l'avis du Conseil supérieur de l'éducation. C'est quoi cette obsession pour les finances! Mais c'est tout simplement suivre le courant, à savoir celui du pognon dominant! Pas fort ce ministre! Sans doute son objectif est de faire de tous les jeunes Québécois des boursicoteurs! Tout un programme!

    M.L.