Les organismes en employabilité veulent être mis à profit

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Le projet Formation intégration travail (FIT) accompagne les participants à travers une formation suivie en alternance avec un stage dans un milieu de travail.
Photo: Réseau des services spécialisés de main-d’œuvre Le projet Formation intégration travail (FIT) accompagne les participants à travers une formation suivie en alternance avec un stage dans un milieu de travail.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Rendez-vous national sur la main-d’oeuvre, organisé à Québec les 16 et 17 février dernier par le gouvernement Couillard, a suscité de nombreux espoirs chez les organismes communautaires spécialisés dans la formation continue et l’employabilité. Reste à voir si leurs approches et leurs expertises seront prises en considération dans les suites données à cet événement.

Le taux de succès du projet Formation intégration travail (FIT) a surpassé les attentes initiales : 90 % des personnes qui ont effectué un stage à travers ce programme piloté par le Réseau des services spécialisés de main-d’oeuvre (RSSMO) ont été embauchées par la suite. Lorsque la démarche a vu le jour en 2014, la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), qui finance le projet par l’entremise du fonds lié à la loi du 1 %, demandait que 75 % des contrats soient terminés et que 60 % des participants soient toujours employés après la fin du contrat. Des objectifs largement atteints.

Le projet FIT s’étend aujourd’hui à neuf régions du Québec, dont Montréal, les îles de la Madeleine, l’Estrie et l’Outaouais. Près de 200 participants, éloignés du marché du travail au moment de s’inscrire, ont déjà bénéficié du programme, tandis que 65 personnes amorcent actuellement la démarche. La clientèle est constituée notamment de mères célibataires, de personnes judiciarisées, d’immigrants et de gens peu scolarisés, devant qui se dressent plusieurs obstacles pour décrocher et intégrer un emploi. « Souvent, ce sont des gens qui ont des compétences techniques, mais à travers lesquels il y a des trous, soit parce qu’ils ne connaissent pas le marché québécois [dans le cas des immigrants], soit parce que cela fait des années qu’ils n’ont pas travaillé », indique Karine Genest, directrice générale du RSSMO.

Le projet FIT les accompagne à travers une formation suivie en alternance avec un stage dans un milieu de travail du secteur manufacturier, de la bureautique, du commerce de détail, de l’agriculture ou de l’industrie maritime. Depuis cette année, le secteur du camionnage, confronté à une pénurie de main-d’oeuvre, s’est ajouté à l’offre.

En 2016, le Centre interdisciplinaire de recherche et développement sur l’éducation et formation tout au long de la vie (CIRDEF) de l’Université du Québec à Montréal a publié un rapport analysant la première année du projet FIT. Selon les conclusions, son succès reposait sur « la formule particulière comprenant une série de bonnes pratiques reconnues pour favoriser le retour en emploi de personnes éloignées du marché du travail : accompagnement, formation ciblée, adéquation entre candidat et poste de travail, insertion en entreprise ».

Développer le savoir-être

« Cela permet de faire une mise à niveau des compétences techniques, mais on travaille beaucoup le savoir-être, ce que les compagnies recherchent également, explique Mme Genest. Avant, ce n’était pas quelque chose dont on parlait beaucoup. Mais depuis quelques années, les entreprises ont réalisé, surtout parmi les PME où il n’y a pas de service de ressources humaines, que c’était quelque chose de vraiment important. »

En plus d’une formation pour acquérir le savoir-faire nécessaire dans le secteur d’activité choisi, les participants suivent en tronc commun une cinquantaine d’heures de cours pour améliorer leurs compétences en savoir-être, aussi désignées compétences génériques, articulées autour de la communication en milieu de travail, le travail d’équipe et le service à la clientèle. Des enjeux loin de se révéler anodins. Des professionnels dans la quarantaine d’organisations membres du RSSMO ont été formés pour devenir médiateurs entre le stagiaire et l’entreprise à travers le projet FIT. Ils sont souvent mis à contribution lors de problèmes de communications ou d’incompréhension en début de stage.

« Régulièrement, les entreprises nous rappellent après trois ou quatre semaines pour nous dire que ça ne marchera pas, indique Mme Genest. Avec l’accompagnement, on arrive à dénouer l’impasse. Puis cela se conclut souvent par une embauche. »

Les suites du Rendez-vous

« Les compétences génériques, ça se développe, souligne Richard Gravel, vice-président de la Coalition des organismes communautaires pour le développement de la main-d’oeuvre (COCDMO). Et pour le faire, il faut des formations alternatives à ce que l’on retrouve traditionnellement. » Loin de s’inscrire contre le réseau scolaire, il souhaite néanmoins que le gouvernement du Québec, après le Rendez-vous national sur la main-d’oeuvre des 16 et 17 février dernier, accorde de l’importance aux approches différentes peaufinées dans les organisations communautaires en matière d’accompagnements, de stages ou d’entreprises en insertion.

« On a développé cette expertise et on sait qu’on est capable de contribuer, précise-t-il. On veut que cette expertise soit reconnue et réutilisée. »

Lors du Rendez-vous national sur la main-d’oeuvre, le discours du gouvernement, tout comme le sérieux de sa démarche, a plu à M. Gravel. Mais celui-ci demeurera attentif au prochain budget, impatient de constater comment les intentions vont se matérialiser. « C’est par le financement qu’on va permettre d’accroître les services [et] permettre à tous d’avoir accès à des mesures de formations », résume-t-il.

La situation des « sans-chèque »

M. Gravel souligne la situation des « sans-chèque », comme les immigrants parrainés ou les personnes faiblement scolarisées dans un emploi précaire, qui ne reçoivent ni aide sociale ni assurance-emploi et demeurent souvent laissés pour compte dans la structure de financement actuel. « On est dans un mode où l’on demande aux organisations de prioriser les prestataires de la sécurité du revenu, explique Richard Gravel. C’est certain que pour le ministère [de l’Emploi et de la Solidarité sociale], il y a des avantages en coût. Puis c’est une clientèle difficile à mobiliser. On est assez d’accord avec ça. Mais il y a des gens, parce qu’ils ne sont admissibles ni à l’aide sociale ni à l’assurance-emploi, qui voudraient des services et ne peuvent pas nécessairement y accéder. »

Durant la première année du projet FIT, financé par la CPMT avec des critères plus souples, 40 % des participants s’avéraient des « sans-chèque ». « Les enveloppes, au fil du temps, se restreignent pour cette clientèle, observe Karine Genest. Alors que, nous, on voit notre travail comme de la prévention. […] Si on ne s’occupe pas de cette clientèle, ce sont des gens à risque de devenir prestataire » d’un soutien public du revenu. Elle ajoute que, « souvent, le système scolaire traditionnel ne leur convient pas. Il faut trouver des modèles alternatifs pour pouvoir les soutenir ».