Quand la relâche scolaire oblige à se serrer la ceinture

Pour ne pas s’absenter de ses cours de francisation, Mariana Rudenciuc a choisi de débourser 100$ pour inscrire sa fille Amélie au service de garde de son école primaire.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour ne pas s’absenter de ses cours de francisation, Mariana Rudenciuc a choisi de débourser 100$ pour inscrire sa fille Amélie au service de garde de son école primaire.

Faut-il amener fiston au travail ? Trouver un grand-père ou une grand-mère prêt à l’occuper ? Ou encore carrément se résoudre à s’absenter, parce qu’on ne peut se permettre de payer les frais d’inscription dans un service de garde ? C’est le débat annuel de nombre de parents, à l’approche de la semaine de relâche. Car tous ne sont pas égaux devant cette pause hivernale.

Attendue avec avidité par les élèves — et les enseignants — du primaire et du secondaire, la semaine de relâche, qui bat son plein dans la métropole et dans d’autres régions du Québec, est bien souvent une période difficile pour les parents de familles moins nanties, qui doivent faire preuve de créativité pour occuper leur progéniture.

Des besoins énormes

S’il existe des camps de semaine de relâche pour tous les portefeuilles, certains coûtant près de 1000 $, même ceux dont les tarifs sont très modestes peuvent s’avérer hors de portée pour les familles nombreuses ou démunies.

« Parfois, même 30 $ pour la semaine, c’est trop », constate Roland Barbier, le directeur général du Centre communautaire Hochelaga (CCH), qui depuis une trentaine d’années offre un programme de jour pendant la semaine de relâche, ouvert à tous, au prix de 35 $ la semaine.

Le camp du CCH permet aux 4 à 12 ans d’échanger avec d’autres jeunes de leur âge, en participant à une grande variété d’activités stimulantes. « Mais à 12 ans, on ne les met pas dehors. Les enfants peuvent venir faire du bénévolat, ils acquièrent avec nous une expérience. Le temps venu, à 15 ans, on leur offre un emploi comme moniteur », explique M. Barbier. Les besoins sont « énormes » dans la métropole, ajoute-t-il.

Parfois, même 30 $ pour la semaine, c'est trop

Malheureusement, tous les secteurs n’ont pas leur camp à prix modique. « Souvent, les parents vont trouver des grands-parents, la mère va s’absenter quelques jours et ensuite ce sera au tour du père. Parfois, les enfants vont aller au travail avec leurs parents », énumère Donald Gingras, le directeur général de la Fondation des Patros, un regroupement de sept organismes communautaires situés au Québec et en Ontario, qui offrent une multitude de services aux familles dans le besoin.

La relâche ou la francisation

D’autres, comme Mariana Rudenciuc, une Moldave ayant immigré au Canada avec sa famille il y a maintenant dix mois, ont opté pour le service de garde offert par la Commission scolaire de Montréal dans une vingtaine d’écoles de la métropole. Il lui en coûte 100 $ pour la semaine, une somme importante pour une famille nouvellement installée au pays.

« Je devais choisir entre m’absenter toute la semaine de mes cours de francisation et ce camp, explique la jeune femme, croisée à l’école publique Les enfants du monde, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce. Ce n’est pas une décision facile, mais je sais qu’ici les enfants sont en bonne compagnie et font plein d’activités intéressantes. »

Plusieurs de ses camarades de classe ont, eux, choisi de s’absenter, faute de ressources financières. « C’est bien pour moi, mais pour ma fille aussi, le camp de la relâche, parce qu’elle poursuit elle aussi sa francisation », dit Mme Rudenciuc.

« Ils jouent, ils bougent, ils bricolent. C’est ce qu’il y a de mieux pour les enfants », se félicite-t-elle.

Alain Boucher, le technicien en service de garde à l’école Les enfants du monde, souligne néanmoins que les activités possibles avec un budget hebdomadaire de 100 $ par enfant demeurent limitées. « Les besoins sont importants, mais on fait ce qu’on peut avec un petit budget », souligne-t-il.

En février, le gouvernement Couillard a d’ailleurs octroyé près de 580 000 $ à une soixantaine de projets de garde pendant la relâche scolaire et la période estivale, à l’échelle de la province, dans le cadre du Programme de soutien à des projets.

3 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 8 mars 2017 08 h 19

    Il faut éradiquer la pauvreté

    Contrairement à ce que que propose Royer, l'éducation ne suffira pas à enrayer la pauvreté...

    Il faut, dans une province où l'on est en mesure de payer nos médecins à prix d'or que l'on empêche tous les enfants de vivre dans la pauvreté.

    Ayons soin de nos enfants autant que de nos médecins!

    • Daniel Bérubé - Abonné 8 mars 2017 08 h 50

      Il faudra faire attention... le médecins semblent être devenus des bébés gâtés ! Ou plutôt, des enfants rois !

    • Jean Richard - Abonné 8 mars 2017 09 h 45

      « l'éducation ne suffira pas à enrayer la pauvreté... »

      Non, l'éducation n'y fera pas grand chose car au départ, l'éducation est inégalitaire. Il y a l'école des riches et l'école des pauvres, avec des inégalités qui, loin de s'amenuiser, ont tendance à augmenter.

      Je lisais, il y a quelques minutes, un article à saveur féministe, où on parlait d'inégalité des sexes dans le jazz, inégalité apparemment mesurable par un bête calcul du nombre de représentants de chaque sexe dans les formations musicales. Or, si on refaisait ce bête calcul en remplaçant sexe par richesse, il y a tout à parier que l'on observerait que le plus grand nombre de musiciens vient des milieux aisés. Une telle observation serait d'autant plus navrante que le jazz, à l'origine, n'était pas la musique des nantis, bien au contraire. Mais aujourd'hui, même le jazz s'est lourdement embourgeoisé et est devenu moins accessible, en particulier pour les jeunes.

      L'éducation, y compris celle des arts, est inégalitaire et ça, on préfère trop souvent ne pas en parler.

      Plus tôt, j'entendais à la radio d'état fédérale la nouvelle suivante : les femmes au Canada ne gagneraient que 90 % de ce que gagnent les hommes (on s'est bien gardé de dire comment on en était arrivé à ces chiffres). Or, si on remplaçait hommes et femmes par aisés et démunis, on découvrirait peut-être que les gens provenant de familles démunies gagnent beaucoup moins que ceux provenant de familles aisées. Il y a tout à parier que le résultat des calculs serait bien inférieur à 90 %.

      Le néolibéralisme de nos gouvernements est bien peu sensible aux inégalités économiques et sociales. Cette vision néolibérale ne fera qu'accentuer le problème.

      Même la semaine de relâche contribue aux inégalités...