Le cégep Bois-de-Boulogne abandonne le programme Arts, lettres et communications

Le cégep Bois-de-Boulogne renonce à offrir le programme Arts, lettres et communications, au grand déplaisir de certains enseignants qui font valoir que le nombre d’inscriptions est relativement stable d’année en année.
Photo: Jean Gagnon CC Le cégep Bois-de-Boulogne renonce à offrir le programme Arts, lettres et communications, au grand déplaisir de certains enseignants qui font valoir que le nombre d’inscriptions est relativement stable d’année en année.

Faute d’inscriptions, le programme Arts, lettres et communications fermera l’automne prochain au cégep Bois-de-Boulogne. Fait plutôt rare, la direction du collège a pris cette décision avant le 1er mars, date limite des inscriptions au premier tour, disant vouloir permettre aux étudiants de se réinscrire. Elle en a informé les enseignants et le personnel des départements concernés lundi dernier lors d’une rencontre.

Selon les chiffres qui auraient été transmis lors de cette rencontre, mais qui ne sont pas confirmés par la direction du cégep, il n’y aurait eu que 11 inscrits dans les deux profils d’arts, lettres et communications, l’un plus axé sur les arts visuels et numériques et l’autre, sur les médias. La direction aurait même fait valoir qu’il y aurait à ce jour à peine une centaine d’inscriptions complètes à ce programme dans tous les cégeps membres du Service régional d’admission du Montréal métropolitain (SRAM), dont plus des trois quarts au cégep anglophone Vanier College, disent des sources à l’interne.

Selon le SRAM, il est encore trop tôt pour rendre public le portrait des inscriptions au premier tour, mais il confirme que la direction de ce cégep situé dans Ahuntsic-Cartierville l’a contacté il y a environ deux semaines pour avoir le nombre et le nom des étudiants inscrits en Arts, lettres et communications. Cette pratique est peu courante, mais « cela se fait », confirme Geneviève Lapointe, porte-parole du SRAM. « C’est ensuite la responsabilité du collège de joindre ces candidats-là et d’aménager quelque chose pour eux, a-t-elle expliqué. Mais c’est quelque chose qui arrive exceptionnellement, c’est rare. » Cette année, le cégep Bois-de-Boulogne est le seul à avoir suspendu un programme avant la fin des inscriptions.

Problème de rentabilité

Cet empressement à vouloir fermer le programme d’Arts, lettres et communications pour l’automne 2017 a provoqué un malaise, voire un profond mécontentement chez les enseignants et le personnel. Pourquoi ne pas attendre la fin des trois tours des inscriptions au collégial ? ont demandé certains. D’autant plus que, chaque année, le programme finit par se renflouer grâce aux étudiants refusés au contingenté programme d’animation 3D.

Certes, le programme n’est pas parmi les plus populaires, mais, année après année, le nombre d’étudiants qui le choisissent à Bois-de-Boulogne est « stable », a indiqué une personne à l’interne, sous le couvert de l’anonymat. « Et on est très bon en rétention. »

Les inscriptions sont à la baisse en Arts, lettres et communications, et ce, dans tous les cégeps du SRAM, a fait valoir le directeur du cégep, Maurice Piché, répondant par écrit aux questions du Devoir. Pour les années 2015 et 2016, cette diminution aurait été de 7 % par rapport à 2014 pour les cégeps du SRAM. À Bois-de-Boulogne, depuis 2013, des fluctuations d’inscriptions d’environ 75 % ont été observées entre la meilleure et la moins bonne année. « Comme le collège a suspendu lundi ses admissions, nous ne pouvons les comparer avec ces années, car il manque les demandes les plus tardives qui auraient pu être faites. Malgré tout, nous n’avions reçu qu’une faible proportion de la moins bonne de ces années », a expliqué M. Piché. Et une demande d’inscription n’équivaut pas nécessairement à une inscription, souligne-t-il, pour justifier sa décision.

Ailleurs au Québec, hormis une baisse de clientèle normale observée surtout dans les régions, les inscriptions dans le programme Arts, lettres et communications n’ont pas chuté plus qu’à l’habitude, a indiqué pour sa part la Fédération des cégeps après un rapide coup de sonde auprès de ses membres.

Accusé de privilégier les sciences au détriment des autres programmes, notamment en arts, la direction du cégep Bois-de-Boulogne se défend. Selon ses données, le profil « nouveaux médias » (500.AJ) du programme Arts, lettres et communications « n’a jamais atteint le seuil de rentabilité fixe? par le financement reçu du ministère. » Quant à l’autre profil, « Arts, création visuelle et numérique » (500.AF), ce seuil n’aurait pas été atteint lors de deux des quatre dernières années.

Au profit des anglos ?

N’empêche, avec la disparition du programme d’Arts, lettres et communications à Bois-de-Boulogne, ce secteur géographique du nord de l’île se trouve quelque peu dégarni si l’on tient à étudier en français dans ces deux profils (500.AF et 500.AJ). Car, outre le collège Montmorency à Laval (qui offre Communication médias 500.AJ), il n’y a que le cégep anglophone Vanier College qui offre un équivalent, soit Communications, Media and Studio arts (500.AF).

Ce cégep anglophone ne semble d’ailleurs pas souffrir de baisse d’inscriptions dans ce programme, qui accueille environ une centaine d’inscrits chaque automne et une trentaine à la session d’hiver. Selon Christoph Heldt, enseignant et co-coordonnateur du Département de communications, au-delà de la qualité du programme, le collège Vanier bénéficie de sa situation géographique stratégique et de la croissance de l’immigration — Ville-Saint-Laurent contient une bonne part d’immigrants qui privilégient l’anglais. « On s’est même fait demander par le ministère d’augmenter nos devis pour accepter plus d’étudiants », dit-il, reconnaissant que les problèmes de clientèle des cégeps francophones sont à leur avantage. « On ne peut pas dire qu’on ne bénéficie pas de ça. »

En raison de la suspension du programme, plusieurs enseignants non permanents perdront des charges de cours, voire n’enseigneront plus du tout. La direction a évoqué une relance du programme pour l’automne 2018. Mais certains craignent que le mal soit déjà fait.

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