Une idée qui séduit de plus en plus la génération Y

Claude Lafleur Collaboration spéciale
La TELUQ travaille actuellement sur la ludification de ses cours.
Photo: Ivan Strba Getty images La TELUQ travaille actuellement sur la ludification de ses cours.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’été s’avère fort occupé à la TELUQ, qui accueille nombre d’étudiants voulant progresser plus rapidement dans leur domaine d’études.

Créée en 1972, l’université TELUQ est née d’un projet de télé-université expérimentale lancé dès les premières années de création de l’Université du Québec. Il s’agit d’ailleurs de l’une des constituantes de l’UQ, au même titre que l’ENAP et l’UQAM. C’est même la seule université au Québec — et l’une des très rares au monde — à donner son enseignement entièrement à distance, et ce, 365 jours par année.

« Notre objectif, c’est l’accessibilité, souligne le nouveau directeur de la TELUQ, Martin Noël. Nous offrons donc l’accessibilité non seulement géographique, mais également dans le temps. C’est dire que bon nombre d’étudiants inscrits à la TELUQ, pour suivre un programme complet ou une formation spécialisée, ont des horaires serrés et étudient lorsqu’ils le peuvent. On offre donc l’accessibilité temporelle. »

Chaque année, la TELUQ accueille 20 000 étudiants, ce qui en fait, à ce chapitre, la cinquième université en importance au Québec, rapporte Nathalie Letendre. Le directeur général souligne en outre que son université compte un petit corps professoral — d’environ 70 professeurs —, mais que les membres sont des chercheurs très actifs dans leur domaine d’expertise. « Ce sont des chercheurs, comme dans toute autre université, mais dont l’enseignement se fait à distance », explique-t-il. « Nous sommes d’ailleurs des précurseurs en formation à distance, observe M. Noël, et c’est nous qui avons formé à peu près tous les spécialistes au Québec dans ce domaine ! Et sans cesse nous cherchons les meilleures façons de stimuler nos étudiants. »

Comme dans un jeu vidéo

« Nous avons une clientèle très diversifiée et qui tend même à se rajeunir, poursuit Nathalie Letendre, puisque les “milléniaux” sont nés avec les ordinateurs. »

Elle rappelle que, lorsque la TELUQ a été mise sur pied, « personne d’autre ne faisait de la formation à distance et c’était un défi que de vendre l’idée de faire de cette façon de la formation de qualité et d’excellence. Mais maintenant, c’est justement ce que recherchent les “milléniaux”, habitués à se former sur ordinateur. »

Martin Noël, directeur général de la TELUQ depuis un an, a même l’intention de pousser l’idée plus loin en offrant de la formation universitaire à la manière de jeux vidéo. Il parle ainsi de la « ludification » des cours offerts par son université.

« Nous travaillons sur divers développements technologiques et pédagogiques, explique-t-il, dont l’un consiste en la ludification de nos cours et programmes et qui repose sur les techniques du jeu vidéo. »

C’est ainsi que les concepteurs de jeux recourent à des techniques et à des astuces pour soutenir et stimuler l’intérêt des joueurs, notamment par l’intermédiaire de récompenses (virtuelles) et de progressions par palier. Or, voilà que les chercheurs et pédagogues de la TELUQ songent à en faire autant.

« Il y a plein de trucs qu’on peut appliquer, indique M. Noël. Nous avons d’ailleurs pris contact avec des sociétés de conception de jeux vidéo afin de développer cette approche. » Et ajoute-t-il avec un sourire : « Ce serait génial si nos étudiants devenaient aussi accros à nos cours ! »

Accompagnement

« Nous préconisons trois valeurs fort importantes : la persévérance, le sens de l’organisation et l’autonomie », enchaîne Nathalie Letendre, directrice du service des communications et des affaires publiques de la TELUQ. « Nous pouvons donc pratiquement garantir que les étudiants qui sont diplômés chez nous ont fait preuve d’autonomie, qu’ils sont responsables et organisés puisque ça prend cela pour réussir des études à distance », ajoute M. Noël.

Entre-temps, Nathalie Letendre rapporte que l’université met désormais l’accent sur l’accompagnement des étudiants tout au long de leur apprentissage en leur donnant, au besoin, un « p’tit coup de pouce » ou une « tape dans le dos ». « Nos étudiants ne sont pas des numéros, note-t-elle. Nous sommes capables de les accompagner autant dans leur cheminement général que dans leurs cours grâce aux outils que nous avons développés. »

« Désormais, nous nous concentrons sur la réussite de chacun d’eux afin d’intervenir au bon moment, ajoute M. Noël. Nous avons remarqué que nos étudiants ont besoin d’interventions opportunes… Certains nous l’ont d’ailleurs fait savoir : la petite tape sur l’épaule qu’on leur a donnée, juste au bon moment, leur a fait grand bien. »

Recrutement d’étudiants étrangers

La nouvelle direction de la TELUQ désire être de plus en plus présente à l’international. « Nos cours sont très facilement exportables, constate le directeur général. Nous avons une offre intéressante et nous voulons collaborer avec d’autres universités pour voir comment on pourrait contribuer à amener des étudiants étrangers à venir étudier au Québec. »

La direction de la TELUQ déplore en outre que plusieurs étudiants étrangers qui viennent ici ne soient pas préparés ni en ce qui a trait à la culture ni au chapitre des préalables. « Ils viennent échouer et repartent », déplore M. Noël en constatant que le taux d’échec est malheureusement élevé chez les étudiants étrangers.

« Si nous pouvions les préparer à distance, et ainsi accueillir des étudiants qui auront davantage de chance de réussir, ça serait gagnant pour tout le monde », résume-t-il.

« C’est une offre que nous pourrions ouvrir à l’ensemble des universités du Québec, relate Nathalie Letendre. La TELUQ pourrait ainsi former d’avance les étudiants à l’étranger qui viendraient par la suite se former ici. »

Martin Noël envisage donc que la TELUQ offre un cours d’introduction à la culture québécoise ainsi que, selon les besoins, un certain choix de cours préalables. « En quelque sorte, nous pourrions offrir une année préparatoire, dit-il. Il y a déjà certains cours en place, mais on voit qu’il y a de plus en plus un besoin pour cela. Nous y travaillons et nous sommes ouverts à le faire en partenariat avec d’autres universités. »