Le recteur de l’UdeM propose un compromis aux professeurs inquiets

Le projet de réforme de la gouvernance de l’université, annoncé par le recteur Guy Breton tout juste avant le temps des Fêtes, continue de susciter une énorme méfiance.
Photo: Gérald Dallaire Le Devoir Le projet de réforme de la gouvernance de l’université, annoncé par le recteur Guy Breton tout juste avant le temps des Fêtes, continue de susciter une énorme méfiance.

Aux prises avec un barrage de questions des professeurs, le recteur de l’Université de Montréal a mis de l’eau dans son vin et présenté lundi une version amendée de son projet de réforme de la gouvernance de l’établissement.

Le recteur Guy Breton a présenté une série d’amendements qui visent à renforcer l’autonomie de l’établissement quant au gouvernement et à garantir la liberté intellectuelle des professeurs, des étudiants et des autres membres du personnel. Il affirme être convaincu que ce compromis répond aux inquiétudes soulevées au cours des derniers jours par la communauté universitaire, qui disait craindre une intrusion du milieu des affaires dans la gestion de l’université.

« Je répète, personne ne va y perdre. On vient renforcer l’autogestion de l’université, je veux qu’on se gère nous-mêmes », a déclaré le recteur durant une réunion houleuse de l’assemblée universitaire, qui regroupe 121 membres de la communauté de l’Université de Montréal.

« L’État est de moins en moins soucieux de nos difficultés et de moins en moins respectueux de nos prérogatives. Mes collègues et moi, on vit un dirigisme qui s’amplifie au fil du temps », a lancé Guy Breton.

« Je siège au conseil du CHUM et de l’hôpital Sainte-Justine, où tous les membres du conseil sont nommés par le ministre. Je ne veux pas me ramasser là-dedans ! »

Méfiance généralisée

Le recteur a fait face à un barrage de questions lors de cette session de l’assemblée universitaire. Son projet de réforme de la gouvernance de l’université, annoncé tout juste avant le temps des Fêtes, continue de susciter une énorme méfiance. L’urgence d’adopter les modifications à la Charte de l’université, invoquée par le recteur, provoque des inquiétudes.

« Je me sens dans une infopub qui dirait : “Si vous appelez dans les 30 prochaines minutes, vous aurez aussi gratuitement un service de couteaux.” Le processus a été vicié. Ça nous est présenté comme de simples ajustements, alors qu’on change les équilibres des pouvoirs. Je suis loin d’être convaincu qu’on doit agir rapidement », a dit Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal.

« Qui a décidé de changer la Charte ? Quand ? Pourquoi ? Il n’y a pas de liens apparents et il est impossible de comprendre pourquoi nous sommes devant de telles propositions de modifications », a affirmé Guylaine Le Dorze, professeure à l’École d’orthophonie et d’audiologie.

Les professeurs s’inquiètent de l’érosion proposée des pouvoirs de l’assemblée universitaire, formée de représentants de toute la communauté de l’UdeM, au profit du conseil de l’université, qui incarne l’autorité de la direction. Le contrôle du régime disciplinaire serait ainsi retiré à l’assemblée universitaire et confié au conseil de l’université.

Vers une « troisième période »

Par contre, les membres issus de la communauté universitaire représenteraient désormais 42 % du conseil de l’université, comparé à 33 % présentement. Et le nombre de membres du conseil de l’université nommés par Québec baisserait de huit à deux, dans le but de renforcer l’indépendance de l’établissement quant au gouvernement.

Les professeurs et chargés de cours conserveraient leur degré d’influence à l’assemblée universitaire. Cette assemblée compterait désormais trois membres issus des diplômés de l’établissement (donc de l’extérieur de l’université), plutôt que six prévus dans le projet initial de nouvelle Charte.

Le recteur a aussi rassuré la communauté universitaire au sujet des doyens de facultés : ceux-ci conserveraient leur statut actuel et leur autonomie d’enseignement. Il n’a jamais été dans l’intention de la direction de changer le statut des doyens, mais la formulation de la Charte proposée a pu causer de la confusion, a expliqué le recteur.

Paul Lewis, doyen de la Faculté d’aménagement, a dit être rassuré par les explications du recteur et du secrétaire général de l’université, Alexandre Chabot. Des éléments du projet de réforme restent à préciser, selon M. Lewis, mais il dit croire en la possibilité d’adopter les amendements « en troisième période », la semaine prochaine, après deux périodes houleuses en assemblée, lundi.

3 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 24 janvier 2017 09 h 55

    Pour ceux qui souhaitent en savoir un peu plus sur la « vision » de M. Breton en ce qui a trait à l'éducation, je vous invite fortement à lire ce court article du Devoir : http://www.ledevoir.com/societe/education/333107/a

    • Denis Drapeau - Abonné 24 janvier 2017 15 h 02

      L'article est en effet très éclairant bien que ça vision mercantille de l'éducation me désole. Une tête bien faite de citoyen/travailleur ne vaut telle pas mieux qu'une tête bien pleine de travailleur dont le sens critique et la culture générale ont été sous-dévelloppé ?

  • Colette Pagé - Inscrite 24 janvier 2017 10 h 36

    La précipitation est mauvaise conseillère !

    Toute cette saga sent l'improvisation a plein nez ! Il est raisonnable de penser qu'en présentant son projet à la vielle de Noël le Recteur pensait que son sapin passerait comme une lettre à la poste.

    Chapeau aux profs qui se sont tenus debout et qui oblige le Recteur à refaire ses devoirs. Un mauvais exemple d'une mauvaise copie qui doit désormais être soumise à la révision.