Apprivoiser la techno dans la classe

Les Québécois « sont parmi les meilleurs [au Canada]. La réforme pédagogique de 1999 y est sans doute pour beaucoup, puisque l’intégration de la technologie était l’un des piliers identifiés dans cette réforme », affirme M. Canuel
Photo: Francis Vachon Le Devoir Les Québécois « sont parmi les meilleurs [au Canada]. La réforme pédagogique de 1999 y est sans doute pour beaucoup, puisque l’intégration de la technologie était l’un des piliers identifiés dans cette réforme », affirme M. Canuel

Comment tirer profit des nouvelles technologies pour enseigner aux jeunes ? Quels sont les défis dans les salles de classe ? Quelles sont les possibilités pour les apprenants du XXIe siècle ? Ce sont autant de questions qui ont été abordées par des créateurs, éducateurs et autres experts de l’intégration technologique dans les apprentissages réunis à Ottawa vendredi pour la conférence Les Tablettistes 2017.

Le Devoir s’est entretenu avec Ron Canuel, président de l’Association canadienne d’éducation. Il a piloté en 2003 l’un des premiers programmes canadiens visant à fournir gratuitement des ordinateurs portables à tous les élèves de la commission scolaire Eastern Townships dans les Cantons-de-l’Est, dont il était directeur général.

Où se situe le Québec par rapport au reste du Canada en matière d’intégration des nouvelles technologies ?


Je dirais qu’ils sont parmi les meilleurs. La réforme pédagogique de 1999 y est sans doute pour beaucoup, puisque l’intégration de la technologie était l’un des piliers identifiés dans cette réforme.
 
Tant au Québec qu’au Canada, ça se fait lentement, mais sûrement. Je ne parlerais pas d’une révolution, parce que ça dure depuis presque 35 ans, mais il y a assurément un changement d’attitude, une reconnaissance du potentiel de la technologie.

 

Y a-t-il encore des résistances ?

Les gens sont encore craintifs de la technologie. On s’imagine par exemple que la technologie est une source de distraction dans les classes. Il y a également des craintes concernant le fait que les jeunes aillent sur des sites inappropriés.

Pour répondre à ces préoccupations, plusieurs commissions scolaires ont mis des filtres, pour empêcher l’accès à certains sites, mais ceux-ci sont souvent trop restrictifs, ce qui empêche les enseignants d’utiliser les outils à leur plein potentiel. C’est une source de frustration pour plusieurs.

Est-ce que les professeurs plus âgés sont plus réticents que leurs jeunes collègues à intégrer les nouvelles technologies dans leurs classes ?

C’est une idée qui est souvent véhiculée, mais c’est le contraire. On a constaté que les professeurs qui avaient entre 5 et 10 ans d’ancienneté étaient plus à l’aise avec les nouvelles technologies que les nouveaux profs. Et c’est facilement compréhensible, car les jeunes ne maîtrisent pas encore la gestion de la classe et la pédagogie. Ils souhaitent donc se concentrer sur ces aspects-là. Ils ne sont pas réfractaires aux nouvelles technologies, mais ils ne sont pas encore prêts à les utiliser.

Quels avantages peut-on tirer de l’utilisation des nouvelles technologies dans une classe ?

Ça permet d’ouvrir de nouvelles portes, pour les élèves, mais surtout pour les enseignants, qui sont toujours à la recherche de nouvelles idées. Ça leur permet de présenter le matériel pédagogique de différentes façons pour un apprentissage plus créatif.

L’implantation des tableaux blancs interactifs a été un véritable fiasco. Avons-nous tiré des leçons de cela ?

Lorsque l’on fournit la technologie sans offrir, avant, une bonne formation aux professeurs sur la façon de l’utiliser, ça risque d’être un échec. Et c’est ce qui s’est passé au Québec avec les tableaux interactifs. […] Il faut offrir une formation aux enseignants pour leur apprendre à bien utiliser et intégrer les technologies dans la pédagogie. La formation, c’est une réclamation constante de la part des enseignants, tant au Québec que dans le reste du Canada.

Est-ce que l’intégration des nouvelles technologies doit se faire de façon universelle ou doit-on cibler des clientèles ou des secteurs en particulier ?

À la commission scolaire Eastern Townships, où j’étais directeur, nous avions un programme universel : des ordinateurs portables pour tout le monde. Mais je dirais que l’effet le plus important et positif, c’était pour les élèves en adaptation scolaire. Ça leur donnait une autre façon d’apprendre et de combler leurs lacunes.

Quel conseil donnez-vous aux enseignants pour maximiser leur enseignement avec les nouvelles technologies ?

Tout doit se faire de façon équilibrée, et la qualité aura toujours raison sur la quantité. Une bonne intégration, qui se fait sur environ 10 % du temps dans la classe, est beaucoup mieux qu’une utilisation constante mais banale avec du traitement de texte ou de la recherche de base sur Internet. Une bonne façon d’intégrer la technologie dans un cours, c’est, par exemple, de poser la question « pourquoi ? » plutôt que « quand ? ». On peut demander par exemple : « Pourquoi a-t-on besoin d’un estomac ? » « Pourquoi Christophe Colomb est-il venu en Amérique ? » Contrairement à une date, qui se trouve en seul clic, ça oblige les élèves à faire différentes recherches, à réfléchir, à juger de la pertinence et de la fiabilité des données qu’ils vont lire sur Internet. Ça les encourage à utiliser leur propre jugement, ce qui va leur servir pour l’avenir.

1 commentaire
  • Michel Laforge - Abonné 9 janvier 2017 05 h 36

    Le dernier jouet...

    ... la nouvelle «bébelles», le Iphone 8, 9, 14, le dernier cri, il faut être à la page, il faut être in. Il faut, il faut, il faut absolument sinon l'anathème de nos pensée nous attend.

    Inutile tellement, inutile. Nos élèves ne savent plus compter depuis les années '75, année de l'arrivée de la Texas Instrument. Ils ne connsaisent plus le sens des nombres. La «bébelle» leur a piqué. Elle leur piquera bientôt l'orthographe (si ce n'est pas déjà fait) et formatera leur pensée.

    Au moins, nos jeunes vont apprendre à jouer.