Mise en garde aux organismes locataires

La CSDM a communiqué aux Ateliers d’éducation populaire du Plateau (AEPP) qu’elle devra reprendre « deux ou trois locaux » dans l’immeuble qu’occupe l’organisme, au 4273, rue Drolet.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La CSDM a communiqué aux Ateliers d’éducation populaire du Plateau (AEPP) qu’elle devra reprendre « deux ou trois locaux » dans l’immeuble qu’occupe l’organisme, au 4273, rue Drolet.

Cette fois, le pire est évité. La Commission scolaire de Montréal (CSDM) prévient toutefois des dizaines d’organismes communautaires qui logent dans ses bâtiments : elle se garde le droit de mettre fin à leur bail, à moyen terme, pour récupérer une série d’immeubles destinés à accueillir des salles de classe.

Les écoles de la plus grosse commission scolaire du Québec débordent, et ça ne fait que commencer. La CSDM prévoit accueillir 1000 élèves de plus par année — l’équivalent de trois écoles de 330 élèves — dans un avenir prévisible.

La CSDM a confirmé vendredi au Devoir que cinq organismes communautaires logés dans un de ses immeubles de la 9e Avenue, dans le quartier Rosemont, doivent trouver de nouveaux locaux. Ces groupes, comme le mouvement PHAS, aident notamment les personnes handicapées à obtenir des soins de santé.

Le bâtiment accueillera des élèves de l’école primaire Saint-Jean-de-la-Lande, qui doit ajouter de nouvelles classes : le quartier est plus défavorisé qu’auparavant, de sorte que l’établissement doit diminuer le nombre des élèves par classe pour permettre aux enseignants de consacrer plus de temps à chaque élève.

La CSDM a avisé un autre organisme, les Ateliers d’éducation populaire du Plateau (AEPP), qu’elle doit reprendre « deux ou trois locaux » dans l’immeuble du 4273, rue Drolet. La commission scolaire a besoin de cet espace pour loger des classes de francisation des adultes, a indiqué au Devoir Catherine Harel-Bourdon, présidente de la CSDM.

Des baux de trois ans

Signe de la pénurie de locaux appréhendée à la CSDM, l’organisme a proposé cette semaine de signer des baux de trois ans — et non de 15 ans, comme cela avait déjà été évoqué — à six centres d’éducation populaire de Montréal logés dans des bâtiments de la commission scolaire.

Selon ce que Le Devoir a appris, la CSDM maintiendrait la location à 1 $ par année pour les trois prochaines années, mais elle a prévenu que le coût risque de grimper à 5 $ le pied carré à l’échéance des baux. Il s’agit d’une aubaine par rapport au taux commercial, mais des groupes communautaires estiment que cette facture additionnelle les placerait en position financière précaire.

Sans confirmer le taux de 5 $ le pied carré, la présidente de la CSDM confirme que l’organisme est à court d’argent et de locaux pour loger ses 112 000 élèves. « On renonce à des centaines de milliers de dollars en revenus avec ces baux à un dollar par année », dit Catherine Harel-Bourdon.

Elle dit être consciente que les organismes communautaires jouent un rôle primordial à Montréal, « mais nous, on a une obligation envers nos élèves ».

Une cinquantaine d’organismes communautaires avaient reçu un avis de la CSDM, plus tôt cette année, les avisant que leurs locaux situés dans 13 bâtiments (appartenant à la commission scolaire) faisaient l’objet d’une consultation en vue d’une éventuelle reprise. Ils ont évité le non-renouvellement de leur bail pour 2017-2018, mais la CSDM ne peut s’engager à continuer à tous les héberger à moyen terme, prévient Catherine Harel-Bourdon.

« Si les organismes [comme les centres d’éducation populaire] veulent un bail de cinq ou dix ans, ils doivent plutôt penser à un plan B, ajoute la présidente de la CSDM. Je comprends que ça les insécurise, mais on les avise à l’avance, en toute transparence. »

Les commissaires indépendants Violaine Cousineau et Jean-François Gosselin ont voté contre le plan triennal 2017-2020 de la CSDM, cette semaine, en soulignant que la commission scolaire n’a pas démontré hors de tout doute tous ses besoins allégués en locaux. Amir Khadir, député de Québec solidaire, a dénoncé lui aussi ce qu’il considère comme « l’improvisation et le manque de transparence » de la commission scolaire.