Pénurie de directeurs d’école

La FQDE invoque plusieurs raisons pour ce manque d’intérêt envers la profession, dont l’écart pratiquement inexistant entre le salaire d’un professeur d’expérience et un directeur ou un directeur adjoint qui débute.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir La FQDE invoque plusieurs raisons pour ce manque d’intérêt envers la profession, dont l’écart pratiquement inexistant entre le salaire d’un professeur d’expérience et un directeur ou un directeur adjoint qui débute.

Les directeurs d’école lancent un cri du coeur : non seulement la relève se fait de plus en plus rare, mais ceux qui font le saut partent après quelques années, découragés par les conditions de travail qui s’alourdissent et des salaires qui stagnent.

« De plus en plus, les professeurs qui ont une certaine expérience ne veulent pas devenir des directeurs d’école, c’est pour ça que, présentement, à travers le Québec, il y a des endroits où il y a une pénurie de direction », déplore Lorraine Normand-Charbonneau, présidente de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE).

« Ce n’est pas normal que des enseignants qui sont passionnés, qui auraient l’occasion de laisser leur marque à un niveau plus macro pour mobiliser une école, soutenir le personnel et développer des pratiques pédagogiques ne veulent pas faire le saut et s’investir dans un travail, car ils ont l’impression que ça n’en vaut pas la peine. »

Écart salarial

La FQDE invoque plusieurs raisons pour ce manque d’intérêt envers la profession, dont l’écart pratiquement inexistant entre le salaire d’un professeur d’expérience et un directeur ou un directeur adjoint qui débute.

« Il y a une dizaine d’années, l’écart était de 16 % ; il est aujourd’hui de 4 %, explique Nicolas Prévost, président de l’Association des directeurs des Laurentides. J’ai un collègue qui est passé d’enseignant à directeur adjoint et, concrètement, ça fait une différence de 10 $ sur sa paye, pour tout ce que ça implique comme boulot supplémentaire et comme imputabilité. »

Mais il n’y a pas que l’argument financier, précise-t-il. Le travail s’est également complexifié, car les directeurs ont désormais plus de responsabilités et moins de temps pour effectuer leur travail. « Les directeurs se retrouvent avec de plus en plus d’établissements sous leur responsabilité, ça peut aller jusqu’à six écoles pour un seul directeur […] Cela a un impact majeur sur notre présence physique, mais surtout sur l’efficience du travail. On est loin du 100 % d’efficacité. On quadruple la tâche […] et il y a beaucoup de perte de temps dans les déplacements. »

Le manque de marge de manoeuvre est également évoqué par les directeurs, qui sentent qu’ils sont incapables de soutenir adéquatement leurs équipes et de mettre de l’avant des actions qui ont un réel impact dans leur milieu.

Des banques vides

La FQDE représente des membres dans 46 des 72 commissions scolaires du Québec. Selon un décompte effectué par la Fédération cette semaine, au moins 25 de ces commissions scolaires éprouvent des difficultés à pourvoir des postes de direction d’école. Leurs banques de candidatures sont vides ou comptent deux personnes et moins.

« On a de la difficulté à garnir notre banque de candidats », confirme Nadine Brochu, de la commission scolaire Rivière-du-Nord, à Saint-Jérôme.

Le problème se fait également sentir sur l’île de Montréal, note Catherine Escojido de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES). « Des remplacements de directions adjointes dans certaines écoles sont pratiquement impossibles à faire depuis des mois, ce qui accroît la charge de travail déjà imposante des directions. »

Les directeurs d’école sont néanmoins satisfaits au travail, parce qu’ils aiment leur profession, indique une étude publiée en janvier 2016 par la FQDE. Les enseignants sont heureux eux aussi au boulot. « Par contre, le personnel de direction semble moins satisfait des conditions salariales, du jugement social sur l’importance de son rôle, et près de 50 % pourraient envisager un retour en salle de classe s’ils en avaient la possibilité », conclut le rapport.

Le problème n’est pas propre aux directions d’école, soutient Jean-François Parent, directeur général de l’Association québécoise des cadres scolaires, qui représente également des directeurs de plusieurs autres services dans les commissions scolaires.

« Ça me semble un phénomène global à l’échelle du Québec […] dans le domaine de l’éducation. On a de la difficulté à garder nos jeunes cadres. Ça me questionne pour l’avenir. Peut-être que ce qu’on offre présentement comme conditions de travail colle moins aux valeurs de la jeune génération », dit-il.

1 commentaire
  • Patrick Daganaud - Abonné 9 décembre 2016 10 h 36

    DIRECTION D’ÉTABLISSEMENT SCOLAIRE, UN EMPLOI À ABOLIR

    Le cri du coeur des directions ne fera pas pleurer à l'écoute plus vibrante du gémissement incessant des élèves vulnérables mal servis, mal protégés, mal défendus.

    Improductif sous sa forme éclatée, transformé en un rôle administratif qui broie les fonctions maitresses (soutien et supervision pédagogique, soutien à l'encadrement des élèves, gestion et coordination des PI, soutien et encadrement parentaux, soutien, animation et vivification des partenariats en approche communautaire) pour les cantonner aux fonctions managériales (budget, gestion axée sur les résultats), cet emploi est au départ plombé par la nature de la ligne d'autorité qui le définit dans une structure pyramidale contraire à la collégialité requise.

    Les fonctions maîtresses sont toutes des fonctions de service.
    Elles ne sont pas les fonctions de commandement réclamées.
    La chaîne de commandement se met en place quand, dans une docilité coupable, les directions conduisent les enseignants à poser des gestes contraires au bien des élèves en fonction des deux domaines où les directions reçoivent elles-mêmes des ordres
    1-la production de la performance;
    2-le maintien de l'équilibre budgétaire, dans un contexte ininterrompu de coupes.

    Quand je parle de la docilité des directions, je réfère à leurs réponses aveugles à ces ordres :
    1-Les résultats sont-ils produits? Oui, mais uniquement pour les élèves de rangs 1, 2 et 3 du public comme du privé!
    2-Les budgets sont-ils équilibrés? Oui, mais au détriment des écoliers vulnérables (ÉHDAA), laissés pour compte, sans services suffisants et durables pour vraiment répondre aux besoins des ÉHDAA.

    En d'autres termes, la médiocrité docile des directions des écoles explique celle du système éducatif relativement aux élèves des rangs 4 et 5 et à leur décrochage.

    Poste à abolir!

    À la place : Poste de coordination des fonctions maîtresses, avec recrutement chez les enseignants experts (ce que ne sont pas, loin de là, toutes les directions!