Le cours d’éthique et de culture religieuse jugé sexiste

Le CSF s’inquiète de la persistance de certains biais sexistes chez les enseignants.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le CSF s’inquiète de la persistance de certains biais sexistes chez les enseignants.

Le Conseil du statut de la femme (CSF) reproche au cours d’éthique et de culture religieuse d’enseigner les religions sans critiquer leur contenu sexiste. Dans un nouvel avis, il recommande que l’enseignement des religions soit séparé de celui de l’éthique, et joint au cours d’histoire.

Le cours ne « remet pas en question les pratiques sexistes au sein des religions » et se contente de décrire les récits religieux sans offrir de mise en contexte critique, déplore le CSF.

On donne l’exemple du récit d’Abraham dans l’Ancien Testament et de ses rapports avec son épouse Sarah et la servante de qui il aura un enfant (Ismaël). Certains manuels, note le Conseil, rendent Sarah « responsable du viol » de la servante et « euphémisent » la violence sexuelle subie par cette dernière.

Les textes sur l’institution du mariage catholique posent le même problème, selon le CSF. On expliquera par exemple aux enfants que les interdits et les rites visent à mettre les femmes « au service de la communauté » en favorisant notamment la « stabilité de la famille ». Or, à nouveau, c’est décrit sans regard critique, plaide-t-on.

Même chose pour la pratique du « gèt » (acte de divorce) dans la religion juive qui est réservée aux hommes, ou des règles régissant l’habillement des femmes dans les religions musulmane ou hindoue.

« Aucun élément de contenu ne permet aux élèves de comprendre que les religions sont des institutions sociales certes significatives pour un grand nombre de personnes, mais qui ont été et demeurent responsables d’un grand nombre de violences envers les femmes, ainsi que du maintien de pratiques et de représentations inégalitaires. »

Le CSF propose donc que la religion soit enseignée dans le cadre du cours d’histoire plutôt que dans celui du cours d’éthique. L’éducation à l’égalité, à la citoyenneté et à la sexualité devrait quant à elle s’insérer dans le cours d’éthique durant tout le parcours primaire et secondaire.

L’avis s’en prend en outre au cours d’histoire, qui explique mal ou peu les luttes menées par les femmes. Ainsi, dans un manuel traitant de l’obtention du droit de vote en 1940, on écrit qu’Adélard Godbout leur a « accordé » sans expliquer qu’elles ont « lutté des années pour l’obtenir ». Certains efforts sont toutefois soulignés, tel l’ajout de personnages historiques féminins dans les manuels.

Des biais sexistes

L’organisme s’inquiète en outre de la persistance de certains biais sexistes chez les enseignants. On constate que ces derniers donnent trop de place aux stéréotypes selon lesquels les garçons sont meilleurs en mathématiques, plus physiques et ont plus besoin de bouger que les filles, alors que ces dernières seraient plus à l’aise dans le monde des sentiments, des émotions et de l’aide au prochain.

« Si le corps enseignant peut tenir compte de ces différences — dues à la socialisation différenciée des garçons et des filles —, il ne devrait pas les consolider, écrit le CSF. Au contraire, l’école devrait contribuer à contrecarrer les effets de la socialisation de genre en évitant de réserver certaines approches pédagogiques ou certaines activités aux filles et aux garçons. »

Pour l’affirmer, l’organisme s’appuie notamment sur un questionnaire mené auprès de 393 enseignants. Parmi les répondants, 80 % ont soutenu que les garçons avaient besoin de méthodes éducatives plus « dynamiques et actives ». Une enseignante du primaire citée dans l’avis raconte « qu’il y a des exemples qui parlent plus aux garçons (mise en situation parlant de hockey) et d’autres qui intéressent plus les filles (décoration pour traiter de l’aire par exemple). »

Cela pousse le Conseil à faire une série de recommandations, dont l’ajout à la formation des maîtres d’un cours obligatoire sur le thème des inégalités de sexe. Or, il semble que ce ne soit pas si simple. Mercredi, lors du dévoilement de l’avis à l’Université Laval, la vice-doyenne à la recherche Annie Pilote a expliqué qu’il y avait peu « de marge de manoeuvre » pour un tel ajout dans le programme et qu’il faudrait peut-être que cela s’insère dans la formation continue.

23 commentaires
  • Robert Aird - Abonné 8 décembre 2016 08 h 27

    La contextualisation des religions

    Intégrer la religion dans un cours d'histoire doit signifier que l'on mettre les récits religieux dans leur contexte historique. Or lorsque l'on se prête à l'exercice, par ailleurs fort intéressant et pertinent, l'évidence que les croyances religieuses sont des créations et des constructions humaines sautent aux yeux. C'est alors la porte ouverte au déisme et à l'athéisme. Parions que cette demande du Conseil du Statut de la Femme sera rejetée avec passion par les religieux.

    • Sylvain Auclair - Abonné 8 décembre 2016 10 h 59

      Malheureusement, cela va à l'encontre de l'idée même à la base des religions...

    • Patrick Daganaud - Abonné 8 décembre 2016 12 h 34

      Il convient, dans une société qui doit être laïque, de remettre « les religieux » à leur place, dans la sphère privée.

      La recommandation du CSF s'exerce, comme il se doit, dans la sphère publique.

      On va souhaiter que le politique le comprenne!

    • Georges Tissot - Abonné 8 décembre 2016 12 h 57

      Enseigner, c'est développer un sens critique. À tout point de vue! Bravo au Conseil pour rappeler cela. Et faire partout de l'histoire. Cela jetterait une vision éclairante de la réalité. Merci à l'auteur, R.A., de rappeler cela.

  • Jean Richard - Abonné 8 décembre 2016 09 h 29

    Le CSF moralisateur

    Ce n'est pas un regard critique que le CSF voudrait imposer à l'éducation, mais un regard moralisateur. Tous ceux et celles qui ne naviguent pas dans la ligne étroite du CSF, en s'obstinant à voir des différences entre les garçons et les filles, sont perçus comme des ennemis de la société.

    Selon le CSF, l'enseignement ne doit être ni neutre, ni objectif : il doit être féministe.

    • Diane Guilbault - Abonnée 8 décembre 2016 12 h 17

      Le CSF plaide pour un enseignement non sexiste, tout comme on ne veut pas d'un enseignement raciste.

    • Patrick Daganaud - Abonné 8 décembre 2016 12 h 43

      Franchement, il faut machistement tirer la réalité par les cheveux pour prétendre que le CSF est moralisateur quand il demande que les pratiques sexistes au sein des religions soient remises en cause et critiquées dans le cours d'ÉCR!

      Les pratiques sexistes au sein des religions sonrt indéniables et éthiquement condamnables : ce n'est pas un fait de morale.

      La morale est partie constitutive de la religion.

      Le CSF défend ce qu'il a à défendre et l'enseignement laïque, neutre, doit éduquer, à l'encontre des religions, à l'égalité des femmes et des hommes.

    • Stéphane Laporte - Abonné 8 décembre 2016 16 h 01

      C'est quoi la différence entre les hommes et les femmes?

  • Jean Breton - Abonné 8 décembre 2016 10 h 19

    Mentez mentez, il en restera toujours quelque chose

    Juste pour mémoire, dans le programme d'histoire du Québec au secondaire qui a été en vigueur de 1982 à 2007, un enseignant pouvait intégrer l'histoire des femmes dans le programme régulier. D'ailleurs, plusieurs pages du guide pédagogique de notre ministère de l'Éducation nationale explicitaient cette démarche.

    Encore une fois, pour le CSF, l'idéologie misandre l'emporte sur les faits.

    • Patrick Daganaud - Abonné 8 décembre 2016 12 h 53

      Monsieur Breton, que le CSF ait mal jaugé « le programme d'histoire du Québec au secondaire qui a été en vigueur de 1982 à 2007 » (qui permettait à un enseignant d'« intégrer l'histoire des femmes dans le programme régulier » ne constitue pas un mensonge.

      Le problème n'est pas là, ni d'ailleurs dans la proposition du CSF « que la religion soit enseignée dans le cadre du cours d’histoire plutôt que dans celui du cours d’éthique. »

      Le problème est que, tant que le fait religieux sera enseigné dans le cadre d'un programme laïque de formation, il faudra, où qu'il le soit et par qui que ce soit, qu'il y ait une lecture critique du sexisme que véhiculent TOUTES les religions.

  • Gilles Théberge - Abonné 8 décembre 2016 10 h 56

    Oui il y en a une marge de manœuvre madame Pilote

    C'est de mettre fin à ce simulacre d'enseignement, et de le remplacer par une éducation à la citoyenneté.

    On a déconfessionnalisé le systême d'éducation au Québec oui où non?

    Vous voyez, c'est simple!

    • Patrick Daganaud - Abonné 8 décembre 2016 12 h 57

      Taire le problème du sexisme religieux généralisé ne permet pas de le résoudre.

      Il est tout à fait sain et souhaitable qu'un système éducatif déconfessionnalisé et laïque participe sur le plan éducationnel à la lutte contre le sexisme.

  • Jean-Pierre Gagnon - Abonné 8 décembre 2016 11 h 00

    CSF et l'argent des contribuables...

    Le budget en rémunérations de toutes sortes du CSF a coûté plus de 2 000 000$ aux contribuables pour 2014-2015 sur un budget total de plus de 3 000 000$... Le CSF n'a plus sa place au Québec et ne contribue qu'à alimenter une idéologie féministe éternellement victimaire qui nous coûte une fortune annuellement.

    • Patrick Daganaud - Abonné 8 décembre 2016 13 h 04

      Le CSF a sa place plus que jamais dans l'appareil social de l'État.

      Les attaques que subissent les droits égaux des femmes sont incessantes et amplifiées par l'espace que tentent de prendre les regroupements qui, au nom des libertés et de l'interculturalisme, revendiquent des pratiques publiques qui témoignent de l’assujettissement ancestral de la femme à l'homme.

      C'est un devoir citoyen, homme ou femme, que de soutenir cette lutte commune du CSF!