Le plan du ministre Proulx demeure flou

Le ministre l’Éducation, Sébastien Proulx, a pris la parole lors de la Consultation nationale sur la réussite éducative jeudi.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre l’Éducation, Sébastien Proulx, a pris la parole lors de la Consultation nationale sur la réussite éducative jeudi.

Après des semaines de consultation, le gouvernement n’est pas encore prêt à dire de quoi se chauffera sa Politique nationale sur la réussite éducative. Chose certaine, il va devoir statuer sur certaines de ses propositions les plus tranchées, tels un ordre professionnel pour les professeurs ou la maternelle quatre ans obligatoire.

« Je ne vais pas tout vous dire aujourd’hui, il est un peu tôt », a déclaré aux médias le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, à l’occasion de sa Consultation nationale sur la réussite éducative jeudi. Des syndicats d’enseignants aux associations de garderies en passant par la Fondation Jasmin-Roy, pas moins de 90 intervenants sont réunis au Centre des congrès de Québec pour en discuter.

Depuis septembre, le ministre a sillonné tout le Québec dans le but de consulter le milieu. Au moment de mettre la table pour les échanges jeudi matin, le gouvernement a projeté une vidéo évoquant les grandes réformes du système d’éducation québécois, de la commission Parent à aujourd’hui. En introduction, une citation de Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante qu’on peut utiliser pour changer le monde. »

Les organismes se sont ensuite prononcés, les uns après les autres, sur le document de consultation en résumant les mémoires qu’ils avaient déposés. Le ministre les a écoutés sans orienter les discussions. Retour sur trois sujets chauds.

Un ordre professionnel pour les profs ?

Parmi les pistes d’actions de la consultation, le gouvernement avait proposé de créer des ordres professionnels pour les « différentes professions liées à l’enseignement ». Il y a deux semaines, la Coalition avenir Québec (CAQ) s’est prononcée pour, dans le but notamment de pouvoir congédier des enseignants jugés incompétents.

Or les syndicats d’enseignants n’en veulent pas. Un ordre professionnel serait « inutile », selon Josée Scalabrini, de la FSE-CSQ. « Ce qui nuit en éducation c’est la concurrence dans les écoles, les projets sélectifs, il faut reconnaître les déséquilibres des classes. »

Invité par les journalistes à dire s’il comptait l’exclure en raison du manque d’appuis, le ministre a rétorqué qu’il n’avait pas conclu sa réflexion et que « dans la vie, il y a des mesures qui ont été mises en place qui n’avaient pas les appuis des différents groupes qu’ils visaient, mais c’était structurant pour l’ensemble du système ».

École jusqu’à 18 ans ?

L’idée d’allonger la période de fréquentation scolaire jusqu’à 18 ans ne convainc pas tout le monde non plus. « Au secours ! » a lancé à ce propos Guillaume Bégin, de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), en soulignant qu’il était déjà difficile de garder les jeunes à l’école jusqu’à 16 ans. En mêlée de presse, le ministre a suggéré qu’un tel changement pourrait être acceptable si le système d’éducation s’améliorait sur d’autres plans. « Faire un peu plus de ce qui ne fonctionne pas, ça ne marchera pas. »

Maternelle quatre ans ?

Concernant la maternelle, l’idée de la rendre accessible dès 4 ans fait beaucoup jaser. Le gouvernement est déjà résolu à l’implanter en milieux défavorisés. Reste à savoir ce qu’on entend par là.

Jeudi, plusieurs groupes ont fait remarquer que les « milieux défavorisés » étaient sélectionnés en fonction du code postal. Cela exclut, déplore-t-on, les jeunes de familles défavorisées vivant dans des enclaves de quartiers plus prospères. L’Association québécoise des cadres scolaires a aussi recommandé qu’on l’offre aux élèves handicapés et allophones notamment. Par contre, la plupart des intervenants s’entendent sur la pertinence de procéder au « dépistage précoce » des difficultés d’apprentissage.

5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 2 décembre 2016 07 h 47

    Les femmes et les enfants d'abord

    Après des décennies de laissez-faire et de je-m'en-foutisme total, le bateau de l'éducation, après avoir heurté l'iceberg de la complaisance, coule à pic. Il n'y a plus rien à faire : évacuez le navire, les femmes et les enfants d'abord.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 2 décembre 2016 12 h 50

      Apres les femmes et les enfants, les dirigeants du navire tournent en rond et cherchent la porte de sortie comme dans la majorité des ministeres a moins de détruire davantage les murs de soutien et que tout s'effondre comme le souhaite le PLQ de Couillard et que les écumeurs en profitent .

  • Nicole Delisle - Abonné 2 décembre 2016 09 h 39

    Ne pensons pas en terme de "punitif" mais plutôt de "constructif"!

    Avant de penser à congédier des professeurs jugés incompétents, comme la CAQ le propose, peut-être pourrait-on suggérer de mieux les former pour les préparer au rôle difficile qui les attend? Enseigner aujourd'hui n'est plus ce que c'était avant. De plus en plus, le système public est laissé à lui-même en termes de ressources. Les coupures font très mal et les chances de réussite pour un élève en difficulté s'amenuisent d'année en année. Même le meilleur des enseignants n'y arrive pas si
    on intègre dans sa classe un tiers ou parfois même la moitié d'élèves présentant des
    difficultés qui méritent un soutien particulier ou une aide supplémentaire qui bien souvent ne vient pas, à causes des budgets qui ont été coupés. Soyons réalistes!
    Je suggère fortement au ministre de passer quelques jours dans des classes où l'aide
    se fait toujours attendre et de voir par lui-même ce qui se vit au quotidien. Il comprendrait beaucoup mieux la problématique en éducation, dans une école publique.

  • Patrick Daganaud - Abonné 2 décembre 2016 13 h 51

    Absence de vision systémique

    Il se dessine une série de silos érigés selon des visions et des intérêts parcellaires.

    Le premier moteur, l'idéal d'une société juste et démocratiquement dédiée à sa population est absent, le néolibéralisme galopant régnant depuis la fin des années 70, sous toutes les couleurs gouvernementales.

    Les syndicats des enseignants du primaire et du secondaire ont raison : l'idée renouvelée d'un ordre ne vient pas de la base, mais de milieux externes, dont le milieu universitaire, qui ont décidé de définir la profession de l'extérieur à partir de leurs propres visions et de leurs propres intérêts. Ce dont les enseignants ont besoin, c'est du respect de leur autonomie dans l'unicité de leur pratique. Pour le reste, les structures en place suffisent amplement. Ensuite, les ordres professionnels n'ont nullement fait la démonstration qu'ils améliorent la prestation des services.

    L'école jusqu'à 18 ans ne fera qu'ajouter des décrocheurs de 17 et 18 ans au lot déjà considérable. Commençons par faire les choses bien de 4 à 16 ans (et de 3 à 16, en milieu défavorisé).

    La prématernelle 4 ans (et 3 ans en milieu défavorisé) doit être implantée dans les écoles et elle doit être accompagnée d'une approche longitudinale (d'une durée de 5 ans) de soutien à la famille et à l'exercice des habiletés parentales, c'est-à-dire jusqu'à la fin du premier cycle du primaire des enfants, car, s'il est réussi, la suite s'enchaînera.

    Mais, pour faire tout cela, il faut aussi s'engager à faire consciencieusement des plans d'intervention pour tous les élèves fragiles, sans leur voler les services dont ils ont besoin.

    Pour tout cela et plus, des milliards sont requis, mais il faut revoir la fiscalité des entreprises, éradiquer tous les mécanismes d'évitement et d'évasion fiscale, limiter l'accumulation des richesses excessives, empêcher la corruption.

    Voilà pourquoi les libéraux vont accoucher d'une souris, pourquoi la CAQ ferait de même, ainsi que l'actuel PQ.

  • Clermont Domingue - Abonné 2 décembre 2016 15 h 22

    Le français ÉCRIT grand responsable de l'échec scolaire.

    Je suis bûcheron depuis vingt ans Avant,j'ai été professeur à tous les niveaux pendant trente-cinq ans.Ma conjointe et six de mes enfants et petits-enfants sont enseignants.
    Le principal outil de l'apprentissage, c'est la langue et particulièrement la langue écrite.Or, cet outil est totalement désuet et mésadapté pour les élèves et les étudiants d'aujourd'hui.
    J'ai bûché à la hache et à la sciotte,puis à la scie à chaîne.Maintenant,on récolte la forêt avec une multifonctionnelle, véritable usine qui entre dans un boisé et moissonne les arbres comme on moissonnait l'avoine dans mon enfance.
    Les outils doivent être transformés pour s'adapter à chaque époque.Ils ne peuvent échapper à l'évolution des mentalités ni au progrès.
    Dans sa forme actuelle,le français écrit n'est pas sorti de sa langue mère, le latin.L'écrit traîne une syntaxe archaìque,une orthographe héritée du grec et du latin, de nombreuses exceptions et des illogismes vestiges d'un passé monarchique qui faisait de la langue écrite un instrument de discrimination sociale
    Je reviendrai sur ce sujet,car j'ai la conviction profonde que ni l'école quatre ans, ni l'école dix-huit ans, ni l'école des parents,ni l'ordre professionnel n'éviteront l'analphabétisation de nos populations.
    Quand un outil ne convient plus,il faut le modifier.