Privatiser pour accommoder les parents

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir En région, les grandes garderies privées sont plus rares, mais les garderies privées en milieu familial «ont poussé comme des champignons».

Pourconserver leur clientèle, certaines garderies en milieu familial n’hésitent pas à se tourner vers le privé. « Les parents nous le demandent », explique Marilyn Potvin, représentante des garderies en milieu familial affiliées à la CSN à Roberval.

Dans son secteur, deux garderies ont fait le saut vers le privé. Les parents se disaient satisfaits du service, explique-t-elle, mais ajoutaient que, au privé, ils économiseraient des milliers de dollars.

Quand on lui fait remarquer que ces parents ont ainsi le meilleur des deux mondes, Mme Potvin nuance. « Oui, mais il n’y aura plus trois inspections par année. » Tout à coup, certaines précautions s’imposent moins, croit-elle. « Le détecteur de monoxyde de carbone, par exemple, je ne le changerai pas, je n’y suis plus obligée… »

En région, les grandes garderies privées sont plus rares, mais les garderies privées en milieu familial « ont poussé comme des champignons ». « On voit des voisines qui s’improvisent une garderie à la maison sans avoir suivi de cours… Ça choque un petit peu. »

À Donnacona, dans Portneuf, la tentation du privé est forte. « Il y a des garderies qui sont passées au privé », avance Lucie Longchamp, représentante des 3300 garderies en milieu familial affiliées au syndicat.

« Parce que la réglementation est moins sévère, il y avait moins de contraintes. » Sur les 11 garderies en milieu familial subventionnées du coin, celle de Mme Longchamp est la seule à afficher complet en ce moment.

Manque de statistiques

Du côté des garderies en milieu familial affiliées à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), les constats sont les mêmes.

À Rouyn-Noranda, Jessica Bruneau a dû fermer sa garderie en août. Dans la région, 18 % des ressources affiliées au syndicat ont fait la même chose.

Elle travaille aujourd’hui dans le centre de la petite enfance (CPE) de son quartier. « J’avais droit à quatre enfants en plus des miens. J’en ai deux d’une même famille qui sont partis pour une garderie privée. C’était plus avantageux pour les parents. »

Par contre, personne n’est en mesure de dire exactement combien de garderies privées sont apparues depuis la modulation et combien d’enfants ont migré d’un secteur à l’autre.

La Coalition des garderies privées non subventionnées dit représenter 1000 membres, et sa présidente, Marie-Claude Collin, conteste l’existence même d’un exode vers le privé.

« Ce n’est pas vrai. À 35 $ par jour, on arrive à peu près pareil d’un côté comme de l’autre », dit-elle. Selon elle, le réseau public en arrache parce que le « taux de natalité a baissé ».

Elle soutient, en outre, qu’il n’y a pas eu d’augmentation du nombre d’enfants dans son réseau depuis la modulation. « Ça n’a juste pas bougé. Il y a même de 10 % à 15 % des garderies qui ont fait faillite parce qu’il n’y a plus d’enfants. »


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2 commentaires

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  • Nadia Alexan - Abonnée 26 novembre 2016 03 h 40

    Ce sont nos petits qui payent le prix de ce laxisme!

    L'exode aux privées n'est pas la faute des parents. C'est la faute du gouvernement Couillard qui préconise la privatisation à tout prix. Malheureusement, les parents ne comprennent pas que la réglementation est moins sévère dans les CPE, il y a moins de contraintes et en conséquence, la qualité baisse aux privées. Finalement, ce sont nos petits qui payent le prix de ce laxisme!

  • Mario Jodoin - Abonné 26 novembre 2016 15 h 43

    Pourquoi ne pas vérifier les affirmations?

    «Elle soutient, en outre, qu’il n’y a pas eu d’augmentation du nombre d’enfants dans son réseau depuis la modulation. « Ça n’a juste pas bougé. Il y a même de 10 % à 15 % des garderies qui ont fait faillite parce qu’il n’y a plus d’enfants. »

    Pourtant, ce document du ministère de la Famille (https://www.mfa.gouv.qc.ca/fr/publication/Documents/places_0.pdf) montre que, sur les 4106 places ajoutées en service de garde entre mars 2016 et septembre 2016, 3088 l'on été dans les garderies privées non subventionnées, soit 75,2 % du total (et aucune en milieu familial).