Les bibliothèques veulent rallier les enfants en passant par les parents

Pour rejoindre un public plus large, l’Association des bibliothèques du Québec souhaite offrir des ateliers de «littératie familiale» en bibliothèque ou en ligne.
Photo: iStock Pour rejoindre un public plus large, l’Association des bibliothèques du Québec souhaite offrir des ateliers de «littératie familiale» en bibliothèque ou en ligne.

Les bibliothèques du Québec, qui réclament la pleine reconnaissance de leur mission éducative, souhaitent implanter un programme national d’alphabétisation qui se concentre sur les parents plutôt que sur les enfants. Cette idée fait écho à une demande du ministre de l’Éducation qui veut « renforcer l’engagement des parents dans le cheminement scolaire de l’enfant » dans sa future politique sur la réussite éducative.

« Ces dernières années, nos bibliothèques publiques ont éprouvé de nombreuses difficultés à faire reconnaître leurs projets éducatifs auprès des ministères », déplore Stéphane Legault, président de l’Association des bibliothèques publiques du Québec, qui présentait mardi son mémoire lors des consultations sur la réussite éducative à Laval.

Il désespère de voir que « la mission d’éducation » des bibliothèques, pourtant énoncée par l’UNESCO, « n’est pas toujours pleinement reconnue ».

Initiation à la lecture

L’association s’adresse donc au ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, et suggère d’offrir un programme d’alphabétisation en bibliothèques pour les tout-petits et leurs parents, inspiré du modèle américain Every Child Ready to Read.

« L’objectif principal du programme étant de développer le plein potentiel des enfants et de diminuer les écarts de compétences pour l’entrée à la maternelle, on y présente les parents comme étant les premiers enseignants de leurs enfants, précise la directrice générale, Ève Lagacé. Ce type de programme répond aux besoins de tous les parents, scolarisés ou non, et offre une réponse tout à fait appropriée pour les parents qui ne se sentent pas compétents pour initier à leurs enfants au plaisir de lire. »

Pour rejoindre un public plus large, l’association souhaite offrir des ateliers de « littératie familiale » en bibliothèque ou en ligne, mais propose également d’instituer des partenariats avec les services de garde à l’enfance, les organismes communautaires et les professionnels de la santé. « On a déjà des bibliothèques qui font des interventions dans des cliniques de vaccination pour aller rejoindre la clientèle là où elle est », illustre Ève Lagacé.

« Alors qu’un Québécois adulte sur cinq âgé de 16 à 65 ans éprouve des difficultés majeures en lecture, le Québec doit mettre à profit le réseau de bibliothèques publiques dont il dispose, partout sur son territoire, afin d’offrir une réponse à cet important problème de société. » 

Ministre à l’écoute

Le ministre, qui se présente comme un utilisateur régulier des bibliothèques en famille, s’est dit « interpellé » et « intéressé » par l’idée de « travailler ensemble à l’alphabétisation ».

Dans le cadre de ces consultations, le ministre tente notamment de trouver le moyen d’amener les parents à devenir de « véritables partenaires mobilisés autour de la réussite ».

Il veut « assurer une collaboration plus efficace entre les services de garde à l’enfance, l’école et les parents »,et « valoriser davantage le rôle des parents comme premiers éducateurs de leur enfant ».

2 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 23 novembre 2016 08 h 49

    PENSÉE MAGIQUE ET PISTES SÉRIEUSES

    Amener les parents à devenir de « véritables partenaires mobilisés autour de la réussite » ne se fera pas en criant « ciseaux »

    Outre les conditions financières pour favoriser la présence parentale aux enfants de 0-7 ans - je parle donc d'un salaire parental-
    il est essentiel que les parents, en particulier les parents vulnérables, soient soutenus dans :

    1-la résolution de leurs problèmes adultes;

    2-les habiletés parentales familiales;

    3-le développement du rôle de parent pédagogique.

    il est également nécessaire que les employeurs aient des encadrements qui les obligent à faciliter la tenue des rôles parentaux.


    Patrick JJ Daganaud, conseiller expert en systémique de l'adaptation scolaire et sociale

  • Jacques de Guise - Abonné 23 novembre 2016 11 h 27

    Complexe et paradoxale

    Je souscris totalement à vos propos, car il est impératif d’aborder la culture familiale si l’on veut réduire les écarts (surtout sur le plan de la compétence autobiographique) entre les enfants qui entrent à l’école, puisqu’ils ont déjà commencé à s’élaborer une démarche et un savoir autobiographique qui les déterminera tout au long de leur parcours scolaire. Ainsi pour développer plus adéquatement le rôle de parent pédagogique, il faut, je crois, d’abord faire saisir que le langage familial est l’élément le plus important dans lequel et par lequel l’enfant se façonne et se forme. Toute la culture s'infiltre en lui par le langage.

    Par ailleurs, il ne faut pas être dupe, car bien que l’on veuille revaloriser le rôle parental dans cette nouvelle initiative de réussite scolaire, j’y perçois une tentative de récupération de la tendance individualisante de notre société par laquelle l’État se déleste d’une part de ses fonctions sans réellement transférer les moyens de soutien qui lui correspondent. Ainsi on pénalise les mêmes encore une fois. Paradoxe et vigilance, vigilance!!!

    Toujours un plaisir de vous lire M. Daganaud.