Parents soutenus, familles non violentes

L’Observatoire des tout-petits estime que la violence «mineure» touche 44 % des enfants de six mois à cinq ans.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’Observatoire des tout-petits estime que la violence «mineure» touche 44 % des enfants de six mois à cinq ans.

La vie coûte de plus en plus cher pour les familles, les parents sont stressés et cela se répercute probablement sur le climat familial, observe la chercheuse Marie-Ève Clément, à propos des données dévoilées lundi sur la violence faite aux enfants. Selon l’Observatoire des tout-petits, un enfant sur deux de 6 mois à 5 ans est victime de violence physique mineure. Pour la professeure à l’Université du Québec en Outaouais, il faut voir ces données comme un véritable enjeu de société.

La titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la violence faite aux enfants a participé aux études de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) d’où proviennent ces données. « Une part de plus en plus grande du budget des familles va au logement, et probablement aussi à la garderie », indique-t-elle. En raison du faible accès aux services spécialisés dans le réseau de la santé, les familles doivent souvent payer lorsqu’elles ont besoin d’orthophonie ou d’ergothérapie, ce qui nécessite de travailler davantage. Conséquence, dit Mme Clément : pendant que le stress parental augmente, environ la moitié des parents ont peu ou pas accès à des mesures de conciliation travail-famille.

L’Observatoire, qui est financé par la Fondation Lucie et André Chagnon, a déterminé que la violence physique « mineure » touche 44 % des enfants de six mois à 5 ans. Ce type de violence est décrite comme le fait de brasser un enfant de plus de deux ans, de donner une tape sur la main ou le bras ou de taper les fesses à mains nues. La proportion était de 56 % en 2004. La violence psychologique répétée toucherait aussi 44 % des tout-petits. On entend par là le fait de crier après un enfant ou de menacer de le frapper, de jurer après lui, de menacer de le placer en famille d’accueil ou de l’insulter.

Statistiques

Ces données sont tirées d’une étude publiée en 2013 par l’ISQ. Plusieurs centaines de parents d’enfants de 6 mois à 17 ans avaient été sondés en 2012. Selon cette enquête, 98 % des enfants avaient aussi bénéficié de stratégies éducatives non violentes de la part des adultes habitant avec eux. L’Observatoire a analysé à nouveau ces données pour la tranche d’âge des 6 mois à 5 ans, ce qui est une première. La violence physique sévère touche 4,2 % des enfants, et ce de manière stable depuis 1999.

« Le fait qu’un enfant sur deux ait vécu une punition corporelle, ça me questionne, dit Mme Clément. Les parents savent que ce n’est pas la solution, mais ils ne savent pas quoi faire. »

C’est pourquoi elle croit que l’éducation parentale aux stratégies non violentes devrait être plus répandue, et ce, pourquoi pas, sur les lieux de travail.

« Les parents ont aussi moins de temps à passer avec leur enfant, et c’est un des facteurs qui diminuent l’efficacité de la discipline », ajoute-t-elle. C’est pourquoi les mesures de conciliation travail-famille doivent être centrales dans la prévention de la violence.

Selon elle, médecins, infirmières, éducatrices et enseignants devraient également être mieux outillés pour donner des conseils aux parents à bout de souffle.

« C’est vrai que c’est culpabilisant, de gros titres dans les médias indiquant que la moitié des parents usent de violence, reconnaît-elle. Reste qu’il y a un risque d’escalade. Quand on crie, qu’on donne une tape, c’est un drapeau rouge. Mais plutôt que de culpabiliser les parents, il faut offrir des solutions ».

Autres données tirées de l’étude de l’Observatoire, entre 2004 et 2013, environ 11 000 enfants sont sortis de la pauvreté. En effet, la proportion de tout-petits vivant dans une famille à faible revenu est passée de 18,5 % à 12,9 %. La proportion de mères n’ayant pas terminé ses études secondaires ou étant sans emploi a aussi reculé.


Argent frais pour les CPE

Les centres de la petite enfance (CPE) fondent de l’espoir dans le changement de ton de Québec, qui a annoncé un investissement supplémentaire de 30 millions de dollars dans les services de garde subventionnés pour l’année en cours. Devant un auditorium bondé à la Grande Bibliothèque, à Montréal, le ministre de la Famille, Sébastien Proulx, a profité du lancement de la Grande Semaine des tout-petits pour dévoiler l’attribution des sommes. L’enveloppe se traduira par un investissement de 140 $ par enfant pour l’achat de matériel éducatif, la réalisation d’activités culturelles et la formation du personnel.

Le président de l’Association québécoise des CPE, Louis Sénécal, s’est réjoui que le gouvernement « reconnaisse que la qualité requiert un investissement ». « Mais c’est une goutte d’eau dans l’océan des surplus. On va certainement demander plus que ça, si les tout-petits sont une priorité, il faut que le gouvernement démontre son sérieux. » La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a aussi affirmé par voie de communiqué que le réinvestissement était « trop modeste pour combler les besoins criants du milieu ». La CSQ estime à 300 millions les compressions subies par le milieu des services de garde depuis 2014.
3 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 22 novembre 2016 04 h 28

    Stress puis anxiété suivie d'angoisse...

    ....pour finalement se métamorphoser en détresse. Un cocktail qui ouvre sa porte vers des comportements violents.
    Cette même violence qui porte sa propre histoire.
    Que dire ou écrire alors sur les sentiments refoulés conduisant à poser des gestes violents ?
    Faire usage de violence est évident signe de déséquilibre. Qu'il soit émotionnel, rationnel ou voire même spirituel ou un mélange des trois.
    Je pense à toutes les victimes directes et indirectes de violence et un silence m'invite...à écouter.
    Gaston Bourdages,
    Auteur d'un ouvrage littéraire sur la conscience.... non publiable.

  • Jean Richard - Abonné 22 novembre 2016 10 h 24

    Ouate et dictature

    « Le fait qu’un enfant sur deux ait vécu une punition corporelle, ça me questionne, dit Mme Clément. Les parents savent que ce n’est pas la solution, mais ils ne savent pas quoi faire. »

    C'est quoi une punition corporelle ? Une petite tape sur « les fesses à mains nues » ? On dirait bien, selon cet article. Or, si la pédagogie et la psychologie sont vraiment des sciences, il faudrait qu'elles ne se laissent pas entièrement guider par une morale plutôt facile et très subjective.

    On n'a pas besoin de remonter aux débuts de la colonie pour retrouver dans notre culture la présence de la punition corporelle. Il y a encore des survivants des années 40, 50 et même 60 qui ont connu cette façon de faire. Dans les années 50, personne n'aurait songé à jeter en prison ou du moins à suspendre les maîtresses d'école qui tordaient les oreilles des gamins ou les frères préfets de discipline qui leur tapaient les mains avec ces grosses courroies de cuir servant normalement à effiler les rasoirs. Ça ne s'appelait pas violence, ça ne s'appelait pas conséquences, ça s'appelait punitions.

    On ne fera pas l'éloge de cette époque, en particulier des abus, dont certains étaient alimentés par une certaine déviance appelée sadisme. Mais le jugement et le sens des nuances ont fait un peu défaut quand on est passé d'un excès à l'autre et qu'on a démonisé tout contact physique entre l'éducateur et l'enfant.

    En réaction aux abus physiques (qui sont bien plus qu'une petite tape sur les fesses à mains nues), on a institué l'interdiction de la punition corporelle. L'idée n'était pas mauvaise, mais on est allé trop loin en ne définissant pas ce qu'est la punition corporelle. Et là s'est installée la croyance que tous les enfants pouvaient être élevés dans la ouate. Or, la pédagogie ouatée a au moins deux effets pervers : elle ne prépare pas l'enfant à affronter la société réelle (qui n'est pas que ouate) et pire, elle en fait des petits dictateurs avec il est impossible de raisonner.

  • Bernard Terreault - Abonné 22 novembre 2016 11 h 19

    La vie coûterait de plus en plus cher pour les familles

    Vous ne savez pas de quoi vous parlez. La vie était incomparablement plus dure pour tous il y a 60 ans, la misère encore bien plus présente qu'aujourd'hui. J'ai été élevé dans la classe moyenne, maison grande mais pas luxueuse, cours classique, mais mes parents n'ont jamais eu d'auto, ils n'ont jamais voyagé plus loin que les chutes Niagara. L'été, oui, nous le passions au "chalet" au bord du fleuve à Brossard (!), alors un territoire agricole parsemé de plusieurs bidonvilles dont on n'imagine pas aujourd'hui la pauvreté, des cabanes en papier-brique sans sous-sol et chauffés, si on peut dire, au bois trouvé dans les rebuts. En plus d'embaucher des enfants de villégiateurs comme moi pour ramasser haricots et tomates, les maraîchers exploitaient des orphelins, souvent des "demeurés", que leurs confiaient les orphelinats. Pas surprenant que ce soit des bidonvilles de la Rive-Sud que sont issus aussi bien Michel Chartrand que les terroristes des années 60.