Commission parlementaire sur les universités - Le Québec doit avoir de plus grandes ambitions pour ses universités

L'Université de Sherbrooke (UdeS) ne se satisfait pas de l'objectif visé par les universités québécoises. Selon elle, rejoindre la «moyenne» canadienne qui motive la demande de 375 millions martelée par les établissements depuis le début de la commission sur les universités n'est pas à la hauteur du potentiel de nos universités.

Lors de son passage au parlement hier, l'équipe de l'Université de Sherbrooke s'est évertuée à défiler les bons coups de l'établissement, une «success story dans le monde universitaire mondial», comme l'a exprimé d'entrée de jeu le recteur Bruno-Marie Béchard avec fierté et un brin d'arrogance.

Au terme d'un boniment qui visait à dépeindre l'UdeS comme un établissement faisant partie «d'une classe à part», M. Béchard a insisté sur le fait que les demandes de 375 millions martelées par les universités pour rejoindre la moyenne canadienne étaient peut-être un objectif insuffisant. «Le Québec a-t-il le droit de se donner comme objectif de rattraper la moyenne canadienne?», a demandé M. Béchard.

«Donnez-nous des moyens pour plus que la moyenne canadienne», a ajouté M. Béchard, qui s'adressait au ministre de l'Éducation, Pierre Reid, qui a déjà été son patron à l'UdeS. Interrogé peu après par Le Devoir, le recteur a expliqué que la tradition de l'université sherbrookoise avait toujours été de «faire des choses hors de l'ordinaire, nettement au-dessus de la moyenne. J'aurais le goût qu'on fasse preuve de vision et d'audace en visant plus que la moyenne», a ajouté M. Béchard sans toutefois chiffrer cet objectif.

Ayant pris le parti de défiler les bons coups sans s'attarder, comme certains de ses homologues, aux contrecoups du sous-financement, le recteur de l'UdeS a expliqué avoir fait ce choix «justement parce que les autres avaient très bien démontré les effets pervers du sous-financement. Je n'avais pas besoin d'en rajouter, mais ça s'applique à nous aussi».

Interrogé ensuite sur cette attitude audacieuse à saveur d'arrogance qu'il affichait particulièrement hier, le recteur a affirmé être tout à fait à l'aise avec le fait que «ça dérange peut-être» dans le paysage universitaire. «On dérange, c'est sûr. Mais je n'ai pas de problème à vivre avec ça. Depuis notre naissance qu'on fait peur, c'est un peu comme notre travail de déranger!», a-t-il indiqué en riant.

Sur un des sujets les plus fréquemment abordés depuis le début de cette commission de l'éducation, soit le gel ou le dégel des droits de scolarité, l'UdeS, dont la table de représentants était composée de dirigeants d'associations étudiantes, a indiqué que la seule avenue qui mérite d'être examinée est celle de l'indexation possible de ces droits. «C'est loin d'être évident à trancher, mais il y a peut-être là une question d'équité intergénérationnelle», a souligné le recteur.

Immédiatement après, les représentants étudiants ont toutefois pris le micro pour souligner qu'ils appuyaient plutôt le maintien du gel des droits qu'une possible indexation.

Sur cette délicate question du gel et du dégel, la Commission jeunesse du Parti libéral (en faveur d'un éventuel dégel) et le Comité national des jeunes du Parti québécois (farouchement contre le dégel) se sont opposés hier, les premiers défilant devant la commission, les seconds dénonçant plus tard les propos de leurs vis-à-vis.

Plus tôt en journée, la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a profité de son passage au parlement pour vanter de nouveau les mérites de sa proposition de refonte du réseau scolaire québécois, qui implique l'élimination des collèges tels qu'on les connaît. Le parcours de l'élève, vu par la FCSQ dans une analyse promettant une économie de un milliard de dollars, suppose six années de secondaire, des baccalauréats de quatre ou cinq ans et la création de collèges d'enseignement professionnel et technique.