La quantité d’évaluations freine l’apprentissage

Les enseignants s’insurgent contre l’obsession de la note de passage à 60 %: «Il y a continuellement des élèves qui n’atteignent pas ce seuil de réussite et qui sont promus au niveau supérieur.»
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les enseignants s’insurgent contre l’obsession de la note de passage à 60 %: «Il y a continuellement des élèves qui n’atteignent pas ce seuil de réussite et qui sont promus au niveau supérieur.»

Les enfants passent trop de temps à se préparer aux examens et pas assez à apprendre, estime le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, qui envisage de diminuer le nombre d’évaluations au primaire et au secondaire.

« [Sur la question des évaluations], je fais certains constats, a soutenu le ministre Proulx, lors des consultations publiques sur la réussite éducative qui se tenaient à Montréal vendredi. Je remarque que, pas très loin de nous, en Ontario, le taux de diplomation est plus élevé. Et on se retrouve dans la situation où ils ont beaucoup, beaucoup moins d’évaluations qu’il y en a à l’école québécoise. On a 83 évaluations au primaire et au secondaire à l’école québécoise, et ils en ont 18. Est-ce que vous êtes de mon avis — je vais déclarer ma perception — qu’on pourrait peut-être évaluer moins, évaluer mieux, au bon moment, et arrêter de se préparer à un examen plutôt qu’en situation d’apprentissage ? »

Les enseignants de Montréal, dont les syndicats s’étaient regroupés pour faire une présentation commune au ministre, se sont montrés favorables à l’idée. « Je vais être très honnête, Monsieur le Ministre, les professeurs qu’on représente, souvent, on les entend dire : “On passe notre temps à évaluer les enfants, on passe notre temps à les préparer à l’évaluation, vient un temps où on se demande quand est-ce qu’on a du temps pour enseigner” », a répondu Mélanie Hubert, présidente du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal (SEOM), qui témoignait avec le Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’Île (SEPI) et l’Alliance des professeurs de Montréal, et dont les membres manifestaient devant l’hôtel Zéro 1, où se tenait la rencontre.

Cette dernière émet toutefois des mises en garde bien senties. « Évaluer moins ? Possiblement. Mais si on évalue mieux. Ça va ensemble. Parce que si l’évaluation n’est pas signifiante, ce n’est pas plus utile. Et, surtout, il faudrait que l’évaluation soit prise en compte, parce qu’en ce moment, bien qu’il y ait un seuil de réussite fixé à 60 %, il y a constamment des pressions sur cette note. Il y a continuellement des élèves qui n’atteignent pas ce seuil de réussite et qui sont promus au niveau supérieur. Et on ment aux parents ouvertement en leur disant que leur enfant réussit, alors que ce n’est pas le cas. La difficulté, pour nous, elle est là. L’évaluation doit servir de repère pour dire si ça va ou si ça ne va pas. Et si ça ne va pas, il va falloir mettre en place des choses, on ne peut pas continuer de faire semblant que ça va, parce qu’en ce moment, notre système diplôme des analphabètes fonctionnels. »

Redoublement

Le ministre a pris la balle au bond pour ramener le sujet sur la question du redoublement et sonder la position des enseignants de Montréal. « Rapidement, dans le parcours scolaire, il faudra être en mesure de faire l’évaluation des aptitudes en littératie,a soutenu le ministre. Et manifestement, on fait des examens, des évaluations, en lecture et en écriture. Mais peut-être qu’on devrait avoir, à un moment ou un autre, un constat qui se fait pour l’ensemble des élèves du Québec sur les aptitudes pour être capable de poursuivre. Et je ne me trompe pas si je dis que vous avez comme position, dans certaines occasions, de revoir le redoublement ? Ce qui n’est pas le cas actuellement pour la majorité des cas. »

La présidente du Syndicat de l’ouest de Montréal abonde dans le même sens. « Oui, il faudra repenser le système de redoublement, mais si le redoublement, à l’origine, n’était pas la solution, l’autopromotion actuelle ne l’est pas non plus. »

Inégalités sociales

La compétition entre les écoles, et plus particulièrement avec les écoles à vocation particulière, qui accentuent les inégalités au détriment des élèves issus de milieux défavorisés, comme le révélait le Conseil supérieur de l’éducation cette semaine, a également été relevée par plusieurs intervenants qui ont défilé devant le ministre vendredi. « Le problème, ce n’est pas les programmes particuliers et les projets de certaines écoles, lance Pascale Grignon, porte-parole du mouvement Je protège mon école publique. C’est le fait que les autres écoles et les autres élèves n’aient pas cette même chance. Il y a ici un réel enjeu d’accessibilité et d’équité. Ne nivelons pas vers le bas, côté stimulation. Au contraire ! Inspirons-nous de ce qui motive et plaît et offrons-le à tous les élèves, qu’ils réussissent très bien ou non, dans toutes les régions. »

6 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 5 novembre 2016 08 h 31

    Monsieur le ministre Proulx

    Monsieur le ministre Proulx est un avocat de formation. Malgré son évidente bonne volonté et son ardeur au travail, il se retrouve dans une situation où les évènements le dépassent. Il doit non seulement gérer une catastrophe, mais assumer un passé fait de réformes absconses et d'inévitables échecs successifs.
    L'éducation au Québec a passé le point de non-retour : le bateau coule, éventré par l'iceberg de la médiocrité générale, et monsieur le ministre Proulx n'y peut rien.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 5 novembre 2016 11 h 00

      Je suis d'accord avec vous.Alors comment définir la mediocrité?Serait-ce :un DES,une" job steady",une bagnole,un chum ou une blonde,consommer au max,regarder les sports ,les pages sportives sans les lire:c'est trop dur,et un livre alors ,impossible ,les unions quosse ca donne,se payer un bon humoriste.Des Elvis Gratton en puissace qui voteront mafiosi comme les amis.Et les enfants ...?

    • François Dugal - Inscrit 5 novembre 2016 17 h 26

      La médiocrité, monsieur Grisé, c'est le nivellemen't vers le bas. Baisser inlassablement les seuils de réussite, diminuer les conditions de travail des enseignants, ne pas entretenir les écoles, mettre en place des énièmes réformes plus absurdes les unes que les autres.
      La qualité de l'enseignement n'est pas importante : voilà la médiocrité.
      Et une quantité suffisante de parents/électeurs réélisent sans vergogne les gouvernements qui perpétuent cet état de fait.

  • Patrick Daganaud - Abonné 5 novembre 2016 12 h 42

    LES DANGERS D'UNE LISTE D'ÉPICERIE...

    Le ministre Proulx écoute. On ne lui reprochera pas.

    Je le mets en garde sur un élément crucial : notre système scolaire et ses nombreux alliés ont l'habitude d'identifier et de traiter les problématiques en silos.

    Les solutions traditionnellement mise en place sont donc sectorisées et, naturellement concues pour corriger tel problème dans le silo A, elles peuvent engendrer des impacts problématiques dans les silos B à Z...

    Ce phénomène est largement amplifié par les lobbys qui s'exercent, les plus actifs étant ceux de la recherche universitaire quand son degré de nocivité est proportionnel à son réductionnisme.

    L'approche systémique, intégrant la théorie de la complexité, est une lacune strcuturale dans notre système éducatif et sa présence dans la formation est dramatiquement déficitaire.

    Si tel constat n'accompagne pas L'INVENTAIRE DE PROULX, celui-ci demeurera LA LISTE D'ÉPICERIE qu'il a toujours été.

    Patrick Daganaud, doctorant (Ph.D.)
    Conseiller expert en systémique de l'adaptation scolaire et sociale.
    46e année dans le système scolaire québécois.

  • Patrick Daganaud - Abonné 5 novembre 2016 12 h 59

    Merci de publier la version corrigée...Je n'ai pas envoyé la « bonne ».

    LES DANGERS D’UNE LISTE D’ÉPICERIE

    Le ministre Proulx écoute. On ne lui reprochera pas.

    Je le mets en garde sur un élément crucial : notre système scolaire et ses nombreux alliés ont l'habitude d'identifier et de traiter les problématiques en silos.

    Les solutions traditionnellement mises en place sont donc sectorisées et, naturellement conçues pour corriger tel problème dans le silo A, elles peuvent engendrer des impacts problématiques dans les silos B à Z...

    Ce phénomène est largement amplifié par les lobbys qui s'exercent, les plus actifs étant ceux de la recherche universitaire quand son degré d'influence et de nocivité est proportionnel à son réductionnisme.

    L'approche systémique, intégrant la théorie de la complexité, est une lacune structurale dans notre système éducatif et sa présence dans la formation est dramatiquement déficitaire.

    Si tel constat n'accompagne pas L'INVENTAIRE DE PROULX, celui-ci demeurera LA LISTE D'ÉPICERIE qu'il a toujours étée.

    Patrick Daganaud, doctorant (PhD.)
    Conseiller expert en systémique de l'adaptation scolaire et sociale.
    46e année dans le système scolaire québécois.
    PS : Pour ce qui est de trop d'évaluations, c'est vrai. Pour ce qui est des « normalisations » que le MÉES y introduit, c'est une autre paire de manches...

  • Jean Richard - Abonné 6 novembre 2016 10 h 57

    Une culture de l'apprentissage

    Les ministres libéraux ne nous donnent pas souvent l'occasion d'être d'accord avec eux, mais ça arrive.

    Ce n'est pas d'hier qu'on travaille pour les bonnes notes, pour la réussite d'un examen, à tel point que les ambitieux en font leur principale source de motivation et les autres leur principale raison de ne pas aimer l'école.

    On dit que le plaisir est au cœur de l'instinct de survie des espèces animales, dont l'espèce humaine. Il y a du plaisir à copuler, il y a du plaisir à manger. Et si le plaisir faisait aussi partie de l'instinct de survie de l'intellect, de l'instinct de survie de l'intelligence humaine ?

    Le jeune enfant éprouve beaucoup de plaisir à explorer son environnement, à y faire des découvertes, bref, à apprendre. Or, on se demande si l'école ne vient pas, trop souvent, tuer ce plaisir d'apprendre. Pourquoi tant d'enfants d'âge scolaire rechignent-ils à l'idée de lire un livre, à regarder un documentaire ou simplement à se livrer à des activités susceptibles de leur apprendre quelque chose ? Se pourrait-il que l'école ait évacué toute notion de plaisir ? Se pourrait-il que l'enfant en soit venu à voir un livre comme quelque chose qui se termine inévitablement par un examen, un examen sans plaisir aucun ?

    Une culture de l'apprentissage devrait impliquer une forme de plaisir. Or, l'apprentissage a bel et bien cédé sa place à l'éternelle évaluation – des dictées, des récitations, des travaux, des examens, tous orientés de façon à distinguer les bons des méchants, les gagnants des perdants. L'obsession de l'examen pourrait avoir une incidence non négligeable sur le taux de décrochage scolaire (décrochage qui se prépare souvent sur une longue période).

    Les enfants (les garçons surtout) qui se rabattent sur les jeux vidéos jusqu'à en devenir esclaves sont souvent ceux qui ont des difficultés d'apprentissage. On prend toutefois le problème à l'envers en rejetant le blâme sur les jeux. La réalité, c'est que l'école est devenue un milieu hostil