Commission parlementaire sur les universités - L'incontournable dégel des droits de scolarité

Les parlementaires de la Commission sur les universités ont goûté hier à un plaidoyer en faveur de Montréal en plus d'une solution personnelle présentée par le recteur de l'Université de Montréal afin de trouver les 375 millions manquants à la cagnotte.

Jour 3 de la Commission parlementaire sur les universités: Montréal y a occupé une place de choix avec le passage non seulement du maire Gérald Tremblay, venu réitérer l'importance de Montréal, ville du savoir, mais aussi de Roch Denis et Robert Lacroix, respectivement recteurs de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et de l'Université de Montréal (UdeM).

Le recteur de l'UdeM, demandant de l'«oxygène» pour son établissement, a profité de son audience pour présenter sa proposition au sous-financement des universités québécoises, évalué à 375 millions. Ce scénario, qui cible essentiellement une révision des droits de scolarité en plusieurs temps, ne figurait pas au mémoire soumis à la commission par l'UdeM.

«Cette proposition vise à résoudre de façon réaliste et raisonnable le problème de sous-financement des universités au cours des quatre prochaines années», expose le document, qui avance un amalgame de solutions à saveur de hausse modulée des droits de scolarité et de réinvestissement public.

Robert Lacroix suggère de hausser dès l'an prochain les droits de scolarité à leur valeur réelle de 1994-95, les faisant bondir de 1668 $ à 2000 $, pour une somme additionnelle de 60 millions, à laquelle s'ajouterait cette première année un réinvestissement public de

60 millions (rappelons que les libéraux ont plutôt prévu 30 millions de plus l'an prochain).

L'année suivante, les droits de scolarité seraient modulés au premier cycle dans un «nombre restreint de secteurs professionnels engendrant les revenus les plus élevés après la diplomation» et Québec ajouterait 60 millions récurrents de plus à la base de financement. Enfin, en 2006-07, M. Lacroix puise du côté du système britannique et propose que le Québec s'adapte à ce système récent qui prévoit une augmentation des droits de scolarité après diplomation et à partir de l'atteinte d'un certain revenu.

«Cette position pose des difficultés, notamment en raison du gel des droits de scolarité promis par ce gouvernement», a tout de suite réagi le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, à la lecture de ce scénario. «Le temps est compté, il ne faut pas tarder à faire le réinvestissement. Plus le temps passe, plus les dommages sont importants», a répliqué le recteur de l'UdeM.

À quelques pas de la montagne de l'UdeM, l'UQAM ne donne pas son aval à de tels scénarios. «L'UQAM est convaincue que le financement des universités passe par l'effort collectif et notamment par la voie de la fiscalité plutôt que par le dégel et la hausse des droits de scolarité», indique l'établissement dans son mémoire, rappelant au passage la fragilité d'une institution qui compte 52 % d'étudiants à temps partiel.

«Il y a une limite à demander aux gens de faire plus sans moyens et elle est atteinte», a affirmé Roch Denis. «Pourquoi le gouvernement, sous votre houlette, M. le ministre, n'organise-t-il pas la plus grande mobilisation nationale et sociale jamais vue pour un investissement collectif public massif dans les universités?»

Pour l'UQAM, les conséquences du sous-financement ont des répercussions jusque dans les salles de classe, où les ratios étudiants-professeur sont fixés à 26, contre une moyenne québécoise de 20. «Ce n'est pas par choix et par manque de vision institutionnelle», explique l'UQAM, qui présente des besoins non seulement pour renouveler son corps professoral mais pour améliorer un encadrement déficient lié à des ratios trop élevés.

L'Université du Québec à Chicoutimi a elle aussi défilé hier, son recteur Michel Belley ayant plaidé la cause des universités de petite taille et de leurs difficultés particulières dans la formule de financement à laquelle le gouvernement s'active.