Commission parlementaire sur les universités - L'Université Laval veut redistribuer les cartes

Indexer les droits de scolarité, revoir la carte universitaire, éviter une formule de financement centrée sur le per capita et récompenser les collaborations inter-établissements à coups de dollars additionnels: l'Université Laval a joué d'audace hier, devant la commission parlementaire sur les universités, en proposant au gouvernement de rejouer les dés.

Aux côtés de ces remises en question, les témoignages se sont multipliés hier en faveur du maintien du gel des droits de scolarité. Porteuse de ce dossier, la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a rappelé au gouvernement que la moindre hausse des droits de scolarité nuirait à l'accessibilité des moins nantis aux études supérieures.

Le recteur de l'Université Laval, Michel Pigeon, a entamé hier la deuxième journée d'audiences de la commission parlementaire sur les universités, en insistant sur les «effets malsains» de la course au recrutement, particulièrement au premier cycle. La formule de financement, basée sur le per capita, incite les universités en mal d'argent à se battre pour les «clientèles», ce qui les fait glisser vers des «comportements qui ne sont pas de type universitaire».

«Si notre bureau de recrutement n'est pas extrêmement efficace, on risque un déficit encore l'an prochain», a fait valoir le recteur aux députés de la commission de l'éducation. «Le gouvernement nous enferme dans une logique de croissance d'effectifs à tout prix, qui n'améliore pas nécessairement la qualité», ajoute-t-il.

Un campus de l'Université du Québec à Rimouski situé à Lévis, «à quelques kilomètres à vol d'oiseau de l'Université Laval», et qui offre les mêmes programmes est-il bien utile? demande Michel Pigeon, qui a vu dans cette commission une occasion de «lancer le débat» sur une nouvelle carte universitaire.

L'université, qui estime que sa part des 375 millions réclamés par les universités se chiffre à 61 millions, propose que la formule de financement ne soit plus uniquement basée sur le per capita et qu'elle récompense, par exemple, l'offre de programmes conjointe, tel que le fait le réseau public de l'Université du Québec.

«Ne serait-il pas logique de chercher un système qui ferait en sorte que toutes les universités québécoises collaborent plus facilement, et non pas seulement une partie d'entre elles?», lance le mémoire, qui remet en question l'existence d'un réseau d'universités à charte privée cohabitant avec les Universités du Québec, et suggère aussi un meilleur arrimage et une plus grande collaboration entre le collégial préuniversitaire et l'université.

Sur le sujet «tabou» des droits de scolarité, Michel Pigeon croit que «tout ce qui gèle dégèle, et plus c'est gelé longtemps, plus ça fait mal quand ça dégèle», a-t-il indiqué aux députés de la commission de l'éducation, précisant la préférence de son université pour une indexation des droits de scolarité, ce que la Confédération des associations étudiantes de l'Université Laval (CADEUL) a immédiatement dénoncé. L'association s'oppose au fait que le recteur présente ce mémoire au «nom de la communauté universitaire», car elle affirme que les représentants étudiants présents au Conseil universitaire n'ont pas donné leur aval à un scénario d'indexation des droits de scolarité.

Cette proposition ne sourit pas non plus à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qui a présenté hier à Québec un mémoire truffé d'une trentaine de demandes visant à améliorer le financement et la qualité des universités. Opposée à toute hausse des droits de scolarité, la FEUQ a soumis un plan de financement qui met en avant la création d'un fonds pour le savoir universitaire, financé par une taxe sur les bénéfices avant impôt des entreprises pour les quatre prochaines années.

«L'habitude est déjà créée avec le Fonds jeunesse, qui cesse ses activités cette année», explique Nicolas Brisson, président de la FEUQ pour encore deux mois. «Nous proposons d'amasser 114 millions avec la continuité de ce fonds.»

Pour aller chercher les 261 millions additionnels — liés à la demande des universités de récupérer 375 millions de plus —, la FEUQ affirme qu'elle veillera au grain et que le prochain budget serait bien «mal venu» d'afficher la baisse d'impôt promise. Le transfert fédéral de quatre milliards aux provinces par point d'impôt s'ajoute aux scénarios de financement proposés par la fédération étudiante.

Militant pour la gratuité scolaire, ce pour quoi elle a manifesté la semaine dernière à Québec, l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) a immédiatement dénoncé les positions de la FEUQ, car elle considère le maintien du gel «complaisant» et refuse de s'en contenter.