Les cégeps déterminés à pourvoir aux besoins du marché du travail

Boris Proulx Collaboration spéciale
Bon an mal an, environ 50 000 étudiants entrent au cégep. Un chiffre qui n’a rien d’anodin: il fait grimper le taux de finissants postsecondaires de la province à 10% de plus que dans le reste du Canada, se félicite M. Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps.
Photo: iStock Bon an mal an, environ 50 000 étudiants entrent au cégep. Un chiffre qui n’a rien d’anodin: il fait grimper le taux de finissants postsecondaires de la province à 10% de plus que dans le reste du Canada, se félicite M. Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps.

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Le réseau des cégeps fêtera l’an prochain, en 2017, ses 50 ans d’existence. Un demi-siècle plus tard, sa mission de dispenser des formations techniques et préuniversitaires reste la même, mais ses défis, eux, deviennent de plus en plus importants. Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps, revient sur la pertinence de ce palier scolaire unique, qui consiste selon lui en « l’une des plus belles innovations de la Révolution tranquille au Québec ».

Bon an mal an, environ 50 000 étudiants entrent au cégep. Un chiffre qui n’a rien d’anodin : il fait grimper le taux de finissants postsecondaires de la province à 10 % de plus que dans le reste du Canada, se félicite M. Tremblay. « Le principal défi demeure : comment stimuler davantage l’accès aux études supérieures ? Au Québec, nous connaissons une baisse démographique, les travailleurs deviennent plus âgés. Dans ce contexte, la performance économique est tributaire de la formation des travailleurs. »

Revenant sur les critiques formulées à l’endroit des cégeps, notamment par le caucus des jeunes libéraux, en 2014, qui a jugé les cégeps « dépassés et ne répondant plus aux besoins du marché du travail », Bernard Tremblay croit, au contraire, que le cégep représente un niveau de transition indispensable entre le secondaire et l’université. « L’étudiant sort d’un milieu où il y a une certaine homogénéité pour entrer dans un lieu où on est face à la diversité du monde réel, du Québec d’aujourd’hui. »

À ce propos, il rejette du revers de la main les critiques envers les cours généraux (français, philosophie, éducation physique et anglais) inclus tant dans les cursus préuniversitaires que techniques. « Le cégep est un endroit où le jeune va faire des choix personnels par rapport à sa formation, développer ses intérêts et son sens critique. Tout cela grâce à la formation générale qu’on offre. »

Le tronc commun facilite notamment le passage d’un programme à l’autre, ce qui fait du cégep un moment propice où changer son parcours scolaire, ou encore pour décider de poursuivre ses études au palier supérieur. D’ailleurs, rappelle M. Tremblay, environ 30 % des étudiants en formation technique décident désormais de poursuivre leurs études à l’université. « Quelle belle chance qu’offre notre système ! Un jeune qui fait une formation technique et qui fait un bac en plus, je peux vous dire qu’il a des cartes dans sa manche. »

Main tendue aux entreprises

Le réseau des cégeps n’offre pas que des formations aux étudiants qui sortent du secondaire. La formation continue, celle fournie en partenariat avec les entreprises, représente un très grand potentiel de croissance pour les cégeps. « Si on reste au niveau de la formation initiale, on passe à côté de l’essentiel », lance Bernard Tremblay. Selon lui, puisque les emplois évoluent, les employeurs ont tout à gagner en misant sur la formation de leurs employés. Une fonction que les cégeps entendent bien occuper, à condition que les entreprises fournissent aussi leur part d’efforts, notamment en faisant preuve de souplesse. « On propose un modèle dans lequel les entreprises pourraient, au lieu de recruter des techniciens à l’extérieur, choisir des travailleurs déjà dans l’entreprise qui peuvent suivre une formation à temps partiel. »

À l’heure actuelle, ce potentiel de formation continue des cégeps est toutefois limité par le financement gouvernemental. Les cégeps disposent d’une « enveloppe fermée » pour dispenser ces formations, dont le besoin est pourtant croissant. « Chaque année, on refuse des milliers de travailleurs qui souhaitent revenir aux études, par manque d’argent, explique M. Tremblay. C’est une aberration, à l’heure où l’on manque de travailleurs dans certaines régions. »

Nouveaux défis, peu de ressources

Au fil des compressions budgétaires des dernières années, les cégeps ont dû diminuer les ressources disponibles aux étudiants, au risque de se transformer en « boîtes à cours », critique le p.-d.g. de la Fédération des cégeps. Bernard Tremblay rappelle que les institutions ne sont pas que des lieux de formation, mais aussi des pôles de développement économique. « En région, c’est fondamental, ce que le cégep constitue, comme lieu de rassemblement pour la communauté et comme lieu de concertation. »

Cette année, le gouvernement du Québec n’a pas réduit son budget pour les cégeps, mais a plutôt investi 16 millions de dollars supplémentaires pour l’enseignement collégial, et quatre millions pour les centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT).

Cette somme demeure toutefois modeste par rapport aux nouveaux besoins du collégial, avertit M. Tremblay. Notamment, des défis importants attendent les cégeps en matière de soutien aux étudiants qui ont des besoins particuliers, comme la dyslexie, des troubles d’adaptation ou d’anxiété. « Ces jeunes abandonnaient avant autrefois, maintenant, ils réussissent leur secondaire. On ne peut que les féliciter ! Or, au collégial, nous n’avons pas nécessairement le niveau de ressources pour les accompagner », s’inquiète-t-il. Plus d’argent est nécessaire pour l’embauche de conseillers pédagogiques, d’infirmières et de psychologues, tant de services mis à mal dans les dernières années.

L’autre défi pour les cégeps consiste à continuer d’offrir une grande gamme de formations, notamment en région. Pour y arriver, les cégeps regardent vers l’international. « Le système québécois est reconnu dans le monde et de haut niveau. Si on pouvait stimuler l’arrivée des étudiants étrangers, on arriverait à maintenir une meilleure diversité d’offre de programmes dans les régions en diminution démographique. Parfois, seulement deux ou trois étudiants internationaux supplémentaires peuvent faire la différence pour maintenir un cours. Ça peut profiter aux étudiants québécois qui veulent suivre le programme. »

Les immigrants qui arrivent au Québec par une formation au cégep n’auront pas de problème de reconnaissance du diplôme, soutient-il, et auront le temps de s’acclimater à la culture québécoise. En plus, s’ils décident de rester, ils pourront pourvoir à des emplois à forte demande, souvent en région, mais dont les formations sont encore peu populaires parmi les étudiants québécois.