CSDM: des directeurs d’école superviseurs de chantier

Des ouvriers sont à l’œuvre pratiquement sept jours sur sept, et parfois même la nuit, à l’école primaire Guillaume-Couture, dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Des ouvriers sont à l’œuvre pratiquement sept jours sur sept, et parfois même la nuit, à l’école primaire Guillaume-Couture, dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Déjà débordés par la gestion quotidienne de leur établissement, des dizaines de directeurs et directrices d’écoles de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) se voient de surcroît forcés de s’improviser superviseurs de chantier pendant les travaux de rénovations ou d’agrandissements qui s’y déroulent, a appris Le Devoir.

La cure de jouvence de 190 millions de dollars que s’offre actuellement le parc immobilier de la plus importante commission scolaire du Québec ne se réalise pas sans heurts. Devant un nombre record de projets de réfection et d’agrandissement d’écoles, les chargés de projet de la CSDM ne fournissent plus à la tâche. Résultat : ce sont bien souvent les directions d’établissement qui héritent de tâches liées au quotidien d’un chantier, sans pour autant détenir l’expertise nécessaire pour occuper ces fonctions.

Des ouvriers sont à l’oeuvre pratiquement sept jours sur sept, et parfois même la nuit, à l’école primaire Guillaume-Couture, dans l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Depuis près d’un an et pour quelques mois encore, les élèves de l’école et les travailleurs de la construction se côtoient tous les jours de la semaine dans le cadre de travaux visant à doter l’édifice de 12 nouvelles salles de classes et d’un local multifonctionnel.

Lourde tâche

André Maisonneuve, le directeur de l’école, s’emballe lorsqu’il parle de cet ambitieux projet. Mais il reconnaît à quel point cela représente une lourde tâche dans le contexte actuel. « La construction demande beaucoup de coordination, beaucoup d’efforts supplémentaires pour la direction. En plus de tout ce que l’on fait habituellement, on doit gérer des imprévus, et s’assurer de la sécurité des élèves, entre autres. Avoir un chantier dans son école, c’est faire face à beaucoup d’imprévus. Il faut être vigilant et savoir agir rapidement lorsque quelque chose se passe. »

En principe, un « chargé de projet CSDM » supervise le chantier de l’école. Sauf que ce coordonnateur a généralement trois ou quatre projets de construction à gérer en même temps.

« La CSDM fait la supervision des chantiers de loin, mais celui qui fait la supervision au jour le jour, c’est véritablement la direction d’école. Demander à la CSDM de dépêcher quelqu’un de plus sur un chantier, c’est comme lui demander la lune actuellement », explique Hélène Bourdages, la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES), qui regroupe près de 500 membres des commissions scolaires de Montréal et de la Pointe-de-l’Île.

Un directeur d’école ce n’est pas un expert chevronné en construction. D’avoir ces techniciens, ça permettrait une meilleure gestion du chantier.

La gestion du chantier peut représenter de 20 à 30 heures de travail supplémentaire par semaine, au plus fort des travaux, selon elle. « On nous dit parfois “ça fait partie de la tâche”. Je regrette, la direction d’école est là pour gérer les ressources matérielles qui ont rapport à la pédagogie, pas au chantier de construction d’un bâtiment. »


Une exagération, dit la CSDM

Ces différents projets, d’une ampleur sans précédent pour la CSDM, surviennent alors que l’organisme a supprimé l’an dernier 17 postes de direction adjointe dans diverses écoles, dont certaines subissent actuellement des travaux. « Tout ça mis ensemble, ça fait en sorte que les gens sont plus débordés qu’avant. Ils ne savent plus où donner de la tête », dit Mme Bourdages, qui souhaiterait que la CSDM puisse nommer des techniciens en bâtiment dans chaque école pour assurer le bon déroulement des travaux.

« Quand tu tombes sur un mauvais entrepreneur, quand tu dois courir après les ouvriers pour qu’ils réalisent leurs travaux, la direction n’a pas le temps de s’occuper du reste de l’école. Un directeur d’école ce n’est pas un expert chevronné en construction. D’avoir ces techniciens, ça permettrait une meilleure gestion du chantier », fait-elle valoir.

La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, juge « exagéré » de parler de supervision de chantier dans le cas des directions d’établissement. « C’est comme quand on a des travaux dans notre maison, évidemment il y a une certaine implication, expose-t-elle. Mais on a différentes équipes sur le terrain, avec eux, qui sont très actives. Ces chargés de projet ne sont pas là de 8 h à 16 h sur le chantier de chacune des écoles, mais ils sont toujours joignables par cellulaire. » L’équipe chargée de superviser les différents projets de rénovation des installations de la CSDM est actuellement composée d’une cinquantaine de personnes, soit une quarantaine de chargés de projets et une dizaine de techniciens.

Ils tiennent des rencontres régulièrement avec les directions, ainsi qu’avec les différents entrepreneurs qui réalisent les travaux, ajoute-t-elle.

La priorité des directions d’école est et doit demeurer « la mission pédagogique », bien qu’ils aient effectivement à agir à titre de « personne pivot » entre la communauté scolaire et les différentes ressources de la CSDM, soutient Mme Harel Bourdon. « C’est sûr que c’est exigeant avoir des travaux dans son école. On en est conscients. » Elle rappelle que les membres de la direction peuvent bénéficier de journées de congé compensatoires lorsque cela s’avère justifié.

3 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 26 septembre 2016 05 h 01

    EXAGÉRATION ET COMPLAISANCE

    La gestion des biens meubles et immeubles fait partie de la tâche des directions. Ce n'est pas nouveau. Une direction participe toujours aux réunions de chantier parce qu'elle est censée connaître les liens entre l'architecture de son école et les activités pédagogiques qui vont s'y dérouler.

    Je doute des 20 à 30 heures par semaine avancées : cela signifierait 4 à 6 heures par jour... À moins de choisir de regarder planter les clous, une à trois heures heures m'apparaissent plus réalistes pour un maximum de 7 h30 par semaine.

    Quant à la priorité mise à la pédagogie, je souris.
    Si tel était le cas, les plans d'intervention des écoliers vulnérables seraient autrement bien gérés et coordonnés et le support offert à l'encadrement disciplinaire des enseignants nettement plus probant.

    L'efficacité en ce domaine du personnel à la direction des écoles mériterait une visite évaluative sérieuse, car plus leur soi-disant leaderhip pédagogique augmente, plus les résultats effectifs des écoliers stagnent ou dégringolent et plus la fidélité des résultats vacille.

    Le temps consacré à se contempler en position de pouvoir est à mon avis le plus gros chantier de maintes directions. Pas toutes, mais maintes.

    Dans la réforme à venir, leur octroyer plus de pouvoir serait dramatique.

  • Marguerite Paradis - Abonnée 26 septembre 2016 08 h 12

    suggestion : les stagiaires?

    Merci monsieur Orfali de nous tenir au courant de l'évoluation de ce dossier!

    Nos étudiant.e.s stagiaires sont toujours à la recherche de beaux défis, alors pourquoi ne pas faire appel à leur « apprentissage ».

    Entre institutions d'enseignement, nous pourrions donner l'exemple avec des collaborations innovantes.

    Marguerite Paradis

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 septembre 2016 09 h 10

    De l'objectivité...


    L'AMDES allègue que ses membres sont contraints de « superviser » les chantiers, ce qui est une exagération manifeste. Leur aurait-on épargné d'avoir leur mot à dire, ils n'auraient pas été consultés. On aurait agi par-dessus leur tête. Le titre de l'article aurait été à l'avenant.

    La CSDM affirme que les chargés de projets sont en nombre suffisant et faciles à rejoindre. Le pupitre tranche en faveur des premiers.

    On est au JdeM ou au Devoir, ici?