Éducation: Québec lance une vaste consultation publique

Sébastien Proulx
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Sébastien Proulx

Le gouvernement du Québec lance cet automne une vaste consultation publique pour « moderniser le système d’éducation » et élaborer la « première politique de la réussite éducative ».

« C’est peut-être le geste le plus important qu’on va poser en éducation pour les prochaines années », a lancé le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, en conférence de presse devant des dizaines d’acteurs à la Grande Bibliothèque vendredi matin.

« C’est un appel à la mobilisation », a affirmé le premier ministre Philippe Couillard, qui tenait à donner le coup d’envoi de cette consultation. « On veut des voix, des points de vue, mais on veut aussi des propositions : que feriez-vous si vous aviez la capacité aujourd’hui d’écrire ce programme ou cette politique de réussite ? Tout le monde pourra s’exprimer : les parents, les enseignants, le personnel scolaire, les élèves, les citoyens, les entrepreneurs, chacun peut changer les choses. »

Dans un premier temps, tout un chacun pourra s’exprimer au moyen de consultations en ligne. Par la suite, le ministre Proulx participera à une tournée régionale dans chacune des régions du Québec. « C’est important, il faut aller partout […] Il faut être capable de prendre acte des différences, des réalités. On a des écoles trop pleines, mais on a aussi des écoles où il n’y a pas beaucoup de monde […] Il y a des difficultés, des solutions qui doivent être adaptées et c’est à l’intérieur de rencontres comme celles-là, à la grandeur du Québec, qu’on va être capable de discuter ensemble. »

Le processus de consultation se terminera par une rencontre nationale qui aura lieu le 1er décembre pour discuter des grands enjeux et faire le point.

« On est aujourd’hui 50 ans après la création du ministère de l’Éducation, a rappelé le ministre. Le défi, à l’époque, c’était de démocratiser l’éducation et de rendre l’éducation accessible à tout le monde. Aujourd’hui, l’éducation est accessible. La difficulté aujourd’hui à l’intérieur de l’école, c’est de rendre la réussite accessible pour tout le monde. »

Diplomation

La consultation s’articulera autour de trois grands axes. Dans un premier temps, on veut permettre l’atteinte du plein potentiel de tous les élèves. Il sera question d’une intervention dès la petite enfance et d’un meilleur accompagnement des élèves ayant des besoins particuliers. On veut notamment permettre une meilleure transition entre les différents niveaux et parcours scolaires et prévenir l’abandon scolaire.

« C’est certain qu’il faut parler de diplomation, précise le ministre. On a des retards en diplomation. On a fait des bons extraordinaires vers l’avant, on va atteindre le 80 % pour 2020, j’en suis convaincu, mais on est capable de faire mieux encore. »

Dans un deuxième temps, on discutera d’un « contexte propice au développement, à l’apprentissage et à la réussite ». La population sera appelée à se prononcer sur l’importance de la littératie et de la numératie, sur la place grandissante du numérique, la préparation au marché du travail et aux études supérieures et sur l’« école inclusive » en terme d’« intégration linguistique, scolaire et sociale des élèves ».

Engagement parental

Enfin, revenant sur l’un des volets de l’ancien projet de loi 86, désavoué par l’actuel ministre de l’Éducation, Québec veut trouver des solutions pour favoriser l’engagement parental. « La relation et la collaboration des parents avec le personnel enseignant et l’école doivent être bien établies et bénéfiques à l’élève », peut-on lire dans le document de consultation. Lui-même père de deux enfants au primaire, le ministre est convaincu que les parents doivent être au coeur du parcours de l’élève. « On a des intérêts, on a des connaissances, on connaît nos enfants, on a des expériences, je sais que les parents du Québec veulent mettre à profit leur expérience et travailler en collaboration avec les acteurs du milieu de l’éducation. »

Anticiper

Au final, le ministre espère être en mesure d’agir en amont, plutôt qu’en réaction. « [Il faut] tenter de prévoir les changements dans notre société parce que, je vais vous dire, pour un ministre, c’est tannant de toujours être en arrière et de dire: "Câline, si on y avait pensé – excusez l’expression – si on y avait pensé avant, on l’aurait peut-être fait." Mais si on est capable d’anticiper les changements, de créer des espaces de réflexion qui vont nous permettre d’anticiper les choses nouvelles, il arrivera ce qu’il y a de plus extraordinaire, on sera une société plus en avance au lieu de regarder à côté et de se dire : "Comment on va faire pour les rattraper ?" »

L’argent sera au rendez-vous, assure le premier ministre, qui promet une meilleure prévisibilité dans les budgets pour les prochaines années.

17 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 16 septembre 2016 09 h 42

    Un gouvernement sans gouvernail

    Quand on consulte, c'est qu'on ne sait pas quoi faire.

    Après l'abolition ratée des commissions scolaires, le gouvernement Couillard fait siennes les excellentes politiques de la CAQ en matière d'éducation.

    Puis on hésite. On annonce qu'on va consulter. Parce que la consultation est un substitut à l'action pour celui qui doute. Qui peut s'opposer à la démocratie ? Tenir comte des avis opposés, n'est-ce pas l'essence de la démocratie.

    Une décennie au pouvoir et deux ans de désinvestissement massif en éducation pour en arriver là... C'est pitoyable.

    • Benoit Toupin - Abonné 16 septembre 2016 15 h 16

      La consultation est un instrument démocratique à ne pas négliger. Un ministre qui croit possèder la vérité me fait plus peur qu'un qui écoute, anlayse et recherche des points de vue variés avant de décider. Depuis ces derniers temps nos politiciens ont souvent mis en place des politiques jetables sur lesquelles il faut toujours revenir.

      Pour éviter les politiques jetables, il faut y mettre l'analyse, le savoir et la science; voir ce qui se fait de mieux ailleurs, identifier les options, consulter les gens du milieu et les experts et aussi la population.

      Ce que je crains, à deux ans d'une élection avant laquelle ce gouvernement a grandement besoin de se refaire une image, c'est que la consultation soit un exercice de relation publique laissant bien peu de place à une analyse rigoureuse et objective.

      Avec ce gouvernement l'idéologie affairiste n'est jamais bien loin. Pourtant l'éducation ne vise pas seulement à former un éventuel travailleur, mais plutôt un citoyen capable de créativité, de bon jugement et d'analyse rigoureuse.

      En attendant, regardons les choses aller; l'organisation de la consultation nous en dira plus sur la valeur et le sens de la chose.

    • Patrick Daganaud - Abonné 16 septembre 2016 15 h 43

      NÉOLIBÉRALISME ET CAPITALISME PRÉDATEURS.


      L'Éducation est condamnée à souffrir sous une telle gouvernance : elle dure depuis toujours et a coloré tous les gouvernements.

      Elle empêche toute modification structurale et exacerbe les castes et les pouvoirs.

      Elle est l'essence du faire-semblant et du pseudoprogrès par mensonge et tricherie.

      Je lis les propos de Proulx et ils sont d'une telle vacuité. Ils sentent les conclusions tirées d'avance, la poudre aux yeux, le cosmétique, l'ignorance.

      Le progrès ne peut passer que par un changement sociopolitique majeur.
      Ce ne seront certes pas les néolibéraux reptiliens qui vont le faire.

      La résultante sera comme leur gouvernance un lamentable échec dans un océan de médiocrités.

    • François Dugal - Inscrit 16 septembre 2016 16 h 56

      Au contraire, monsieur Martel, le gouvernement a un gouvernail, monsieur le premier ministre sait précisément où il s'en va. Et la direction vers laquelle nous allons est celle du retour vers le provincialisme d'antan, où les québécois asservis obéissaient au doigt et à l'œil aux boss anglais et à l'Église Catholique. Les boss anglais sont remplacés par les multi-nationales et les évêques par notre nouveau guide suprême, monsieur le premier ministre en personne, prêchant le petit catéchisme du multiculturalisme, que l'on inculque aux enfants via le cours ECR.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 16 septembre 2016 17 h 30

      M. Toupin, vous avez raison; tout cela est bien joli.

      Mais a-t-on consulté avant de décider où couper ?

    • Benoit Toupin - Abonné 16 septembre 2016 19 h 18

      Élu avec le soutien de 29.1% des électeurs, ce gouvernement a coupé en éducation, les yeux sur une colonne de chiffres, pas sur les enfants. Cela dit, le passé étant le passé, ils nous restent la mémoire...

      Malgré un moment d'apparence de bonne volonté, il ne faut pas baisser la garde et rester vigilant...

  • Andréa Richard - Abonné 16 septembre 2016 09 h 47

    Et le cours ECR (Éthique et Culture religieuse)?

    Monsieur Proulx,
    Trois Associations crédibles vous ont envoyé un document: «étude sérieuse et une analyse approfondie du cours ECR» ainsi que le livre La face cachée du cours ECR,(Éthique et Culture religieuse) Ed.Léméac; en plus, ils vous en fait la demande d'enlever de ce cours, le volet religion, ceci pour le bien de nos enfants qui sont l'avenir de demain. Et de cela, vous qui avez pourtant des enfants aux écoles; vous n'avez pas encore parlé...pourtant vous êtes le Ministre de l'Éducation et de la Famille; cela vous concerne, et nous attendons de vous, le sens de la responsabilité et le devoir d'y voir!
    Andréa Richard, abonnée et auteure Au-delà de la religion, Septentrion.

  • Jean Breton - Abonné 16 septembre 2016 10 h 02

    Redécouvrir la roue encore une fois

    Si j'étais journaliste, j'aimerais poser cette question fondamentale au ministre Proulx, manifestement en mal de se faire valoir : « Dites-nous ce que vous entendez par ' réussite scolaire ' ? »

    Omettre de le faire de façon nette et claire, c'est donner le « go » aux propositions sur les changements de structures et tous les ersatz pédagogiques. Et on continuera de tourner en rond...

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 16 septembre 2016 14 h 07

      Tourner en rond c'est le propre de ce parti libéral et son chef sans vision et a parler pour ne rien dire.Révoltant,approuvé par la CAQ et le QS.

  • Francois Cossette - Inscrit 16 septembre 2016 11 h 47

    Encore !!!!

    Quand on ne sait pas quoi faire, on fait une consultation, ca permets gagner du temps et, pour un certains temps, ca fait oublier le fait que le gouvernement a asphysié le monde de l'éducation avec ses coupes sauvages dans les budgets.

    Il serait plus facile de faire pleurer une roche que de penser que ce gouvernement pourra finalement faire quelque chose de positif pour le systeme d'education.

  • François Dugal - Inscrit 16 septembre 2016 12 h 15

    Ultime et vain recours

    Monsieur le ministre de l'éducation, avocat de formation, ne connaît rien à l'éducation; il ne diffère pas en ça de ses prédécesseurs. Il doit être vraiment désespéré pour demander l'avis de Pierre-Jean-Jacques afin de sauver les meubles du désastre pédagogique en cours dans l'éducation québécoise.
    Cet ultime recours ne donnera évidemment rien, car il s'agit ici de brouiller les cartes et chercher une défaite afin de masquer l'incompétence crasse de ceux qui ont sciemment concocté un désastre.