Sécurité renforcée dans toutes les écoles

La fusillade du 13 septembre 2006 a créé une onde de choc qui a poussé les écoles du Québec à revoir leurs mesures de sécurité.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La fusillade du 13 septembre 2006 a créé une onde de choc qui a poussé les écoles du Québec à revoir leurs mesures de sécurité.

Caméras de surveillance, portes verrouillées, exercices de confinement des élèves en cas d’intrusion d’un tireur fou : la tragédie du Collège Dawson, survenue il y a 10 ans, a eu l’effet d’un électrochoc pour les écoles du Québec, du primaire à l’université, qui ont toutes renforcé leurs mesures de sécurité.

Le 13 septembre 2006, Kimveer Gill, un jeune homme de 25 ans profondément troublé, est entré au collège armé d’un fusil semi-automatique Beretta CX4 Storm. Il a tiré 72 balles qui ont atteint mortellement Anastasia De Sousa, étudiante de 18 ans, et blessé 16 personnes. Cerné par les policiers, le tireur — qui n’était pas étudiant au Collège Dawson — s’est enlevé la vie.

La fusillade de 20 minutes a créé une onde de choc qui se fait encore sentir, une décennie plus tard. D’abord, au Collège Dawson : l’établissement du centre-ville de Montréal s’est doté de quelque 200 caméras de surveillance. Les portes des classes peuvent désormais se verrouiller de l’intérieur. Un système de communication sophistiqué permet de transmettre de façon efficace les mesures de sécurité. Des agents de sécurité supplémentaires ont été embauchés et formés.

« Notre première préoccupation a été d’améliorer la sécurité, mais on a refusé de transformer le Collège en forteresse », dit Richard Filion, directeur de l’établissement.

Des firmes de sécurité, notamment américaines, ont proposé au Collège Dawson d’installer des détecteurs de métal et d’engager des gardiens de sécurité armés. La direction a dit non à cette stratégie répressive. « On s’est plutôt engagés dans une réflexion sur le sens à donner à notre mission éducative », dit Richard Filion.

Mieux qu’aux États-Unis
Les gens troublés comme Kimveer Gill éprouvent un « sentiment de vide, d’être rejetés par leur propre milieu », explique le directeur. Inspiré par le Candide de Voltaire, le Collège Dawson a créé un centre d’éducation à la paix et à la non-violence. Chaque année, le triste anniversaire du 13 septembre donne lieu à une « semaine de la paix » vouée à souligner la résilience de la communauté du Collège.

Cette stratégie s’est révélée efficace pour le Collège, qui a gardé sa bonne réputation malgré l’attentat de 2006, estime Cécile Rousseau, professeure titulaire à la Division de psychiatrie sociale et culturelle de l’Université McGill. Elle vient justement de réviser les études américaines sur la répression dans les écoles. Constat : « La stratégie de tolérance zéro aux États-Unis a eu l’effet contraire à celui souhaité. La violence n’a pas diminué, elle a plutôt augmenté », explique-t-elle.

On sait comment les autorités américaines ont répondu à la vague de fusillades dans des écoles : en installant des détecteurs de métal, en plaçant des gardes armés, en encourageant la délation d’élèves « suspects ». « Les jeunes vulnérables se sentent ciblés. Plus on les soupçonne d’être violents, plus ils s’isolent. Ils se sentent exclus. Certains reviennent à l’école avec un fusil », dit Cécile Rousseau.

Le Collège Dawson et l’ensemble du réseau québécois d’éducation et d’enseignement supérieur ont pris les bonnes décisions, estime la professeure. Ils ont renforcé la sécurité sans se transformer en prisons. Et sans se livrer à une chasse aux sorcières.

« Ça fait peur »
La tragédie du Collège Dawson a déclenché une vaste remise en question de la sécurité dans les écoles québécoises, confirment plusieurs sources. « Ce qui s’est produit à l’École polytechnique [le massacre de 1989], dans les écoles américaines et au Collège Dawson, ça fait peur », dit Jean-Marc St-Jacques, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés du Québec (FEEPQ).

La grande majorité des maisons d’enseignement — publiques et privées — sont désormais équipées de caméras de surveillance, même si elles n’y sont pas obligées. Tous les établissements doivent aussi avoir un plan d’urgence en cas d’attaque par un tireur fou. Les directions d’école travaillent avec la police municipale ou avec la Sûreté du Québec pour élaborer leurs plans d’intervention, explique Michèle Demers, de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement.

Par exemple, en Montérégie, la SQ a les plans de toutes les écoles en format numérique, explique Jean-Marc St-Jacques. En cas d’urgence, la police connaît l’emplacement de toutes les portes des locaux de l’école.

La police aide les établissements à organiser des simulations d’attaque par un tireur fou. Certaines écoles font des exercices avec leurs élèves, d’autres uniquement avec leur personnel durant les journées pédagogiques.

Des parents ont déjà dénoncé ces simulations, qui peuvent faire peur aux enfants. La Fédération des comités de parents du Québec appuie néanmoins ces opérations. « En 2016, les exercices de sécurité ne doivent pas être seulement des exercices de feu. Oui, il doit y avoir des pratiques pour le confinement par exemple. Mieux vaut être trop préparé que pas assez », dit Corinne Payne, présidente de la Fédération.