Les enseignants ne veulent pas d'un ordre professionnel

Malgré un récent sondage qui évalue que 95 % des enseignants du primaire et du secondaire s'opposent à la création d'un ordre professionnel, le ministère de l'Éducation continue de promettre le dépôt d'un avant-projet de loi sur le projet avant la fin de l'année en cours.

Les syndicats d'enseignants dévoilaient hier les résultats d'un sondage mené au début de février à travers toutes les écoles du Québec sur la pertinence de créer un ordre professionnel des enseignants, une des promesses libérales que le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, entend concrétiser.

À une question «claire» («Êtes-vous pour ou contre la création d'un ordre professionnel enseignant?»), 95 % des 55 000 professeurs du primaire et du secondaire sondés ont servi un «non retentissant» au projet du ministre Reid. «Cette proposition ne peut plus tenir la route après un vote comme cela», croit la présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Johanne Fortier, demandant un «recul» du gouvernement dans ce dossier.

Évitant de commenter les résultats de ce sondage, l'attachée de presse du ministre Reid, Caroline Richard, a assuré hier que le ministère était «pleinement conscient des divergences». À la suite d'un échange récent entre le ministre Reid et les dirigeant de la FSE et de la CSQ, le cabinet a d'ailleurs décidé de la création d'un comité de travail formé de membres des syndicats et du ministère chargé d'examiner «la compréhension des divergences et l'exploration des enjeux» en ce qui concerne l'ordre professionnel. Une première rencontre est prévue au début de mars.

Malgré cette ouverture au dialogue, les travaux vont bon train au ministère pour rédiger l'avant-projet de loi qui devrait mener à la tenue d'une commission parlementaire sur le sujet d'ici la fin de l'année, a-t-on confirmé au cabinet.

«Les enseignants sont farouchement contre cette idée, c'est une opposition de plus en plus affirmée», ajoute Johanne Fortier, qui rappelle qu'un récent avis de l'Office des professions n'a pas recommandé la création d'un ordre pour baliser la profession enseignante. «Nous espérons que le gouvernement entendra raison car s'il veut nous l'imposer, nous allons résister, et il nous aura sur sa route».

Les enseignants doivent amorcer des négociations avec Québec autour du renouvellement de la convention collective, et la création de cet «organisme superflu, coûteux et inutile» pourrait «avoir un impact sur le climat», prévient Mme Fortier. «Je pense qu'il [le ministre Reid] prend de plus en plus la mesure de l'insatisfaction. Ce n'est pas seulement une affaire d'organisations syndicales et de militants, c'est une opposition très importante.»
2 commentaires
  • Claire Landry - Inscrite 20 février 2004 07 h 52

    Déception

    Je suis vraiment décue.

    Pendant une vingtaine d'année, dont dix à la direction du programme d'éducation préscolaire et d'enseignement primaire, j'ai essayé d'offrir aux futures enseignantes une formation de l'esprit et des émotions qui les rendent capables de pratiquer une des professions les plus subtiles qui soient.

    Considérant que c'est à la fois un art et une science, nous leur avons offert les moyens de réfléchir sur leur action auprès des enfants tout en les outillant le plus précisément possible sur toutes les méthodes nécessaires à une pratique adéquate.

    C'est évident que, durant les quatre années que dure maintenant la formation, nous les mettions en interface avec les difficultés et les responsabilités de leur profession.

    Quand, suite au Rapport Parent, la formation des maîtres est entrée à l'université, la rigueur académique jointe à une pratique supervisée solide, désignait cette profession à un Ordre où les enseignantes, se prenant en main, utilisent une déontologie au service du bien de la société, en l'occurence les enfants qu'elle leur confie.

    En conscientisant les futurs enseignantes, en les cultivant, en favorisant leurs discussions, je croyais vraiment avoir joué en faveur de leur décision de se construire un Ordre. Déception...

    Marie-Claire Landry
    professeure honoraire du département des sciences de l'éducation de l'UQAM

  • Paul-Etienne Sirois - Abonné 20 février 2004 19 h 59

    Ordre professionnel et Syndicats

    Parmi les nombreux ordres professionnels au Québec, en existe-t'il au moins quelques-uns dont la création soit le fruit d'un consensus généralisé de la profession, y compris des syndicats qui les regroupent? S'il en est, ils ne sont sûrement pas nombreux.

    Bien au contraire, tant les médecins , les avocats, les ingénieurs que les psychologues, les arpenteurs, les infirmières etc, etc, ont rechigné individuellement ou par leurs syndicats ou associations professionnelles devant la création de ces Ordres et pour toutes sortes de raisons. Pourtant le législateur a persisté et signé.

    Avec un recul d'au-moins 30 ans, on ne peut nier que l'existence de ces Ordres ait pu être très bénéfique pour les usagers des diverses activités professionnelles et sûrement aussi pour les membres de ces professions. Sans régler tous les problèmes de la pratique professionnelle, les Ordres ont contribué à en améliorer la qualité, assurant par là un meilleur service et une meilleure protection à la société.

    Pour ne parler que d'un secteur que je connais bien, le domaine financier, il est indéniable que les divers intervenants dans ce domaine, courtiers, planificateurs financiers etc, avec l'encadrement de leurs Ordres respectifs, fournissent une qualité d'interventions qui a haussé leur niveau de connaissances et de respectabilité. Le tout à un point tel que de plus en plus d'intervenants dans ce secteur proviennent du milieu universitaire, apportent à tous un élément de fierté pour le calibre amélioré de leur profession et assurent un meilleur respect de leurs clients.

    Les objectifs de la création des Ordres professionnels, qu'on le veuille ou non, concernent le bien commun de la société et non les intérêts particuliers des membres de la profession tels que prônés ou défendus par les syndicats ou par les associations professionnelles dans leurs négociations collectives.

    Quand voit-on de tels regroupements organiser des activités de réflexion ou de formation pour entretenir la fierté d'être un acteur compétent et conscient de la grandeur et de l'importance de sa tâche? ou encore quand assistons-nous de leur part à des interventions visant à corriger ou rectifier des écarts ou des abus trop souvent à long terme de certains de leurs membres? Telle n'est pas leur responsabilité première, et on ne peut les en blâmer sans doute.

    Dans la société civile, les intérêts particuliers des riches et des pauvres, des bien-portants et des handicapés et en général de toutes les catégories de citoyens ne convergent évidemment pas. La responsabilité d'opérer cette convergence et cet équilibre relève alors de celui qui a été choisi pour se préoccuper du bien de l'ensemble des citoyens, du bien commun, l'état ou le législateur.

    Une fois assumé le nécessaire détachement de ses préoccupations trop individualistes, tout citoyen ou tout groupe qui se veut conscient d'une nécessaire solidarité sociale et d'un meilleur respect du bien de tous, comprendra le bien fondé d'une intervention qui vise à donner et à entretenir la fierté d'être un professionnel impliqué dans la société.

    Dans le cas présent, il s'agit de professionnels impliqués dans la formation des nouvelles générations à qui on veut transmettre connaissances et valeurs, et qu'on veut mieux protéger contre les abus ou négligences graves de certains qui risquent de l'oublier.

    Pour réaliser celà, il faudrait que le chef d'état ou le législateur explique bien le pourquoi d'une telle démarche. Il faudrait sans doute aussi que les syndicats, de même que leurs membres, haussent d'un cran leur réfléxion sur le sujet, puisque, comme tous les citoyens individuels ou corporatifs, ils ont aussi une responsabilité à l'égard de la collectivité.

    P.E.Sirois,mph,mth
    Sillery