Les milieux de travail: un endroit idéal pour dispenser une formation de base

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La FTQ se prononce pour une formation offerte le plus tôt possible dans les lieux de travail à l’arrivée des personnes immigrantes au Québec.
Photo: IStock La FTQ se prononce pour une formation offerte le plus tôt possible dans les lieux de travail à l’arrivée des personnes immigrantes au Québec.

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Au Québec, l’alphabétisation passe largement par l’apprentissage du français en milieu de travail ; la langue officielle apparaît comme l’outil essentiel pour éviter de sombrer dans l’analphabétisme, le déni des droits et la pauvreté. Le milieu syndical s’applique par conséquent, depuis plusieurs années, à dispenser de la formation à ses membres dans cette matière de base.

Le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Daniel Boyer, prend le taureau par les cornes et affirme sans ambages, et entend le répéter, « qu’il est possible de vivre toute une vie en anglais à Montréal ». D’où l’importance de l’apprentissage du français au travail : « Quelqu’un qui immigre ici et qui ne maîtrise pas suffisamment la langue française n’apprendra pas cette langue dans son milieu familial, où sa langue maternelle est utilisée couramment ; il en va de même pour les échanges courants au sein de sa communauté et parmi ses amis. »

Il se prononce donc pour une formation offerte le plus tôt possible dans les lieux de travail à l’arrivée des personnes immigrantes au Québec : « Il importe qu’il y ait des programmes de francisation de ces gens, là où ils travaillent. » La FTQ l’a compris depuis longtemps : « On est actifs depuis 30, 40, voire 50 ans dans les milieux de travail pour leur transmettre une formation de base. »

L’objectif est de faire d’une pierre deux coups : « C’est de cette façon qu’on va arriver à maintenir le français dans un bon état. Il y a aussi le fait que la reconnaissance de leurs droits comme citoyens et comme travailleurs ici, ça se passe en français, la langue commune, s’ils veulent être capables de se manifester pour ou contre certaines pratiques au travail ou dans le quotidien. »

Formation linguistique compromise

La Fédération n’en déplore pas moins que des reculs plutôt que des avancées sont apparus dans les efforts de formation consentis : « C’est de plus en plus difficile », constate le président. Il y a des syndicats qui ont pris des initiatives pour réaliser des projets de francisation : « Ils ont agi de la sorte parce que les employeurs ne voulaient pas se “bâdrer” de cela, parce qu’ils y croyaient plus ou moins. »

La centrale a par la suite démontré qu’elle était en mesure de gérer efficacement de telles formations en milieu de travail en s’occupant de toute la logistique nécessaire : « Par contre, il suffit dans de tels cas d’avoir les subventions nécessaires pour libérer les gens afin qu’ils puissent suivre ces formations-là. On a agi de la sorte durant longtemps, mais on a de plus en plus de difficulté à obtenir des sous pour les organiser. » Les principaux partenaires financiers, dont le ministère de l’Immigration vient en tête de liste, ne répondent plus à l’appel.

La situation se détériore chez les syndiqués et, à plus forte raison, chez les travailleurs qui ne le sont pas. À ce facteur de dégradation de la langue s’ajoutent encore les changements en vue sur les règles de l’immigration : « On est inquiets à ce sujet parce qu’on veut assouplir le critère de la connaissance du français pour plutôt obtenir plus de personnes dont le profil correspond aux emplois disponibles. » Daniel Boyer approuve une telle démarche à condition que la langue conserve son caractère prioritaire en matière d’immigration.