Une politique attendue depuis près de 15 ans

Réginald Harvey Collaboration spéciale
La dernière politique gouvernementale de formation des adultes remonte à 2002 ; près de 15 ans plus tard, rien de neuf sur une mise à jour attendue dans ce domaine.
Photo: IStock La dernière politique gouvernementale de formation des adultes remonte à 2002 ; près de 15 ans plus tard, rien de neuf sur une mise à jour attendue dans ce domaine.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

A-t-on besoin de se remémorer que l’éducation a été passée au tordeur dans la poursuite de l’idéal politique libéral d’équilibre budgétaire ? Or, les formations des adultes et de base, qui figuraient déjà comme parents pauvres dans le réseau, ont encore perdu des plumes.

Il apparaît de prime abord complexe de rejoindre les personnes analphabètes : « C’est un gros défi ! Et le nombre de ces gens, qui ont des difficultés à comprendre et à utiliser l’information dans leur vie courante, est effarant », laisse savoir Line Camerlain, vice-présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et en grande partie responsable du dossier de l’éducation.

Elle explique qu’ils lisent peu de journaux ou de livres et qu’ils se servent peu de l’Internet : « Il faut aller sur le terrain, là où ils se trouvent. S’ils ont un emploi, on se doit de se rendre dans leur milieu de travail pour les dépister, les recruter et les sensibiliser à l’importance de revenir sur les bancs d’école pour parfaire leurs compétences. » Le recrutement prend une dimension de première importance, et selon cette dernière, les moyens pour y parvenir avec succès sont très limités.

Attente et austérité

La dernière politique gouvernementale de formation des adultes remonte à 2002 ; près de 15 ans plus tard, rien de neuf sur une mise à jour attendue dans ce domaine. Mme Camerlain se penche sur cette question : « Les deniers chiffres dans les centres de formation pour les adultes montrent un nombre marqué d’inscriptions en alphabétisation. »

Malgré cette demande accrue, ces centres-là figurent comme quantité négligeable en éducation et ils font face à un problème de financement : « Ils reçoivent des enveloppes fermées, contrairement au primaire et au secondaire, où ce financement est basé sur le nombre d’élèves inscrits. » Les commissions scolaires ne disposent pas de budgets supplémentaires même si le nombre d’adultes qui retournent en classe augmente : « Avec le milliard de dollars de compressions subies par les commissions au cours des dernières années, il va de soi que ces centres y ont goûté eux aussi. »

Une statistique dont elle fait part démontre clairement le bien-fondé de ses propos : « Les deniers chiffres des inscriptions dans les centres d’éducation pour adultes laissent voir que celles-ci sont passées de près de 15 000 en 2003-2004 à 7000 aujourd’hui. Pendant ce temps, le nombre d’analphabètes était de 1 million et plus au Québec. »

Et dans le sillage des compressions budgétaires, ce sont les plus démunis qui ont écopé, selon elle : « Les personnes les plus vulnérables ont été affectées, et les analphabètes en font partie. Il existe une corrélation directe entre pauvreté et niveau de concept et de compétence : assurément, l’austérité aura des impacts, et il faut s’attendre à ce que les prochaines statistiques à ce sujet, prévues en 2023, montrent que le nombre d’analphabètes ne diminuera pas si on ne fait rien de plus. »