Le Québec a reculé en éducation

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Les gens qui sont privés de connaissances de base éprouvent des problèmes accrus dans leur travail et dans l’exercice de leur quotidien.
Photo: IStock Les gens qui sont privés de connaissances de base éprouvent des problèmes accrus dans leur travail et dans l’exercice de leur quotidien.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La plateforme en éducation de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) faisait état de statistiques alarmantes sur l’analphabétisme en 2012. Depuis ce temps, il demeure aberrant de constater que les progrès réalisés en alphabétisation demeurent mitigés, sinon en net recul, malgré les efforts consentis.

Il ressortait notamment de ces données que près de 50 % de la population active âgée de 16 à 65 ans du Québec éprouvait des difficultés de lecture et que 27 à 30 % des travailleurs en entreprise avaient besoin d’une formation de base. Véronique De Sève, vice-présidente de la CSN et responsable du groupe de travail en éducation, s’indigne : « On ne s’attend pas à ce genre de statistiques là dans une société qui se dit évoluée. »

Et aujourd’hui, en 2016, « ces chiffres demeurent très parlants » : « Je dirais même qu’on a reculé ! Il en est ainsi parce que, en éducation, on doit faire des investissements, que ce soit à la petite enfance ou pour la formation tout au long de la vie. Quand on parle d’alphabétisation ou des notions de base, il faut investir. Je me plais à le répéter sur toutes les tribunes : injecter de l’argent en éducation c’est un investissement et non pas une dépense. »

Elle pose donc comme constat que les gouvernements qui se sont succédé, depuis la publication de la plateforme, ont successivement procédé à des compressions budgétaires en éducation : la formation de base aux adultes a écopé au même titre que les autres secteurs, entre autres en raison du grand nombre de groupes communautaires qui ont été privés de ressources financières : « C’est pourquoi il existe maintenant une coalition : “Luttons ensemble contre l’analphabétisme”. » La CSN en fait partie, et ce regroupement réclame une stratégie nationale propre à réduire le nombre d’analphabètes.

Alphabétisation et technologies

Les gens qui sont privés de connaissances de base éprouvent des problèmes accrus dans leur travail et dans l’exercice de leur quotidien, plutôt que d’être favorisés par l’implantation des technologies de pointe et de nouveaux moyens de communication, relève Mme De Sève : « Si on a de la difficulté à lire, comment arriver à s’adapter à celles-ci quand elles pénètrent les milieux de travail non seulement dans le manufacturier, mais aussi dans d’autres secteurs comme la santé ? Celles-ci font appel à d’autres notions de base qui ne sont pas maîtrisées au départ. » Il en résulte que les besoins de formation s’accroissent pour ces travailleurs plongés dans l’ignorance.

Quant au sort qui est réservé dans un environnement technologique à ceux d’entre eux qui perdent leur emploi, elle fait valoir ce point de vue : « Pour faire une demande à l’assurance emploi, on ne parle plus maintenant à des êtres humains, mais à des machines. Comment arriver dans les circonstances à obtenir les prestations auxquelles on a droit au moment où les gouvernements coupent de plus en plus dans les services personnalisés ? » Les analphabètes, tout fonctionnels qu’ils soient, sont pris au piège autant que les personnes âgées dans un tel contexte.