Rentrée scolaire controversée dans une école d’Outremont

Une école d’Outremont a été la cible de critiques, lundi, quand des enseignantes ont accueilli leurs élèves avec des coiffes autochtones.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse Une école d’Outremont a été la cible de critiques, lundi, quand des enseignantes ont accueilli leurs élèves avec des coiffes autochtones.

Deux ans après avoir été plongée dans une controverse à propos du blackface, une école d’Outremont a de nouveau été la cible de critiques, lundi, quand des enseignantes ont accueilli leurs élèves avec des coiffes autochtones.

Les enseignantes de 3e année de l’école Lajoie, à Montréal, voulaient illustrer leur intérêt pour les cultures autochtones, auxquelles elles ont choisi de consacrer la première journée de classe. Plumes et bandeaux sur la tête, elles ont accueilli les petits en leur remettant des bandeaux faits de carton et de plumes colorées.

« J’étais avec ma fille qui entre en 1re année et mon conjoint est venu me chercher pour me dire que notre fille [de huit ans] était énervée par le fait de devoir s’habiller en Indien », a raconté Sarah Dorner. Sa plus grande était mal à l’aise à l’idée de porter la coiffe que ses enseignantes lui avaient remise : quelques années plus tôt, alors que sa famille vivait en Nouvelle-Zélande, elle avait été sensibilisée aux questions d’appropriation culturelle par ses camarades de classe, car plusieurs d’entre eux étaient maoris.

Deux ans après le « blackface »

La soeur de Sarah Dorner, Jennifer, a partagé la photo des enseignantes sur les réseaux sociaux. « C’est inapproprié, surtout après la Commission de vérité et réconciliation, dans le contexte où on parle des femmes autochtones disparues et assassinées. Il n’y a juste plus d’excuses », a-t-elle affirmé au Devoir.

Le faux pas a une résonance particulière pour la maman, dont les deux filles fréquentent aussi l’école Lajoie. Il y a deux ans, elle a dû parlementer avec la direction de l’école, qui souhaitait que les enfants se maquillent le visage en noir pour une pièce de théâtre dans laquelle le père Noël attrapait l’Ebola lors d’un voyage en Afrique.

C’est inapproprié, surtout après la Commission de vérité et réconciliation, dans le contexte où on parle des femmes autochtones disparues et assassinées. Il n'y a juste plus d'excuses.

À la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, dont fait partie l’école Lajoie, la porte-parole Gina Guillemette a défendu l’initiative des enseignantes, qui ont utilisé les coiffes pour des raisons « strictement pédagogiques », et non pas pour offenser qui que ce soit. « Elles en sont très conscientes [des questions autochtones], parce qu’elles sont spécialisées en histoire et en anthropologie. […] Elles sont très sensibles à ces questions-là et c’est pour ça qu’elles ont décidé de faire un cours là-dessus », a-t-elle expliqué.

Quelques festivals — au Royaume-Uni, en Colombie-Britannique, en Alberta, en Ontario et au Québec — ont décidé d’interdire les coiffes autochtones au fil des ans. Mais l’école Lajoie n’est pas près d’en faire autant. « Il n’y a rien d’offensant. C’est pour des raisons strictement pédagogiques », a déclaré Mme Guillemette. Dans un courriel, elle a ensuite ajouté : « Nous nous excusons si l’activité a pu offenser certaines personnes, ce n’était aucunement notre intention. »

Un problème plus large

 

Selon la journaliste mohawk Jessica Deer, du journal The Eastern Door de Kahnawake, il ne sert à rien de s’en prendre aux enseignantes. Il faut plutôt utiliser cet événement pour se défaire de certains mythes persistants. « Ça cache un problème plus grand, d’ignorance et d’idées préconçues, a-t-elle commenté. On enseigne aux enfants d’un point de vue historique, sans donner d’exemples contemporains. »

En outre, les nations autochtones — il y en a 11 au Québec — sont toutes différentes. Les coiffes à plumes, « ça vient surtout des autochtones des Plaines », a souligné la journaliste, qui croit que ce choix d’accessoire tient davantage de l’image de l’Indien créée par Hollywood que de la réalité.

Dominique Charron, qui s’implique dans le mouvement Idle No More, propose cette comparaison. « Quand des Français essaient de nous imiter en se mettant à sacrer et à vouloir mettre du sirop d’érable partout, on est insultés, et on n’a même pas ce rapport de mépris avec eux », a-t-elle expliqué. Selon elle, le rapport de domination entre les allochtones et les autochtones explique en partie la frustration causée par la récupération — sinon la caricature — d’une identité et de ses symboles.

Dans l’espoir d’établir un meilleur dialogue, Widia Larivière a fondé l’an dernier Mikana, une entreprise qui offre des ateliers de sensibilisation aux enjeux autochtones dans les écoles et les milieux professionnels. L’idée ? Permettre à des autochtones de parler, eux-mêmes, de leur histoire. « Et on ne parle pas juste du passé, mais aussi du présent », a-t-elle indiqué, en ajoutant que l’image des autochtones ne devrait pas être fixée dans le temps et réduite à un « stéréotype folklorique ».

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