Les inscriptions à l’école à la maison explosent

Le nombre d’élèves inscrits à l’école à la maison est passé de 10 à 236 entre les années scolaires 2014-2015 et 2015-2016.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nombre d’élèves inscrits à l’école à la maison est passé de 10 à 236 entre les années scolaires 2014-2015 et 2015-2016.

Elle en dénombrait dix il y a deux ans, mais à l’approche de la rentrée, la Commission scolaire English-Montreal (CSEM) compte 600 enfants inscrits à l’école à la maison, principalement des membres de la communauté juive hassidique.

Depuis la conclusion, en 2014, d’une entente entre le gouvernement du Québec et l’académie juive Yeshiva Toras Moshe, le nombre d’enfants juifs qui apparaissent dans les registres du ministère de l’Éducation ne cesse d’augmenter, a confirmé la commission scolaire au Devoir.

En 2014, le gouvernement provincial et cette académie, qui enseignait dans l’illégalité, sont parvenus à un accord. L’injonction qui pesait sur l’école — qui existe depuis 1952 et que Québec tentait de fermer depuis 2006 — a été levée quand Yeshiva Toras Moshe a accepté d’inscrire ses 163 élèves à la CSEM afin qu’ils terminent leur éducation à la maison.

Résultat : le nombre d’élèves inscrits à l’école à la maison est passé de 10 à 236 entre les années scolaires 2014-2015 et 2015-2016. Le saut est encore plus grand pour l’année qui commence, puisque 600 jeunes membres de la communauté juive hassidique seront inscrits à la CSEM, qui sera chargée de superviser l’éducation qu’ils recevront à la maison.

Mise à niveau

« Je pense que c’est un jour heureux pour la société québécoise », s’est réjoui mardi un porte-parole de la communauté, Abraham Ekstein. « Certains de ces enfants recevaient presque l’ensemble des enseignements au programme, d’autres avaient des carences ; il y avait toutes sortes de scénarios. »

Depuis des années, le cas des écoles juives dites illégales font les manchettes, car les enfants qui les fréquentent, et dont le nombre n’est pas encore déterminé, ne reçoivent pas toujours une éducation conforme aux exigences du ministère québécois de l’Éducation. Grâce aux ententes concernant la scolarisation à la maison, les communautés juives estiment être parvenues à un bon compromis, puisque les enfants peuvent continuer de recevoir une éducation religieuse tout en étant supervisés par des professionnels d’une commission scolaire.

Nouvelles ressources

« On est en train d’engager plus de personnes pour nous assister, a reconnu le porte-parole de la CSEM, Michael Cohen. Ce n’est pas un problème. On est en transition, notre département pédagogique a bon espoir qu’on aura le personnel nécessaire pour faire ce travail. » Surtout, la commission scolaire se réjouit des 400 $ supplémentaires par enfant qu’elle reçoit cette année. « Le gouvernement nous donne 1000 $ par élève », a annoncé M. Cohen.

Mais jusqu’où le gouvernement pourra-t-il soutenir cette tendance ? Difficile à évaluer, selon Abraham Ekstein, qui estime que plus d’un millier d’enfants juifs pourraient être inscrits à la CSEM. Qu’importe : à son avis, le plus important est d’être en mesure d’offrir une éducation de qualité aux enfants juifs, en plus de leur permettre de préserver leur culture. « Les enfants passeront les mêmes examens que les autres Québécois et ils auront les mêmes occasions, a-t-il assuré. Certaines personnes pensent que le succès se mesure à notre niveau de ressemblance avec le reste des Québécois. Ce n’est pas le but de la loi. Tout le monde a le droit à sa religion et à sa culture », a-t-il plaidé.

18 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 17 août 2016 05 h 47

    « la Commission scolaire English-Montreal (CSEM) compte 600 enfants inscrits à l’école à la maison, principalement des membres de la communauté juive hassidique. » (Marie-Michèle Sioui, Le Devoir) ;

    « Je pense que c’est un jour heureux pour la société québécoise » (Abraham Ekstein, porte-parole de la communauté)

    De ces citations, double douceur :

    Il est, en effet, super-cool de fréquenter l’école à la maison, et ce, sous l’honorable supervision d’autorités compétentes !

    De ce point de vue, il est de sagesse de savoir que ce genre d’accommodement donne l’occasion à l’État de sauver des sous de gestion, et ce, via un mode alternatif d’une formation éducative de qualité optimale et respectueuse des traditions familiales, et socialement reconnue !

    D’ailleurs, autrefois et même de ce jour, un certain nombre d’enfants, d’origine ou provenant de milieux politiques ou économiques aisés, ont opté, et optent encore, en faveur de de ce mode qu’est la fréquentation de l’école à la maison, et personne n’en s’est plaint ni moqué jusqu’à ce jour !

    Alors, qu’ajouter ?

    Jour heureux pour le Québec ?

    Oui ! - 17 août 2016 -

  • Patrick Daganaud - Abonné 17 août 2016 08 h 30

    Une sorte d'école à la maison privée, subventionnée, religieuse et collective

    On n'a plus l'école à la maison qu'on avait...

    C'est la porte ouverte à tous les abus, même camouflés sous un tissu de mensonges.

    L'école québécoise est laïque!

  • Robert Bernier - Abonné 17 août 2016 08 h 51

    Et dire que

    Et dire que ce sont des musulmans et des musulmanes qu'on se complaît à accuser d'être contre les "valeurs" québécoises. Serait-ce une question de facilité seulement?

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Nicole Delisle - Abonné 17 août 2016 09 h 24

    Communauté qui a plus l'air d'une secte!

    Et bravo pour l'intégration à la société québécoise! Ces gens n'ont aucune intention
    d'être des québécois à part entière. Ils n'ont aucun respect pour nous. Ils prennent
    ce qui leur convient et envoie par-dessus bord tout le reste! Au nom de leur culture et de leur religion, ils refusent systématiquement de partager quoi que ce soit. Ils veulent imposer leur vision de repli sur eux-mêmes et exigent des accommodements
    qui sont déraisonnables. Pourquoi au juste veulent-ils vivre au Québec? Que partagent-ils avec nous? Ils ne cherchent pas à nous connaître et ne veulent pas que nous les connaissions davantage. Vivre reclus, est-ce là la clé du bonheur dans leur
    culture et dans leur religion?

    • Pierre Robineault - Abonné 17 août 2016 11 h 30

      "Vivre reclus, est-ce là la clé du bonheur dans leur culture et dans leur religion?"

      Hélas oui, mais que faire pensez-vous?

    • Marc Therrien - Abonné 17 août 2016 22 h 58

      Effectivement, vivre reclus voire même cloîtré, est une voie possible de spiritualité et de sagesse pour beaucoup de groupes religieux dont les moines par exemple qui en dehors de la prière ont développé des goûts raffinés pour la bière, le cidre et le fromage, doux plaisirs épicuriens. Pour le reste, je peux comprendre que des personnes soient sensibles au rejet.

      Marc Therrien

  • Colette Pagé - Inscrite 17 août 2016 09 h 39

    Non, le Québec n'est pas fou de ses enfants !

    Nous ne le répétrons jamais assez : ces accommodements déraisonnables dans une société laïque doivent cesser. Les enfants n'ont pas à payer le prix de cet enseignement à la maison par des mères n'ayant pas reçu la formation adéquate pour transmettre les connaissances exigées par le Ministère.

    Et par la suite, quel avenir sera réservé à ces enfants sous-éduqués dont la Torah demeure la principale référence ? Comment s'intégrer au marché du travail, se cultiver, s'ouvrir aux autres, socialiser ? Bien évidement l'au-delà est important mais vivre le présent maintenant l'est également !

    Non le Québec n'est pas fou de ses enfants et le Gouvernement libéral complice de ce dévoiement porte par sa complicité une grande responsabilité.

    • Gilles Delisle - Abonné 17 août 2016 10 h 16

      Vous avez entièrement raison M.Gélinas! C'est inacceptable dans une société comme la nôtre. Combien de cultures et de religions différentes à Montréal? Imaginons quand le filon juif sera emprunté par toutes ces communautés voudront faire de même. Dans une société laique, les Tours de Babel ne sont pas acceptables. Chacun peut pratiquer sa religion comme il l'entend, mais l'école publique doit demeurer le creuset de l'intégration de tous les enfants québécois, où chacun peut joindre la société d'accueil et pouvoir amener un jour sa contribution à la société. Un gouvernement qui a failli encore une fois.