L’opposition inquiète pour les enfants

Une école juive de l’avenue du Parc a attiré l’attention du DPJ en juin.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Une école juive de l’avenue du Parc a attiré l’attention du DPJ en juin.

La fermeture, par le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ), des dossiers des enfants fréquentant une école juive de Montréal inquiète la classe politique, qui dénonce un désengagement de l’État envers ces jeunes écoliers.

Dans une décision dont Le Devoir a obtenu copie, le DPJ a annoncé en juillet qu’il n’a pas évalué les acquis éducationnels des enfants fréquentant une école juive de l’avenue du Parc parce que l’établissement est une école religieuse. « Puisque vous avez décidé de vous assurer que vos enfants bénéficieront de l’école à la maison, cela supprime le facteur de risque », a noté, dans sa décision, l’entité chargée d’appliquer la Loi sur la protection de la jeunesse.

« C’est troublant, a réagi lundi le porte-parole de l’opposition en matière d’éducation, Alexandre Cloutier. C’est une des propositions que j’ai faites dans la course [à la chefferie du Parti québécois: interdire la formation à domicile pour des motifs religieux. On est en train de refiler ailleurs le problème des écoles illégales et de l’absence de formation de nos jeunes, au lieu de le régler. »

Le député de Lac-Saint-Jean suggère de modifier la Loi sur l’instruction publiqueafin d’en exclure la possibilité de retirer son enfant de l’école pour des motifs religieux. « Le critère principal doit être celui de l’intérêt de l’enfant », a-t-il insisté. Autrement, « des pans entiers » de la société risquent d’être privés d’une éducation de qualité et de « la possibilité de s’épanouir dans la société québécoise », s’est-il inquiété. « Si on commence ça, le problème va s’accentuer et non diminuer », a-t-il prédit.


Roberge sidéré

À la Coalition avenir Québec, le porte-parole en matière d’éducation, Jean-François Roberge, a critiqué l’attitude du gouvernement libéral dans le dossier. « Ça me sidère de voir le gouvernement abdiquer ses responsabilités comme ça. Il s’en lave les mains, a-t-il lancé. On dit que ce n’est pas une école illégale. On a juste à enlever le mot “ école ” pour en faire un centre communautaire et ce n’est plus une école ! »

Dans sa décision, le DPJ explique qu’il n’a pas évalué le niveau d’éducation des 70 garçons qui fréquentent l’école située avenue du Parc parce que leurs parents les ont finalement inscrits à la commission scolaire English Montreal, afin qu’ils soient instruits à la maison.

« Je trouve ça très grave, parce qu’on abandonne les enfants », a jugé M. Roberge. Selon lui, le gouvernement « se cache derrière les commissions scolaires », sans leur offrir de directives claires ni leur accorder de ressources supplémentaires.

Il se réfère aux propos de la Protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, qui notait en avril que l’encadrement et le suivi des apprentissages à la maison étaient disparates, voire inadéquats. Deux mois plus tard, la présidente de la commission scolaire English-Montréal, Angela Mancini, déclarait qu’elle prévoyait un manque de ressources imminent dans le suivi des enfants. Lundi, la commission scolaire anglophone n’a pas répondu aux demandes d’entrevue du Devoir.

Quant à la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, elle a réagi par le biais de son attachée de presse, Bianca Boutin. « Rappelons que les DPJ sont autonomes dans leurs actions et qu’elles veillent à s’assurer que le développement des enfants n’est pas compromis. Vous comprendrez également que, en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse, il nous est impossible de commenter un cas particulier. Nous faisons confiance aux intervenants qui accomplissent un travail important auprès des enfants jour après jour », a-t-elle écrit dans un courriel.

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