Commission parlementaire sur les universités - Les défis posés à Pierre Reid

Pour ou contre le dégel des droits de scolarité? Avec ou sans réinvestissement? Combien de millions pour éviter l'effritement de la qualité des 18 universités québécoises? Et à qui soutirer la manne: du privé, des étudiants, d'Ottawa ou de Québec?

Sur fond de manifestation étudiante, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, devra répondre à toutes ces questions, à l'issue d'une quinzaine de jours d'audience qui commencent aujourd'hui à Québec. La commission parlementaire sur la qualité, l'accessibilité et le financement des universités permettra notamment de connaître aujourd'hui les positions détaillées de la Conférence des recteurs et principaux d'université du Québec (CREPUQ), qui martèle sans relâche l'urgence d'un réinvestissement massif et rapide.

«Je crois que le ministre va décevoir beaucoup de monde», explique Pauline Marois, députée de Taillon et critique de l'opposition en matière d'éducation. La députée, qui tentera de mettre le cap pendant cette commission sur l'assurance d'une plus grande accessibilité, croit que cette démarche parlementaire aura été inutile si elle n'ouvre pas sur la promesse d'un réinvestissement plus important que les 60 millions récurrents promis par les libéraux.

«J'aurais souhaité du ministre qu'il nous donne les scénarios financiers qu'il envisage pour réinvestir dans nos universités», plaide Mme Marois, qui voit une énorme pente à remonter entre les 375 millions de revendications des universités, pour rejoindre leurs collègues canadiennes, et les 60 millions promis par l'actuel gouvernement.

Pendant que les universités brosseront au ministre le portrait de leur situation de sous-financement, l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) doit manifester cet après-midi sur la colline parlementaire pour presser le gouvernement d'ouvrir la voie à l'accessibilité en mettant en place «la gratuité scolaire».

«Avec cette manifestation nous voulons lancer un appel à la mobilisation et indiquer notre désaccord avec le mouvement de réingénierie de l'actuel gouvernement», a indiqué hier Blandine Juchs, secrétaire aux relations externes pour l'ASSE. Le mouvement étudiant, qui compte des membres au sein des réseaux universitaire et collégial, se joint aujourd'hui au mouvement Convergence étudiante opposée à la réingénierie, lié à des groupes étudiants de Québec.

À quelques lieues de ce discours, le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, exprimait dans la dernière édition du Forum de l'UdeM son intention de plonger à fond dans «un vrai débat» sur les droits de scolarité, gelés au Québec depuis 1994. Une hausse des droit effectuée «de façon intelligente» aurait sa faveur, y affirmait-il, ne parlant pas au nom de la CREPUQ, qu'il préside. Hausse majorée en fonction des revenus des diplômés, où «les étudiants qui gagneront des revenus substantiels grâce à leur formation pourraient contribuer davantage», un modèle qui s'apparente à celui que la Grande-Bretagne vient tout juste d'adopter.

Le Conseil supérieur de l'éducation, l'Université McGill, le réseau de l'Université du Québec, le Conseil de la science et de la technologie et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) doivent aussi défiler aujourd'hui pour éclairer la commission de l'éducation. Au total, 94 mémoires ont été acheminés au gouvernement, ce qui étirera la durée des audiences jusqu'à la moitié de mars.

En plus des universités et de tous les groupes du réseau de l'éducation, la Ville de Montréal, la Ville de Rouyn-Noranda, certaines chambres de commerce, Montréal International, l'Union des consommateurs et l'Ordre des ingénieurs du Québec, pour n'en nommer que quelques-uns, ont manifesté le désir d'être entendus.