L’ETS reconnaît un incident… sans s’excuser pour sa gestion de la plainte

L'École de technologie supérieure
Photo: Michaël Monnier Le Devoir L'École de technologie supérieure

Après des mois de bataille, Kimberley Marin a finalement obtenu gain de cause : l’École de technologie supérieure (ETS) reconnaît que l’étudiante a été victime de harcèlement sexuel. La direction refuse toutefois de s’excuser pour la gestion déficiente de la plainte.

En mai dernier, Kimberley Marin, 29 ans, dénonçait la « culture du silence » et « l’aveuglement volontaire » de l’ETS en matière de harcèlement sexuel. Elle racontait, dans les pages du Devoir, comment elle avait été déshabillée de force par un groupe d’étudiants lors d’une activité d’initiation qui s’était déroulée en septembre 2015.

Depuis cet événement, qui l’a profondément bouleversée, l’étudiante à la maîtrise fait des pieds et des mains pour obtenir justice. « Il a fallu que je sorte sur la place publique pour que je sois enfin prise au sérieux », soupire la jeune femme au bout du fil.

Près d’un an après les événements, une enquêteuse externe vient de conclure que Kimberley Marin a bel et bien été victime de harcèlement sexuel. « C’est une victoire pour moi, ma dignité est rétablie, confie l’étudiante. Ils n’ont pas pris ma plainte au sérieux, certains ont essayé de banaliser, de m’enlever ma crédibilité. D’autres ont dit que je faisais ça juste pour attirer l’attention. Donc, le fait que ce soit écrit noir sur blanc, ça vient confirmer que j’avais raison. »

La direction de l’école a publié un communiqué à la suite du rapport de l’enquêteuse. « La direction générale lance un message clair à la communauté de l’École : tolérance zéro à l’égard des comportements non désirés. L’École réprouve tout autant les pressions qui seraient exercées pour limiter l’expression des plaintes. » L’ETS dit analyser les recommandations de l’enquêtrice pour améliorer ses façons de faire et y donner suite prochainement.

Excuses

Un étudiant a été « mis en cause » par l’enquêteuse. Sur recommandation de celle-ci, l’étudiant devra présenter des excuses à sa victime. Mais il n’y aura pas d’autres sanctions, confirme le directeur des communications de l’ETS, Antoine Landry, qui dit s’en tenir aux recommandations du rapport.

Antoine Landry reconnaît que l’École « a des choses à améliorer » et dit vouloir « vraiment poser des gestes plus proactifs là-dessus ». Mais l’ETS n’ira pas jusqu’à s’excuser pour la mauvaise gestion de la plainte, pour le fait qu’il y a eu des délais beaucoup trop longs et qu’on n’a pas offert de soutien psychologique ou administratif à Kimberley Marin. « On suit ses recommandations [de l’enquêteuse]. Elle n’a pas demandé que l’École fasse des excuses auprès de la plaignante ou qui que ce soit. »

Kimberley Marin aurait aimé recevoir des excuses « formelles ou informelles » de l’École, mais elle se contente de voir sa plainte enfin reconnue. Et elle espère que cela incitera d’autres étudiantes de l’ETS à suivre son exemple.

« Je veux leur dire : allez-y, portez plainte, parce que si vous ne le faites pas, cette culture néfaste va perdurer. Pour que les choses changent, il faut porter plainte. Ne rien faire, c’est accepter. »

Mais il y a un prix à payer, reconnaît Kimberley Marin. Depuis les derniers mois, elle a reçu des encouragements, mais beaucoup d’insultes aussi. Des collègues ne lui parlent plus. Et elle craint pour l’avenir.

« Oui, à l’ETS, les choses vont changer — du moins je l’espère — mais moi, quand je vais sortir d’ici et que je vais me chercher un emploi, est-ce qu’on va me voir comme une employée à problèmes ? Je pense que c’est précisément pour ça que les filles n’osent pas porter plainte. »

Qu’à cela ne tienne, elle estime que toute cette aventure en aura valu la peine. « Au bout du compte, il y a plus de positif que de négatif. Ça a amené une réflexion sur le harcèlement sexuel. Et probablement que ça va changer les choses au quotidien, parce que plusieurs gars m’ont dit que, la prochaine fois qu’ils vont être témoins de commentaires sexistes ou de harcèlement, ils vont prendre la défense de la fille. C’est ça que je voudrais le plus. »

À voir en vidéo