Commission parlementaire sur les universités - Faire plus avec moins, pour combien de temps?

Les universités québécoises pourront-elles encore longtemps faire plus avec moins? demande le ministre de l'Éducation, qui s'apprête à ouvrir cette semaine le dialogue avec d'anciens confrères lors d'une commission parlementaire pour laquelle il verra s'il dispose de «marges de manoeuvre» destinées aux «urgences».

Les universités défileront tour à tour à Québec dès mardi prochain, lors de la commission parlementaire sur la qualité, le financement et l'accessibilité des universités. Elles n'y vont pas pour les beaux yeux de Pierre Reid, un ancien recteur de l'Université de Sherbrooke maintenant bien installé dans les chausses du ministre de l'Éducation, mais pour revendiquer haut et fort un investissement accru. Afin d'éviter que la qualité de leur mission ne s'effrite, elles réclameront plus de billets, et beaucoup plus encore que les 240 millions à verser en cinq ans promis par les libéraux.

Pierre Reid ne veut pas jouer au devin, mais la commission posera au moins une question essentielle. «Je pense que nos universités se comparent avantageusement aux meilleures de la planète. Mais la question est: combien de temps est-ce qu'on peut maintenir cette qualité-là si nous n'avons pas des moyens comparables à ce qui existe ailleurs? Si on n'a pas les mêmes moyens, est-ce qu'on peut penser que ça va durer longtemps, cette qualité comparable?»

Le ministre refuse de présumer de l'issue de cette commission parlementaire, qu'il entrevoit comme un dialogue qui permettra de répondre à de multiples questions. Il exclut aussi toute discussion flirtant avec les chiffres. «Je ne peux pas m'engager aujourd'hui», a-t-il indiqué lors d'un entretien avec Le Devoir cette semaine. «Mais on a dit que tout était sur la table et nous regardons tous les aspects», a-t-il expliqué, précisant que cette commission parlementaire n'a pas été précédée de discussions de coulisses entre le cabinet et les recteurs, où l'issue des débats se détermine un brin à l'avance. «Je n'ai pas eu de discussion, ni de séance de travail avec les recteurs ou des représentants de la CREPUQ pour avancer. Est-ce qu'on fait une guerre de chiffres à ce stade-ci? Ce n'est pas là où on est.»

Partant du principe selon lequel «nos universités doivent avoir les moyens de compétitionner», le ministre se dit prêt à gratter les fonds de tiroir, s'il le peut. «On va regarder quelles sont les urgences, quelles sont les marges de manoeuvre que nous, comme gouvernement, on pourrait avoir pour répondre à ces besoins-là, pour nous assurer de maintenir la qualité», explique-t-il, évoquant plus tard «les contraintes avec lesquelles on doit composer».

Les besoins sont pourtant immenses, et le président de la Conférence des recteurs et principaux d'université du Québec (CREPUQ), Robert Lacroix, a invité ses membres à raconter les uns après les autres les effets concrets que pouvait avoir le manque de financement au sein des établissements, quitte à dévoiler au grand jour des situations plus ou moins roses.

La CREPUQ trimballe toujours une étude effectuée conjointement avec le ministère de l'Éducation (MEQ) en 2002, laquelle évalue à 375 millions le manque à gagner qui permettrait de rejoindre le niveau de financement des universités canadiennes. À côté de cette imposante facture, les libéraux ont promis un réinvestissement total de 240 millions en cinq ans, et à compter de l'an prochain. À terme, si le gouvernement suit ce scénario qui n'a pas force légale, il restera dans la cagnotte quelque 60 millions récurrents par année.

«Effectivement, il y a un écart, mais qu'est-ce qu'il implique, et dans quelle perspective temporelle? demande Pierre Reid. C'est ce dont on va débattre.»

Une telle commission parlementaire aurait-elle soulevé les passions il y a dix ans à peine? «J'en doute», répond le ministre, qui se réjouit de voir que divers groupes — du maire de Montréal aux chambres de commerce, en passant par les commissions scolaires et les cégeps — ont leur mot à dire sur l'avenir des universités. «Je dis bienvenue à cela, et j'y vois un net progrès de la société québécoise, qui se rend compte de l'importance de ce levier pour se développer, et pas uniquement sur le plan économique.»

Les questions financières occuperont le coeur des débats de février, et ils seront sans doute nombreux à évoquer ou pointer directement la délicate question des droits de scolarité, qui pour implorer un dégel, qui pour exiger qu'on maintienne ce gel appliqué depuis 1994. Dans ce contexte, le débat qui a sévi en Angleterre, sur le dégel des droits selon un impôt post-diplomation, a intéressé le ministre Reid. «Ce ne sont pas les seules choses qu'on regarde, mais c'est quelque chose qui retient l'attention parce que ce sont des solutions possibles», explique-t-il, convenant d'emblée que le maintien du gel des droits de scolarité pour la durée de l'actuel mandat est irrévocable.

«Nous ne refusons pas d'ouvrir le débat, sachant fort bien que ça peut créer une pression [sur le gouvernement], explique le ministre. Où se situe le Québec face à ce choix politique? Ce choix, qui est ferme et incontournable pour l'actuel mandat, est-il encore viable et souhaitable?»

Soulevée dans le dernier rapport annuel publié par le Conseil supérieur de l'éducation, la question de l'équilibre entre l'enseignement et la recherche au sein de la tâche professorale «préoccupe» le ministre, qui attend aussi de cette commission qu'elle l'éclaire à ce chapitre. «Les universités subissent d'énormes pressions pour être compétitives sur le marché de la recherche, explique l'ancien professeur de mathématiques. Le jeune professeur qu'on embauche, qui a un profil de recherche, n'a pas tout de suite une pleine charge d'enseignement, c'est un compromis à faire. Mais est-ce que ce compromis est devenu un phénomène trop important? C'est ce que je ne suis pas capable de dire maintenant.»