Le DPJ se réjouit des effets de son intervention

Le DPJ est intervenu à nouveau dans l’école religieuse clandestine de la communauté montréalaise des Vitznitz, mercredi. L’opération n’a duré qu’une petite heure. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le DPJ est intervenu à nouveau dans l’école religieuse clandestine de la communauté montréalaise des Vitznitz, mercredi. L’opération n’a duré qu’une petite heure. 

Le Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) se réjouit de voir que les parents ont été proactifs après l’opération musclée qui a eu lieu il y a quelques semaines à l’école religieuse juive de la communauté des Vitznitz à Outremont. Leur engagement à faire l’école à la maison pour donner une éducation de base à leurs enfants devrait favoriser la fermeture du dossier au DPJ d’ici la fin du mois.

« Comme DPJ, j’ai une obligation de m’assurer que chaque enfant qui vit au Québec reçoit une éducation de base. Alors c’est sûr et certain que si cette partie-là est déjà atteinte, ça enlève une partie du facteur de risque », répond la directrice de la Protection de la jeunesse, Assunta Gallo, en entrevue au Devoir mercredi. L’équipe du DPJ doit maintenant évaluer si la sécurité et le développement des enfants sont compromis, et si les actions prises par les parents sont suffisantes.

Mme Gallo a défendu mercredi sa décision de faire appel aux services de la police pour l’intervention qui a été menée au début du mois. Le directeur de l’école située à l’angle des rues du Parc et Beaubien, Hershber Hirsch, avait dénoncé cette présence policière, qui aurait causé un « traumatisme » aux enfants, affirmant qu’il s’agissait d’une démonstration de force inutile puisque l’école avait toujours collaboré avec le DPJ.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le DPJ est intervenu à nouveau dans l’école religieuse clandestine de la communauté montréalaise des Vitznitz, mercredi. L’opération n’a duré qu’une petite heure. 

Or, Mme Gallo laisse entendre le contraire, affirmant qu’on ne faisait appel aux services de l’ordre qu’en « dernier recours », après avoir cherché par tous les moyens d’obtenir la collaboration de la communauté et de la famille. « Nous avons l’obligation de voir les enfants et on a une période de temps pour le faire. Dans 95 % du temps, ça se déroule bien. Quand, exceptionnellement, on n’est pas en mesure d’avoir le genre de collaboration qu’on a besoin d’avoir, on va chercher l’appui de la police de Montréal. Mais ce n’est qu’après avoir essayé toutes les autres mesures de façon exhaustive. »

Évaluation psychosociale

Le DPJ entame donc l’analyse de l’évaluation psychosociale qu’elle a menée mercredi matin auprès des 70 enfants d’âge primaire qui fréquentent l’école, qui offre un enseignement exclusivement religieux.

Une dizaine d’intervenants du DPJ se sont présentés sur les lieux peu après la rentrée des classes mercredi matin pour rencontrer les enfants. « Les intervenants du DPJ ont une formation très pointue en évaluation des besoins des enfants, précise Mme Gallo. Ils posent des questions afin de s’assurer que l’enfant est dans la norme de développement sur le plan émotif, cognitif, affectif et éducatif. On va demander par exemple aux enfants de parler de ce qu’ils vont faire pendant les vacances d’été. Selon leur âge, on va pouvoir évaluer leur capacité à articuler et à se faire comprendre, leur vocabulaire, leurs émotions. Tout ça nous donne des indices importants. »

Il est trop tôt pour parler des résultats de cette évaluation, mais Mme Gallo assure qu’une décision sera rendue d’ici la fin du mois. « La décision que l’on doit prendre, c’est : est-ce que l’on croit qu’il y a une compromission suffisante pour que le DPJ demeure impliqué ? Si oui, on va procéder à une évaluation plus en profondeur. Sinon, on tire la conclusion que la sécurité et le développement de l’enfant ne sont pas compromis et on clôt le dossier. »

Défi d’apprentissage

Les enfants devraient commencer à recevoir une éducation à la maison dès septembre prochain, encadrés par la commission scolaire English-Montréal. De jour, ils poursuivront leurs études religieuses et, de soir, ils apprendront le français, les mathématiques et la géographie. « C’est la parfaite solution qui donne le meilleur des deux mondes, affirme Ytty Chacham, maman de la communauté qui agit à titre de porte-parole pour l’école religieuse. Les enfants vont recevoir la meilleure éducation possible avec le programme d’éducation de Québec et recevoir tout ce dont ils ont besoin pour être des citoyens qui peuvent s’intégrer à la société québécoise tout en étant fidèles à leur passé religieux. »

Mais cela représente un certain nombre de défis, constate pour sa part la chercheuse de l’Université de Montréal Christine Brabant. « C’est sûr qu’il y a un point d’interrogation, à savoir comment les familles vont s’organiser, concrètement, pour mener tout le programme éducatif en soirée et en fin de semaine, surtout pour des parents qui n’ont pas fait ce choix-là, a priori. » Selon elle, il y a des moments plus propices que d’autres pour apprendre, et des limites au temps qui peut être consacré aux apprentissages chez les enfants en bas âge.

À Québec, le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a répété qu’il travaillait sur un plan d’action pour régler le problème des écoles religieuses et a promis d’augmenter les sommes destinées à la scolarisation à la maison afin que les commissions scolaires puissent offrir un meilleur encadrement aux parents qui choisissent cette option.

18 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 23 juin 2016 06 h 35

    Une simple question...

    Une seule question: Est-ce que les parents ont la compétence suffisante pour donner des cours de français, de mathématique et de géographie à la maison ? Personnellement j'en doute...Mais si le ministère de l'éducation acquiesse, faut croire qu'ils savent ce qu'ils font ? Pourtant, cette situation des écoles clandestines ne fait qu'exprimer le refus de certaines communautés de s'intégrer à la société québécoise...C'est un cuisant échec pour les partisans du multiculturalisme...

  • Gilles Delisle - Abonné 23 juin 2016 06 h 42

    Les études en soirée, comme une activité para-scolaire

    Mme Brabant , de l'UdeM, a parfaitement raison. Ce n'est pas sérieux, priorité à la religion durant la journée, et , en soirée, l'éducation. Et le ministre, la C.S., la DPJ sont contents et satisfaits! Cà ressemble à une grande manipulation de ce groupe religieux. Encore une fois, ces enfants risquent de rester cloîtrer toute leur vie dans leur milieu , fermé.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 23 juin 2016 06 h 48

    Reportage et article intéressants

    Où sont les jeunes filles du primaire ?

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 juin 2016 13 h 10

      Dans une autre école.

  • Sylvain Auclair - Abonné 23 juin 2016 07 h 23

    Pourquoi en anglais?

    Comme j'imagine que les parents de ces enfants n'ont jamais fréquenté une école, comment se fait-il que leurs enfants aient droit à la scolarisation en anglais?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 23 juin 2016 17 h 49

      Bonne question...mais vous savez...les accommodements...et le rendement aux urnes.

  • Sylvain Bergeron - Abonné 23 juin 2016 07 h 27

    Est-ce-que je suis la seule à penser que tout ceci n'a pas de sens? les enfants vont avoir leurs "cours" le soir? donnés par des parents qui n'ont pas appris ces matières?...je rêve. Et le ministère approuve...misère...On est en 2016...