La scolarité à la maison pour les élèves de l’école juive clandestine

Une dizaine d'intervenants du DPJ étaient sur les lieux mercredi matin pour procéder à une évaluation des élèves.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Une dizaine d'intervenants du DPJ étaient sur les lieux mercredi matin pour procéder à une évaluation des élèves.

Trois semaines après l’intervention du Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) dans une école clandestine juive de Montréal, les parents ont décidé de se conformer aux lois et d’inscrire leurs enfants à l’école à la maison, a appris Le Devoir. Une dizaine d'intervenants du DPJ étaient sur les lieux mercredi matin pour procéder à une évaluation des élèves.

La commission scolaire English-Montréal confirme avoir reçu 70 nouvelles inscriptions ces derniers jours pour l’école à la maison provenant de la communauté des Viztnitz à Outremont. Selon toute vraisemblance, les enfants pourront commencer leur scolarisation à la maison en septembre prochain. La présidente de la commission scolaire, Angela Mancini, parle d’une « très bonne collaboration » avec la communauté.

Les démarches avaient été entamées au printemps dernier, mais les événements se sont précipités après l’intervention musclée du DPJ, dont les agents se sont présentés sous escorte policière, il y a trois semaines, à l’école clandestine située à l’angle des rues du Parc et Beaubien. Les 70 garçons d’âge primaire qui fréquentent cette école n’y reçoivent qu’une éducation religieuse.

L’équipe du DPJ souhaitait alors rencontrer les enfants afin de déterminer si leur développement était compromis, mais elle s’était heurtée aux réticences de l’avocat de l’école, qui a négocié son retour dans un contexte plus favorable. Dès le lendemain, les enfants étaient de retour à l’école clandestine sans que Québec puisse intervenir.

Retour du DPJ

Ce mercredi, les intervenants du DPJ reviendront donc sur les lieux pour évaluer les enfants. « Ils vont procéder à la vérification des connaissances par rapport à ce que les enfants devraient savoir à cet âge-là, affirme une source au sein de la communauté hassidique. Si les conclusions sont que les enfants n’ont pas les connaissances requises, le DPJ va entreprendre des démarches auprès des parents afin qu’ils prennent les mesures nécessaires pour que leurs enfants reçoivent une éducation comme prescrit par Québec. »

Mais ces mesures semblent désormais vaines puisque la communauté a pris les devants pour régulariser la situation des enfants qui pourront continuer à étudier la Torah le jour et poursuivre à la maison le soir avec les autres matières imposées par Québec.

Effet d’entraînement

C’est la troisième école de la communauté juive à favoriser cette option afin de concilier l’enseignement de la Torah et l’obligation pour tout enfant de moins de 16 ans d’avoir une éducation reconnue par le ministère de l’Éducation.

En septembre dernier, l’académie Yeshiva Toras Moshe, qui enseigne aux jeunes garçons de la communauté des Satmar d’Outremont, a ouvert le bal en signant une entente avec la commission scolaire English-Montréal. Quelques mois plus tard, les filles de la Yeshiva Beth Esther annonçaient qu’elles prendraient elles aussi le chemin de l’éducation à la maison. Les Viztnitz en feront autant.

Dans tous les cas, la commission scolaire English-Montréal fait signer un contrat aux parents et établit un plan de scolarisation en fonction du niveau de chaque enfant. « On essaie de les garder dans une moyenne d’apprentissage qui est normale pour leur groupe d’âge », précise la présidente de la commission scolaire anglophone de Montréal, Angela Mancini.

Une liste de matériel est fournie aux parents. Par la suite, on suit l’évolution des enfants au moyen de divers exercices. Les examens ministériels permettent enfin de « confirmer ou non si les jeunes ont bien réussi leur apprentissage ».

Jusqu’à présent, l’expérience des jeunes garçons de la communauté des Satmar, inscrits à l’école à la maison depuis septembre dernier, est très encourageante, affirme la présidente de la commission scolaire. « On est encore dans l’étape de vérification des portfolios, on n’est pas encore dans les examens comme tel, on avait convenu qu’il y aurait une année de rattrapage avec les jeunes garçons. Mais ça va très bien, le progrès est très bon. »

Manque de ressources

En avril dernier, la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, s’inquiétait toutefois du manque de suivi des apprentissages à la maison. Elle relevait que le phénomène gagnait en popularité et que l’encadrement et le suivi étaient « disparates », voire « inadéquats ». « Je suis préoccupée que les critères et les méthodes d’évaluation soient très variables et que certains milieux scolaires n’aient pas toute l’expertise requise pour accompagner les parents-éducateurs », écrivait-elle dans son rapport.

Cet avertissement trouve écho auprès de la présidente de la commission scolaire English-Montréal, qui prévoit un manque de ressources imminent. « On est en période d’évaluation pour savoir de combien de ressources on aurait besoin. On est pas mal certain qu’on n’a pas les ressources pour suivre les jeunes qui pourraient s’inscrire présentement, alors on va analyser les besoins pour assurer le suivi de ces jeunes-là. »

15 commentaires
  • Colette Pagé - Inscrite 22 juin 2016 06 h 23

    La laïcité est un leurre et une tromperie !

    Il faut être naïf pour croire que ces enfants recevront à la maison une éducation en conformité avec les exigences du programme du Ministère de l'Éducation.

    Qui croira que les mères juives au foyer, malgré leur bonne volonté mais en raison du fait qu'elles ont été privées elles-même d'une formation adéquate, pourront transmettre des connaissances qu'elles ne possèdent pas sauf en mettant à l'avant plan les enseignements de la Torah.

    Et surtout ne soyons pas dupes de la surveillance que prétend exercer la Commission scolaire.

    Comment expliquer qu'en 2016, face à ces écoles passerelles, que le Gouvernement ne soit pas davantage pro-actif en exigeant que la communauté juive permette à ses enfants de recevoir une éducation leur permettant de réussir leur vie et dans la vie. La tolérance et la procrastination n'a-t-elle pas assez duré ?

    Tout cela démontre, qu'au Québec avec un Gouvernement sans volonté politique qui pour des raisons électoralistes tarde à agir, la laïcité est un leurre et une tromperie et qu'encore aujourd'hui la religion a préséance sur les lois du Québec.

    À preuve que rien n'est réglé, encore récemment, un citoyen juif s'est vu retiré par un juge de de Cour municipale de Montréal son infraction de stationnement en raison du fait que sa religion lui interdisait de déplacer son véhicule.

    Un bel exemple d'une politique du deux poids deux mesures et qu'en regard des accommodements religieux rien n'est réglé et que la religion a préséance sur les lois d'un État laïque.

    Ne comptons surtout pas sur la Ministre de la Justice qui est devenue la spécialiste des projets de loi mal ficelés pour apporter une solution à cette problématique.

    • William Dufort - Abonné 22 juin 2016 07 h 10

      Vous avez parfaitement raison. J'ajouterais qu'en 2016, à peu près personne n'est qualifié pour scolariser les enfants à la maison, et c'est un diplomé universitaire qui l'affirme. Ce ne devrait tout simplement pas être autorisé.

      Il faut comprendre que ceux qui prônent ce genre de "scolarisation" cherchent justement à éviter à leurs enfants d'apprendre des choses qui pourraient les amener à douter de l'enseignement religieux qui doit être au centre de leur vie.

      Malheureusement, à ce sujet, le PQ est aussi lâche et irresponsable que les Libéraux.

  • François Dugal - Inscrit 22 juin 2016 06 h 57

    Le Canada

    La mosaïque culturelle, religieuse et sociale canadienne n'est-elle pas admirable?

  • Hélène Gervais - Abonnée 22 juin 2016 07 h 00

    Concernant les écoles juives ...

    pour ne pas être taxés d'antisémitisme, les gouvernements sont tous à marcher sur des oeufs et à finir par être racistes, car ils n'agissent pas de la même façon pour eux que pour les autres. En plus d'être complètement à part, dû à leur façon de vivre, ils ne veulent pas se mêler aux autres, ce qui crée un fossé entre les races, ce qui est bien dommage. Ils ne parlent pas français au Québec, en plus, même si ça fait longtemps qu'ils y vivent. On ne les entend que quand ils protestent que leurs droits spéciaux (stationnement, érouve, églises, etc...) ne sont pas respectés. C'est très agaçant à la fin. Bien sûr ils logent tous à Montréal, car en province, je ne crois pas qu'on se plierait autant à leurs désirs.

  • Marc Leclair - Inscrit 22 juin 2016 07 h 02

    "un citoyen juif s'est vu retiré par un juge de de Cour municipale de Montréal son infraction de stationnement en raison du fait que sa religion lui interdisait de déplacer son véhicule. "

    - Vraiment? Ça dépasse l'entendement. Ça donnerait presque envie de se convertir.

    • Sylvain Auclair - Abonné 22 juin 2016 10 h 58

      Deux remarques: il aurait pu demander à un Gentil de le faire à sa place; depuis des siècles, les Juifs engagent des Gentils pour faire à leur place des choses interdites durant le sabbat, comme entretenir du feu.
      2: Le judaïsme orthodoxe compte plus de 600 commandements. Je ne suis pas certain que vous gagneriez à vous convertir...

  • Michel Thériault - Abonné 22 juin 2016 08 h 11

    Des cloches.

    Obliger des enfants d'âge scolaire à étudier davantage à la maison après une journée de travail à l'école religieuse est une aberration qui relève, à mon avis, de la maltraitance. Pour le moins, il s'agit d'abus. Comment croire que ces mômes recevront de leurs parents des connaissances que ces derniers n'ont pas ? Cette entourloupette ministérielle, nous le savons tous, n'est qu'une parade destinée à ne pas devoir appliquer la loi, et ce, pour deux raisons: Ne pas toucher, même avec une longue perche, à ces dérives religieuses médiévales qui subsistent dans ces ghettos tranquilles et surtout, ne pas bousculer des communautés monolithiques qui votent massivement du même bord. On sait très bien lequel.

    Tous les gouvernements passés ont toléré l'intolérable. Penser qu'en cet état démocratique, statut dont le Québec se réclame et, que la loi s'applique à tous, procède de la plus déplorable naïveté. La vérité, selon moi, c'est qu'on noie le poisson le plus discrètement possible. L'été se prête bien à ces opérations grossières. On nous prend pour des cloches.