Éducation - Les syndicats défendront l'intégrité du réseau collégial

Nageant dans un inconnu qui l'inquiète, le front syndical collégial se prépare à livrer «bataille» au gouvernement Charest, craignant que les cégeps ne perdent des plumes à la faveur d'un certain vent de «réingénierie».

La Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui représente 14 000 enseignants à travers la province, organisait hier et aujourd'hui des «journées de réflexion et de mobilisation» pour préparer la «défense» du réseau collégial. En réaction à certains forums et chantiers sur l'éducation, annoncés par le gouvernement de Jean Charest, le syndicat croit que «rien ne peut être pris à la légère» et se prépare à «une défense vigoureuse et rigoureuse» du réseau.

L'ombre du rapport Bédard planait sur l'assemblée d'hier, qui réunissait environ 200 délégués syndicaux venus de différents cégeps. On se rappelle que le document présenté fin novembre par la Fédération des commissions scolaires du Québec prônait une remise à neuf du système d'éducation du Québec, privilégiant un cheminement scolaire comptant six années de secondaire, des baccalauréats de quatre ou 5cinq ans, et la création de «collèges d'enseignement professionnel et technique» en lieu et place des cégeps tels qu'on les connaît. Au bout de cette réfection, une économie de plus d'un milliard de dollars.

«Il s'agit d'une étude tronquée, un procédé simple pour ne pas dire simpliste», a répété le président de la FNEEQ, Pierre Patry, rappelant au passage que rien ne devait «être pris à la légère» et appelant le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, à «sortir de son mutisme» pour faire «connaître ses intentions quant au réseau collégial».

En entrevue au Devoir cette semaine, le ministre indiquait justement que, des «éléments décapants du rapport Bédard», ceux qui l'ont accroché le plus ne sont pas les éléments d'ordre financier. «Mais il y a là-dedans des éléments qui sont liés à mon intérêt premier, aux raisons pour lesquelles je suis là, au mandat que le premier ministre m'a donné qui est de recentrer le système d'éducation sur l'élève et regarder son cheminement; le rapport Bédard aborde cette question-là.»

Les bonnes questions

Le rapport a «posé des questions qui méritent d'être regardées», qu'on entend parfois «dans des réunions de famille mais pas souvent dans des prises de position d'organismes aussi importants que [la Fédération des] commissions scolaires», ajoute Pierre Reid.

Le ministre de l'Éducation ne veut pas faire dévier les débats qui auront cours lors du forum sur les collèges, prévu pour juin. «J'ai dit à tout le monde qu'il y aurait peut-être des gros changements à faire, mais je ne veux pas faire de changement pour le plaisir d'en faire», poursuit-il, précisant qu'il ne sait pas encore s'il s'agira de modifications «majeures, mineures ou entre les deux».

«Il y a des gens qui disent que les seuls changements à faire, c'est de mettre plus d'argent dans le système, et que ça va marcher, comme par magie», ajoute le ministre. «D'autres, comme le rapport Bédard, parlent de changements beaucoup plus importants.»

Le rôle des cégeps par rapport aux services universitaires en région doit être examiné, poursuit le ministre, qui donne en exemple cette histoire selon laquelle les Gaspésiens qui quittent la région pour faire un bac ne reviennent pas au bercail. «Pourquoi est-ce que le cégep de Gaspé n'offrirait pas certains bacs universitaires? Pourquoi est-ce que dans une nouvelle forme de cégeps, on ne lui garantirait pas des fonctions comme celles-là?», demande le ministre, qui se veut toutefois rassurant quant au scénario catastrophe d'abolition des cégeps, précisant que «les Québécois ne sont pas prêts à éliminer ce pôle de développement» qui est l'un des «éléments de leur identité».

La journée d'hier a permis aux enseignants de collège de revenir aux sources, par l'entremise d'une conférence passionnante — ovation des auditeurs à l'appui — du sociologue Guy Rocher, l'un des signataires du célèbre Rapport Parent, qui accoucha des cégeps dans les années 60.

«À ceux qui disent qu'il faut repenser le cégep, qu'il faut s'en débarrasser, je dis attention!», a lancé le professeur de l'Université de Montréal. «Ne dissocions pas l'évolution du Québec des cégeps, au contraire», a indiqué M. Rocher, après avoir longuement rappelé le contexte dans lequel la Commission Parent avait modelé le système d'éducation qu'on connaît. «Si nous perdons les cégeps, nous perdons un chaînon de la culture québécoise.»

La FNEEQ faisait circuler pendant ces deux journées un plan d'action et un manifeste, qui lancent la stratégie d'action par laquelle ils veulent «contrer les projets ministériels au regard des cégeps», en même temps qu'ils «veulent participer à la lutte générale engagée depuis l'automne dernier par le mouvement social du Québec».

«Le forum sur les cégeps et le chantier sur l'éducation et l'emploi nous laissent bien perplexes», a aussi indiqué Claudette Carbonneau, présidente de la CSN, présente à l'événement. «Cela implique que, dès maintenant, on se mobilise pour éviter qu'encore une fois, on ne jette le bébé avec l'eau du bain.»