Les façons de faire du ministère critiquées par des enseignants

Soulagés par l’annulation de la partie qu’ils considéraient comme la plus difficile de l’examen de mathématiques de 6e année, des profs soutiennent que le « bris de confidentialité » est un simple prétexte du ministère qui refuse d’admettre sa part de responsabilité.

« On est très contents, c’était l’exercice le plus raté, alors ça tombe bien », se réjouit une enseignante de la région de Montréal, sous le couvert de l’anonymat.

« Tout le monde était très content de voir cette partie de l’examen annulée, parce que c’était un désastre dans toutes les classes », ajoute une collègue d’une autre école de Montréal.

Le ministère a reculé, mais il n'avouera jamais que l'examen était mal fait, il va mettre ça sur le compte des professeurs

 

Cette dernière s’indigne toutefois de voir que ce sont les professeurs et membres du personnel qui sont pointés du doigt par le ministère de l’Éducation pour ce « bris de confidentialité » ayant mené à l’annulation de cette partie de l’examen. Rappelons que l’épreuve de mathématiques en 6e année compte un total de 8 parties réparties sur 5 jours à des dates différentes selon les régions.

« Le ministère a reculé, mais il n’avouera jamais que l’examen était mal fait, il va mettre ça sur le compte des professeurs [qui ont partagé le sujet de la partie de l’examen jugée trop difficile], comme si c’était si terrible que ça. Franchement ! On n’a pas envoyé la copie de l’examen ou expliqué comment résoudre le problème, on a donné le sujet. C’est tout. Alors, le bris de confidentialité, à mon avis, c’est un prétexte du ministère pour ne pas perdre la face. Mais comme toujours, ce n’est pas de leur faute, c’est la faute des professeurs. »

En entrevue au Devoir mercredi soir, les porte-parole du ministère de l’Éducation se défendaient d’avoir utilisé l’excuse du « bris de confidentialité » pour annuler une partie de l’examen après avoir réalisé que celle-ci serait un flop total à l’échelle nationale. « Même si ça avait été perçu comme l’épreuve la plus facile de l’épreuve, on aurait pris la même décision », s’est défendu Normand Dufour, responsable de l’épreuve ministérielle en mathématiques. « C’est une question d’équité », ajoutait sa collègue directrice de l’évaluation des apprentissages, Linda Drouin.

Examens déconnectés

Plusieurs enseignants notent par ailleurs qu’il est illusoire de croire que les examens sont donnés dans des conditions similaires d’un bout à l’autre du Québec. « Si on commençait à dire tout haut ce que l’on pense sans avoir peur d’être jugé, on apprendrait que la majorité des enseignants ne respectent pas les instructions de passation des examens, soutient un autre professeur de 6e année, soulagé. Parce qu’on sait ce que nos élèves valent, on se désole de les voir paniquer ou bloquer devant un examen nouveau genre à la fin de l’année. Forcément, on les aide. »

À Québec, le porte-parole de la CAQ en matière d’éducation, Jean-François Roberge, qui a été enseignant 17 ans, croit lui aussi que le « bris de confidentialité » évoqué est un simple prétexte. « Je me range assurément du côté des enseignants dans cette interprétation des faits, ils sont en gestion de crise au ministère, une crise qu’ils ont créée en faisant des examens qui sont déconnectés. Ce qui est triste, c’est qu’il y a des élèves qui sont victimes de ça. On a le devoir, nous, comme adultes, de nous assurer que les examens sont appropriés. »

Selon lui, ce sont les professeurs eux-mêmes qui devraient rédiger les épreuves. « Je pense qu’il est temps de sortir les fonctionnaires de la préparation d’examens pour la confier exclusivement à des équipes d’enseignants. »

5 commentaires
  • Jean-François Laferté - Abonné 10 juin 2016 06 h 18

    Quand on cherche des poux...

    Incroyable mépris de la part du MELS qui se cache derrière des fonctionnalités de bureaucratie en oubliant ses enseignants à qui il dit vouer toute son admiration et faire de l'éducation "sa" priorité!
    Jean-François Laferté
    retraité de l'éducation
    Terrebonne

  • André Nadon - Inscrit 10 juin 2016 06 h 57

    Quelle fonction publique?

    Avons-nous un ministère qui fonctionne bien?
    Comment se fait-il que nous en soyons rendus là?
    Avons-nous voté pour çà?
    La population est dépourvue devant un tel désastre.
    Il faut de toute urgence nettoyer l'écurie avant que nous en mourions.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 10 juin 2016 09 h 13

      On en est redu là parce que le PLQ gouverne en fonction des intérêts du parti et de leurs ptitszamis, et non en fonction de ceux de la population québécoise...

  • François Dugal - Inscrit 10 juin 2016 08 h 24

    La quantité négligeable

    Pour les "phoenix" du MELS, les "idéateurs pédagogiques" et autres "bozos", les enseignants sont une quantité négligeable, je dirais même une nuisance malheureusement nécessaire. Ils ne sont jamais consultés, car ils ne sont pas assez "intelligents". Ce ne sont que de exécutants malhabiles qui ne comprennent rien à rien aux géniales réformes pédagogiques qui leur sont proposées.
    C'est de leur faute si le taux de décrochage est là où il est. Monsieur le ministre fait des pieds et des mains pour leur donner les pires conditions de travail possible afin de les punir de leur incompétence.
    Voilà la raison principale de la déconfiture de notre éducation nationale et cette immense défaite ne fait que refléter la mentalité de la société québécoise : l'éducation n'est ni importante, ni nécessaire; tout au plus, c'est une garderie pendant que les parents sont au travail.
    François Dugal, enseignant à la retraite.

  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 10 juin 2016 22 h 05

    simple logique

    Quelque soit le registre de l'enseignement, un examen ne peut être qu'une confirmation de ce qui a été enseigné à l'élève qui s'y prête. Rien d'autre. La simplicité de la chose ne peut souffrir d'aucune entorse à ce principe. Assister à ce genre de "niaiserie" est renversant, c'est le moins qu'on puisse dire !