L’examen de maths exaspère élèves et profs

Outre le problème de temps, plusieurs professeurs parlent de « pièges exagérés » dans certaines parties de l’examen.
Photo: iStock Outre le problème de temps, plusieurs professeurs parlent de « pièges exagérés » dans certaines parties de l’examen.

L’examen de mathématiques imposé par le ministère de l’Éducation à tous les élèves de 6e année à travers le Québec cette année était trop difficile et trop long, dénoncent plusieurs professeurs qui avouent avoir donné plus de temps à leurs élèves pour éviter un échec collectif.

« Cette année, les tests étaient vraiment plus difficiles que les années précédentes, dénonce une source dans un poste de direction à Montréal. Des élèves pleuraient dans les classes, ils étaient stressés parce que le niveau de difficulté était trop élevé. Les professeurs sont fâchés, ils ont passé toute l’année à préparer leurs élèves, à essayer de leur donner confiance et à les outiller pour les mener au secondaire. Et là, ils se heurtent à un examen trop difficile pour leur niveau. Si le ministère décide de hausser le niveau de difficulté, c’est correct, mais il faudrait qu’il en avise les profs pour qu’ils préparent leurs élèves en conséquence. »

« Nous avons reçu plusieurs commentaires de professeurs sur le temps alloué pour réaliser les tâches, qui n’était pas réaliste, mais aussi, ils nous ont dit que le degré de difficulté était plus élevé qu’à l’habitude », confirme Gina Guillemette, porte-parole de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

De son côté, le ministère précise avoir reçu « quelques rétroactions sur cette épreuve » et argue qu’« il est prématuré pour l’instant de tirer des conclusions hâtives sur la difficulté et la longueur de l’examen », puisque les écoles n’ont pas toutes encore fait passer l’épreuve. Il rappelle que les résultats des examens sont systématiquement analysés, et les notes ajustées au besoin, selon le niveau de difficulté constaté.

Plus de temps

L’examen de mathématiques du ministère en 6e année se divise en huit épreuves, réparties sur cinq jours. Cette année, les écoles pouvaient faire passer l’examen à partir du 24 mai. Le test est le même pour tous les élèves de 6e année à travers le Québec, et le temps imparti pour chaque épreuve est déterminé par Québec. Et c’est là le principal problème de l’examen ministériel cette année, constatent plusieurs professeurs contactés par Le Devoir.

L’une des épreuves, qui consiste à résoudre un grand problème complexe — par exemple calculer l’argent amassé en fonction d’un certain nombre de caisses de pommes, en soustrayant le salaire de l’employé pour rajouter cela à une fraction —, a fait l’objet de plusieurs plaintes de la part des professeurs.

« Par rapport au temps prescrit par le ministère, l’élève moyen avait énormément de difficulté à rendre un examen complet », rapporte une enseignante de la région de Montréal, sous le couvert de l’anonymat.

« Je n’ai pas compté le nombre d’élèves qui n’ont pas terminé l’examen, mais pour être bien honnête, on n’a pas eu d’autre choix que de leur donner plus de temps. C’était ça ou bien un échec assuré pour 80 % de notre clientèle. »

Cette enseignante dit avoir accordé « une grosse demi-heure » supplémentaire à ses élèves pour terminer l’examen, dont la durée était officiellement limitée à 90 minutes.

« Tous les enseignants ont dû faire ça, c’est sûr, parce que sinon, le Québec au complet aurait échoué », ajoute-t-elle.

Elle n’est effectivement pas la seule à avoir dépassé la limite de temps permis pour l’examen, confirme une autre enseignante de Montréal. « Quand on se fiait au guide, ça prenait une heure et demie. Nous, ça nous a pris quatre heures. »

D’autres professeurs pointent du doigt l’évaluation de la compétence « deux », qui vise à déployer un raisonnement mathématique, pour lequel le ministère prévoit à peine une demi-heure. « Ce n’est pas assez long, ça brusque les enfants, il faudrait ajouter 15 minutes pour cette épreuve », déplore un professeur, sous le couvert de l’anonymat.

Question éthique

L’ajout ou non de temps pour permettre aux élèves de terminer leur examen a engendré des questionnements éthiques au sein du corps professoral sur différents groupes de discussions fermés, constatent des professeurs. « Tout le monde était d’accord pour dire que c’était trop long, mais à partir de là, les avis étaient partagés. Certains disaient qu’il fallait arrêter au temps prescrit pour que le ministère puisse voir qu’il y a un réel problème avec l’examen, alors que d’autres avançaient que ce n’était pas juste de faire payer les enfants pour ça. La plupart des enseignants que je connais ont préféré accorder du temps de plus pour ne pas pénaliser les enfants, parce que le temps prescrit par le ministère était irréaliste. »

Cette enseignante affirme que le temps qui a été accordé en surplus par les professeurs de son école était calculé dans la note définitive. « Par exemple, un élève qui aurait normalement eu 90 %, on va ajuster sa note, disons, à 85 %. »

Outre le problème de temps, plusieurs professeurs parlent de « pièges exagérés » dans certaines parties de l’examen. « Ce n’était pas fidèle à la matière qu’on a enseignée, si on regarde les manuels et ce qui est écrit dans la progression des apprentissages, ça ne correspondait pas », affirme l’une des enseignantes, contactée par Le Devoir.

« Il y avait un problème, par exemple, où les jeunes devaient placer des éléments dans une boîte [en fonction de la dimension de chaque élément], même moi, bien humblement, j’ai eu de la difficulté. Dans ma classe, ça a été un véritable flop. Ça décourage les enfants qui arrivent à la maison en sachant que le lendemain, ils ont encore d’autres examens. On a eu des plaintes de plusieurs parents qui disaient que les enfants arrivaient à la maison à moitié morts et ultrastressés. »

Mais ce sont les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage qui sont les plus pénalisés, estiment les professeurs interrogés par Le Devoir. « Ça compte pour 20 % de la note [de l'année], alors c’est sûr que pour ceux qui arrivent à s’en tirer toute l’année avec une note de 65 %, ça a un impact sur leurs résultats. »

Plusieurs espèrent que le ministère interviendra pour rajuster le tir et normaliser les notes des élèves de 6e année.


 
12 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 4 juin 2016 07 h 22

    Examens non prévus au programme scolaire ?

    Imposer des examens de mathématique avec de très hauts degrés de difficulté, est-ce une nouvelle façon qu'a le ministère de l'éducation PLQuiste pour engendrer le démantèlement du Québec en décourageant la relève, en attaquant les espoirs de réussites des élèves québécois, et en proposant des examens qui, selon certains prof., n'étaient pas prévus au programme...Cette stratégie d'humiliation des jeunes québécois est vicieuses et sournoises, bien à l'image du gouvernement mafieux qui nous dirige...Pour savoir si cet examen est convenable, faites-le donc passer par Couillard...Je suis sûr qu'il le ratera...

  • François Dugal - Inscrit 4 juin 2016 07 h 45

    Tsé veu dir, genr

    Le ministère de l'Éducation, des Loisirs et des Sports est un véritable bordel, un foutoir de première classe. Nous en avons la preuve aujourd'hui avec l'examen de mathématiques délirant de sixième année.
    Sans doutes que le club des "concepteurs pédagogiques" avaient le noble but de "relever le niveau" des sciences pour nos chers enfants. Évidemment, ils échouent, encore une maudite fois. Plutôt que de faire de jeunes Einstein, nos chers enfants seront découragés de l'école et de la vie, rien de moins.
    Et que dit le ministre (un avocat !!!!)? Sans doutes une niaiserie du genre : "Nous sommes en mode solutions". Dans une indifférence totale, l'éducation québécoise tombe en miettes. Près de 50% des adultes québécois sont des analphabètes fonctionnels et personne n'a tiré la sonnette d'alarme.
    Je comprends les jeunes qui décrochent de ce système pourri, il y a un "boutte" à se faire prendre pour un imbécile, tsé veu dir, genr.

    • Patrick Daganaud - Abonné 4 juin 2016 13 h 46

      Monsieur Dugal a tristement raison.

      Et il en est ainsi depuis des lustres.

      Le ministère est lamentable!

  • Jean-François Laferté - Abonné 4 juin 2016 08 h 33

    Ces fonctionnaires dans leur tour d'ivoire!

    Ces fonctionnaires du MELS enfermés dans leur tour d'ivoire,même validées, ces évaluations sont là pour classifier et non évaluer.Avez-vous pensé à l'estime de soi lorsqu'un élève reçoit sa note de ces examens ministériels?
    Je suis retraité de l'éducation mais je compatis avec mes collègues de 6e qui m'ont raconté leurs histoires d'horreur la semaine dernière lorsque je faisais de la suppléance:des élèves qui pleurent et qui implorent leurs profs de plus de temps et d'explications c'est ça la réalité.

    Quand ces fonctionnaires comprendront-ils le bon sens?

    Jean-François Laferté
    Terrebonne

    • François Dugal - Inscrit 4 juin 2016 20 h 20

      À la question "Quand les fonctionnaires comprendront-ils le bon sens", la réponse est non, no, niet, nein, monsieur Laferté.
      Le point de non-retour est franchi depuis longtemps; le bateau du MELS a heurté l'iceberg de l'incompétence crasse et coule à pic.
      François Dugal, enseignant à la retraite.

    • Gilles Théberge - Abonné 5 juin 2016 10 h 46

      Jamais!

  • Gilles Delisle - Abonné 4 juin 2016 08 h 39

    Les situations problématiques?

    Lorsque j'enseignais, les situations mathématiques étaient fort complexes et j'imagine que c'est encore le cas. D'une enseignement de connaissances isolées de tout contexte, on en est venu, avec le nouveau programme, à vouloir plutôt résoudre ces situations problématiques qui impliquent la maîtrise de nombreux concepts mathématiques en un court temps. Entre ces deux façons de faire devraient s'insérer une approfondissement de chaque concept et et de leurs différentes applications. Dans L'enseignement actuel, le temps manque aux enseignants et aux enseigantes pour cette étape essentielle. Dramatique!

  • Jean Lefebvre - Inscrit 4 juin 2016 09 h 42

    Plus de temps vs normalisation des notes

    Et voila où le bas va blesser: le ministère va (peut-être) normaliser les notes, mais pour être équitable il aurait fallu que tous les étudiants aient eu le même temps pour terminer l'examen. En effet les étudiant dont les sessions d'examens ont durées 4 heures vont être doublement favorisés par rapport à ceux qui n'ont eu qu'une heure et demi. Je salue la compassion des professeurs qui ont aloué plus de temps, mais cela rendra le résultat injuste pour beaucoup d'étudiants. Bravo gouvernement, encore...

    • Normand Perreault - Abonné 5 juin 2016 21 h 23

      Quel français écrit horrible pour quelqu'un qui se préoccuppe des mathématiques...