Québec menotté, la formation reprend

C’était jour de classe normal jeudi à l’école clandestine de la rue du Parc, au lendemain de l’intervention du DPJ.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir C’était jour de classe normal jeudi à l’école clandestine de la rue du Parc, au lendemain de l’intervention du DPJ.

L’école juive qui a fait l’objet d’une intervention du Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) mercredi a beau être clandestine, ni le DPJ ni le ministère de l’Éducation n’ont le pouvoir de la fermer. Les enfants étaient donc de retour en classe jeudi, même si leur directeur n’a toujours aucune intention d’aller chercher un permis au ministère.

« Notre école est une école religieuse, nous ne donnons qu’une éducation religieuse. Nous n’avons aucune obligation comme école de donner une formation autre que celle que nous donnons. C’est pour cette raison que nous n’avons pas de permis du ministère, car nous n’en avons pas besoin », répond le directeur de l’école clandestine de la rue du Parc, Hershber Hirsch, en entrevue au Devoir.

L’opération du Directeur de la protection de la jeunesse mercredi a mis l’école sous le feu des projecteurs, créant des remous jusqu’à l’Assemblée nationale. Mais le directeur ne craint pas d’être contraint de fermer pour autant. « Non, répond-il au bout du fil. Nous avons le droit de donner une instruction religieuse, tout est légal. »

Il dit être en contact et vouloir collaborer avec les différentes instances — le DPJ et le gouvernement — pour « offrir la meilleure éducation à nos enfants ». Mais cela ne se fera vraisemblablement pas entre les murs de son école, qui ne porte aucun nom et dont la porte d’entrée est dissimulée dans la cour d’un débosseleur derrière une clôture de barbelés.

En effet, Hershber Hirsch n’envisage pas d’ajouter des cours de mathématique ou de français au cursus religieux de son école.

Quant à savoir où les enfants doivent apprendre à faire des calculs de base s’ils passent toute la journée, cinq jours par semaine, à apprendre la Torah, le directeur se dégage de toute responsabilité. « C’est une affaire qui concerne les parents. »

  

Problème de juridiction

Le DPJ a beau avoir mené une intervention musclée mercredi, lors de laquelle une douzaine d’intervenants sont entrés dans l’édifice avec la police, celui-ci ne dispose d’aucun moyen pour fermer l’école, et ce, bien qu’il soit chargé de s’assurer que chaque enfant reçoit l’éducation à laquelle il a droit.

« Il y a deux choses qu’il faut séparer, explique la porte-parole Claire Roy. Le DPJ ne s’occupe pas des écoles. S’il y a une école qui doit fermer, c’est le ministère de l’Éducation [qui s’en occupe]. Le mandat du DPJ, c’est de s’occuper de la sécurité et du développement des enfants. »

Au ministère de l’Éducation, on se décharge également de toute responsabilité. « On ne peut pas faire fermer cette école-là parce que ce n’est pas une école au sens du ministère de l’Éducation [puisqu’elle n’a pas de permis] », répond Brian St-Louis.

Même le ministre Sébastien Prouxl reconnaît n’avoir aucune emprise sur les écoles clandestines. « Actuellement, un enfant qui n’a pas de code permanent [à la suite de son inscription dans une école] n’existe pas au ministère de l’Éducation. » Ce dernier affirme qu’il faudrait travailler avec l’état civil pour « identifier ceux qui ne sont pas dans notre système […] pour faire un dénombrement ». Il dit vouloir présenter « très rapidement » une façon d’encadrer les jeunes qui ne sont pas dans le système éducatif.

Négociations avec l’école

D’ici là, le DPJ retournera à l’école clandestine de la rue du Parc pour évaluer les enfants dans deux semaines, confirme le directeur de l’école, Hershber Hirsch. Cela n’a pas été fait mercredi, malgré le fait que les agents du DPJ sont restés plusieurs heures à l’intérieur de l’école. Ces derniers voulaient parler aux enfants, mais l’avocat de l’école les en a empêchés. « Nous sommes intervenus avant qu’ils aient la chance de parler aux enfants, répond M. Hirsch. Nous avons négocié pour que cela se fasse dans les meilleures conditions possible et avant qu’ils ne partent hier [mercredi], nous avons réussi à nous entendre pour que cela se fasse dans deux semaines, sans la police. Ils pourront faire leur travail. »

Ce dernier refuse de préciser quelles sont les demandes exactes du DPJ. Mais il dit agir, depuis avril dernier, à titre de « médiateur » entre les parents et le DPJ.

Quant au Directeur de la protection de la jeunesse, il s’est borné à produire un communiqué de presse laconique qui ne précise ni la nature de l’intervention ni le nombre d’enfants concernés. « L’objectif ultime du DPJ est de rencontrer les enfants afin d’évaluer si leur sécurité ou leur développement est compromis. »

   

Suivi

Au cabinet de la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse, on précise que dans ce genre de cas, le DPJ intervient généralement auprès des parents pour leur expliquer qu’il faudrait envoyer l’enfant dans une école régulière ou faire l’éducation à la maison. « C’est le DPJ qui va faire ce suivi-là, mais ça dépend de la décision qui sera prise, explique Bianca Boutin. Si [il juge que] le développement n’est pas compromis, le DPJ pourrait fermer le dossier. »

14 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 3 juin 2016 06 h 35

    … au courant !

    « C’est le DPJ qui va faire ce suivi-là, mais ça dépend de la décision qui sera prise. Si [il juge que] le développement n’est pas compromis, le DPJ pourrait fermer le dossier. » (Bianca Boutin, du cabinet de la ministre déléguée à la Protection de la jeunesse)

    Effectivement, dans ce genre d’école (Yeshiva) où l’on étudie la Torah et le Talmoud, il est bien de re-savoir que le développement des écoliers est assuré par des personnes compétentes, informées, aguerries de sagesse et d’intelligence !

    En effet et personnellement, si on m’avait laissé le choix, j’aurais aimé, dès l’enfance, fréquenté une Yeshiva plutôt qu’une école publique qui, éprouvant des difficultés d’encadrement, risque, parfois ou souvent hélas !, de miner le développement de ses élèves !

    Mais, on-dirait que, de ce qui se passe dans les écoles publiques (taxage, intimidation, violence verbo-physique, harcèlement sexuel … .), le DPJ, susceptible de faire quelque chose, ne semble pas être …

    … au courant ! - 3 juin 2016 -

    • Lise Bélanger - Abonnée 3 juin 2016 10 h 51

      Dans ces écoles juives, si vous aviez été d'origine sépharade (français) vous auriez subi une discrimination importante de la part des ashkénazes en plus de vous interdire de parler français.

      L'égalité et le droit à la liberté etc... n'existe pas dans ces écoles. La religion seule est la loi et qui outrepasse toutes nos lois et règlements.

      Au moins, dans nos écoles publiques, il n'y a pas de dicrimination religieuse, bien au contraire.

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 3 juin 2016 19 h 10

      « Dans ces écoles juives, si vous aviez été » (Lise Bélanger)

      Possible, mais, de ce type d’école où la langue d’enseignement peut relever du français ou de l’anglais et autres, les textes de références (Torah-Talmoud) sont d’origine sémitiques ou de langue hébraïque, araméenne ou chaldéenne ; des langues appelées à être connues !

      De plus, notre propos ne portait pas sur ce genre de questionnement !

      Sans rancune ! - 3 juin 2016 -

  • Sylvain Auclair - Abonné 3 juin 2016 07 h 42

    Le refus de scolariser son enfant...

    n'est-il pas suffisant pour que la DPJ ordonne un retrait de garde et un placement?

    • Patrick Daganaud - Abonné 3 juin 2016 08 h 46

      Le refus de scolariser son enfant est suffisant pour que la DPJ ordonne une intervention qui se traduira ou non par retrait de garde et un placement ou par...l'école à la maison.

      Sans doute, le tribunal pourrait-il poursuivre la non-école juive en raison de sa complicité évidente dans l'empêchement de la scolarisation des enfants concernés.

      Mais pour cela, il lui faudrait l'aval du ministère et du gouvernement et cela prendrait « des couilles » que n'a pas le gouvernement Couillard.

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 juin 2016 10 h 47

      La DPJ n'a pas beoin de la permision du ministre pour agir.

  • Bernard Terreault - Abonné 3 juin 2016 08 h 44

    Sérieusement

    Je suis certain que ces enfants ont été déclarés à l'État Civil pour recevoir des soins de santé et des allocations familiales. Je suis certain que la plupart sont nés à l'hôpital, pas clandestinement. Alors le gouvernement sait qu'ils existent. Alors, selon la Loi de l'Instruction Publique il doit obliger les parents à les envoyer fréquenter une école reconnue. Ou bien déclarer le "territoire" hassidique état indépendant du Canada et du Québec, comme une sorte de Vatican.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 3 juin 2016 08 h 58

    «Marcher au catéchisme ne suffit plus»!

    La DPJ doit s'assurer que les matières de base enseignées dans les écoles publiques soient effectivement enseignées et apprises par les étudiants inscrits dans ces écoles religieuses. Des examens doivent être faits et un diplôme accordé ou refusé. S'il faut modifier les lois, qu'on les modifie! Il en va non seulement du respect de la Loi sur la protection de la jeunesse, mais aussi et surtout des jeunes dont la DPJ a le mandat de s'occuper, mais aussi et surtout des jeunes. Dans le Québec d'autrefois, il suffisait souvent qu'un 'jeune marche avec succès au catéchisme' pour que son instruction soit définitivement réussie et complétée. Je ne comprends pas qu'on laisse encore aujourd'hui les membres d'une confession religieuse faire la même chose à ses enfants!

  • Nicole Delisle - Abonné 3 juin 2016 10 h 49

    À quand un gouvernement debout qui travaille vraiment pour les citoyens?

    "Au ministère de l'Éducation, on se dégage de toute responsabilité..." À quoi sert un ministère de l'éducation s'il ne peut assurer que chaque enfant québécois reçoive
    l'instruction qui lui est nécessaire? Comment se fait-il que l'on tolère des incongruités de juifs hassidiques qui ne veulent rien apporter de concret et utile à notre société?
    Ils veulent tous les privilèges mais ne nous apportent rien et font en sorte que leurs rejetons ne pourront participer à la vie en société québécoise? La tolérance vient sans doute du fait que ce sont de bons votants libéraux. Alors le parti libéral s'écrase et
    laisse faire une telle absurdité. Encore une preuve qu'ils travaillent non pas pour les citoyens du Québec, mais pour eux-mêmes et leurs petits amis qui financent leur
    réélection. Lamentable! Le parti de la honte sociale! Les citoyens sont laissés pour compte au profit de l'argent pour eux et leurs acolytes. Ils sont plus prompts à couper les services essentiels aux démunis, malades, handicapés et aînés! Voilà pour eux "les vraies affaires", n'est-ce pas M. Couillard? Tout est faux avec ce gouvernement: promesses en l'air, contradictions quotidiennes, déclarations à l'emporte-pièce qui se révelent par la suite le contraire de la vérité, cachoteries, valorisation de personnel incompétent muté à d'autres fonctions semblables avec
    un autre ministre et j'en passe. On nous croit des imbéciles et on se rit de nous à tous les jours! C'est tout simplement honteux et indigne de gens supposés être au service de la population!