Mobilisation colorée contre le soutien-gorge obligatoire

Les élèves ont suspendu leur soutien-gorge aux casiers de l’école, qui a revu le règlement.
Photo: Facebook Les élèves ont suspendu leur soutien-gorge aux casiers de l’école, qui a revu le règlement.

La direction de l’école Robert-Gravel s’est attiré les foudres des élèves, alors qu’elle tentait d’imposer le port obligatoire du soutien-gorge dans son code vestimentaire. Dans un mouvement de contestation, inspirés du mouvement social Free the Nipple (« libérez le mamelon »), les jeunes ont accroché des soutiens-gorge aux casiers, obligeant la direction à faire marche arrière.

« En tant que féministe, je trouvais ça très injuste comme règlement. On ne peut pas obliger une fille à mettre une brassière, c’est son choix », affirme Nina Cooren, élève de 1re secondaire à l’école Robert-Gravel.

C’est une modification au Code de vie des étudiants, section « tenue vestimentaire », qui a mis le feu aux poudres plus tôt cette semaine.

« On avait fait cette modification parce que certains enseignants étaient placés dans une situation inconfortable liée au port ou non de sous-vêtements », explique le président du conseil d’établissement, Louis Moubarak, qui parle notamment de « tissus transparents qui peuvent révéler certaines choses ».

Pour éviter certaines situations suscitant un malaise, le conseil d’établissement a donc adopté, le 11 mai dernier, un nouveau code vestimentaire pour la prochaine année scolaire qui stipule que « le port des sous-vêtements est obligatoire, et ils ne doivent pas être visibles, et ce, autant chez les filles que les gars ».

Manifestation

Mis au courant de cet ajout au code vestimentaire, qui interdit déjà le port du short, du bustier et de la camisole à bretelles fines, les étudiants se sont mobilisés jeudi. « On a fait une grève, on a accroché nos brassières sur nos casiers avec des messages pour dire que c’est notre choix », explique Nina Cooren.

Plusieurs dizaines d’élèves — garçons et filles — portaient un soutien-gorge par-dessus leurs vêtements. « C’était drôle, relate Nathalia Uribe. Les gars participaient aussi, j’ai trouvé ça très cool qu’ils soient solidaires. »

L’école n’a pas mis de temps à réagir. « Ce matin, la direction de l’école a réuni les membres du comité exécutif du conseil d’élève pour entendre leur point de vue et discuter d’une solution au malaise exprimé en masse par les jeunes », écrit le directeur dans une lettre envoyée aux parents jeudi soir. « Au cours de la discussion franche, mature et efficace, le point de vue des élèves qui exprimaient le désir d’une certaine liberté sur le plan vestimentaire a été entendu, de même que le malaise ressenti par les enseignants. Nous avons conclu qu’il était opportun de reformuler le règlement pour éviter toute interprétation litigieuse. »

Ainsi, le règlement a été modifié pour se lire ainsi : « Les sous-vêtements ou les parties du corps qui se trouvent normalement sous les sous-vêtements ne doivent pas être visibles, et ce, autant chez les filles que chez les garçons. » Selon la direction, ce compromis a été accueilli favorablement par les étudiants. Ce que confirme Adèle, une autre étudiante de Robert-Gravel : « La direction a changé le règlement, elle nous a écoutés. »

Démarche démocratique

Dans sa lettre aux parents, la direction parle d’une « contestation s’inspirant du mouvement social Free the Nipple » [voir encadré] et envoie ses « félicitations » aux élèves « pour leur manifestation directe pacifique et colorée ».

« Nous avons été témoins collectivement d’une expression juste d’une démarche démocratique », conclut la direction de l’école.

Joints par Le Devoir, plusieurs parents ont d’ailleurs félicité la direction pour cette réaction rapide et positive. « Ils ont pris le temps d’écouter ce que les jeunes avaient à dire, ils ont modifié le règlement en conséquence et ils les ont félicités pour leur prise de parole. C’était la meilleure manière de régler ça », estime Catherine Lavarenne, maman d’une élève de l’école Robert-Gravel.

« Vraiment, ils ont été extraordinaires, ajoute-t-elle. Ils ne sont pas uniquement dans une dynamique d’imposer leur pouvoir, ils prennent à coeur de former des citoyens en devenir. »

Même son de cloche du côté de Nancy Guérin, maman de la jeune Nina Cooren. « Je suis très fière de ma fille et des élèves de Robert-Gravel. Et la direction a très bien géré tout cela. Les enfants ont appris qu’ils peuvent faire changer les choses en manifestant, c’est une grande leçon de vie pour ces jeunes. »

Au conseil d’établissement, le président Louis Moubarak se réjouit également de la tournure des événements. Il y voit une leçon de démocratie, qui va au-delà de la manifestation. Car les étudiants ont des représentants au conseil d’établissement, au même titre que les parents, professeurs, membres de la direction, du personnel et de la communauté. Et ces derniers ont voté pour la modification du Code de vie. « Ce que je trouve difficile, c’est que la réaction arrive un peu tard, affirme le président. Ils étaient là [lors du vote]. Et sur place, il n’y a pas eu de réaction. Je pense que le conseil étudiant doit prendre les choses plus au sérieux par rapport aux décisions prises au conseil d’établissement et consulter ses membres avant et non après coup. C’est une bonne leçon pour le conseil étudiant. »

Free the Nipple

D’abord le titre d’un film de la militante américaine Lina Esco, le mouvement Free the Nipple, surtout actif aux États-Unis, est une vaste campagne féministe. Il cherche à attirer l’attention sur la sexualisation du corps des femmes et l’inégalité de certaines lois, qui permettent aux hommes, mais pas aux femmes, d’exposer leurs mamelons. « Aux États-Unis, il est illégal pour une femme d’être torse nue, même pour allaiter, dans 35 États. Dans les endroits moins tolérants comme la Louisiane, un mamelon exposé peut équivaloir à trois ans de prison et à 2500 $ d’amende pour une femme », lit-on sur leur site Web. En exposant des seins de femmes, les militantes de Free The Nipple espèrent plus largement rappeler la persistance d’inégalités entre les hommes et les femmes.
6 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 28 mai 2016 07 h 43

    Je suis impressionné par la maturité de leur mobilisation! Bravo à toutes ces féministes!

  • Pierre Fortin - Abonné 28 mai 2016 07 h 50

    Pourquoi faut-il ...

    que le malaise des uns devienne la loi des autres?

  • Jacques Patenaude - Abonné 28 mai 2016 08 h 54

    Pendant ce temps au cimetière...

    où Robert Gravel est enterré on entend un grand rire sortir de sa tombe. Une telle manif à une école dédiée à Robert Gravel .... il a surement inspiré les jeunes. bravo à tout le monde.

  • Claude Lebeuf - Abonnée 28 mai 2016 08 h 55

    Réponse des étudiants

    Bravo pour cette réaction de nos jeunes concitoyens!
    Et je trouve curieuse la remarque de monsieur Moubarak à propos de la réaction en deux temps des étudiants.
    La responsabilité d'informer largement une communauté avant le vote de règlements qui la concerne revient d'abord aux autorités qui les propose.

  • Daniel Gagnon - Abonné 28 mai 2016 15 h 13

    Coucou les talibans de chez nous, pure laine rancie..

    Faire reculer nos hypocrites talibans, c'est intéressant.

    Bravo aux jeunes et à leur jolie défense de la liberté contre tout fanatisme!