Le nouveau programme du secondaire n'a pas passé le second examen

Le programme de formation du secondaire, dévoilé hier dans sa version finale, n'a pas repassé sous l'oeil de la Commission des programmes d'études malgré les vives critiques que l'organisme consultatif avait émises au moment de la parution de la version préliminaire.

La commission, dont la raison d'être est précisément d'analyser le contenu des nouveaux programmes, a toutefois fait un examen à l'interne des corrections effectuées, sans en faire part de façon officielle au ministère. Elle note que des rectificatifs ont effectivement été apportés mais que des améliorations seraient encore nécessaires.

Au ministère, on répliquait hier que d'importants correctifs ont été apportés, répondant en «très grande majorité» aux critiques de la commission. La rigueur des travaux, conjuguée à un échéancier serré, n'a pas commandé un double examen de l'organisme-conseil.

Entre la version présentée pour examen à la Commission des programmes d'études (CPE) en 2002, les critiques acidulées formulées par l'organisme en janvier 2003 et la version du programme de la réforme dévoilée hier au grand public, «on a remarqué des améliorations, mais il reste encore du travail à faire pour certaines choses», croit Monique Hébert, présidente de la CPE et aussi directrice générale de la Commission scolaire des Patriotes.

Malgré un effort de clarification du programme, la «lourdeur du texte» persiste, de même qu'une densité telle des contenus proposés, que les membres de la CPE craignent qu'on y perde les «compétences», l'un des axes pourtant essentiels de la réforme.

La bible de la réforme au secondaire était dévoilée au grand public hier par le ministère de l'Éducation (MEQ): le Programme de formation de l'école québécoise au premier cycle du secondaire, approuvé par le ministre Pierre Reid au mois d'août dernier et distribué à travers les écoles, a subi un toilettage depuis afin de le propulser vers une diffusion plus large.

Mais avant de recevoir le sceau du ministre, le programme n'est toutefois pas repassé sous la lorgnette de la commission. «Nous avons retenu entre 85 et

90 % des correctifs proposés», a expliqué hier Margaret Rioux-Dolan, directrice de la formation générale des jeunes au MEQ. «Nous avons mis l'accent sur les changements importants, et le ministère n'a pas jugé bon de le resoumettre à l'approbation de la commission», ajoute-t-elle, soulignant les délais serrés avec lesquels le MEQ devait composer. En effet, même si elle l'avait voulu, la CPE n'aurait pas été en mesure de réexaminer le contenu des programmes dans les délais exigés, a précisé Mme Hébert.

La présentation est plus claire, des schémas ont été ajoutés, certains termes clarifiés, mais le programme n'est pas encore à son meilleur. Les contenus sont encore «trop denses», juge Mme Hébert, qui craint qu'on y perde les compétences. Des «lourdeurs» dans le texte persistent à cause de l'usage de termes trop voisins. Le programme de mathématiques n'a pas été suffisamment retravaillé et, en français, le programme est «encore trop chargé, trop vaste».

Depuis les premiers pas de la réforme, la rédaction des programmes de formation suscite les récriminations. Il y a quatre ans, la CPE avait aussi passablement critiqué le programme du primaire, ce qui avait mené notamment à une réécriture quasi complète du programme. Après avoir revu les correctifs, l'organisme y avait de nouveau décelé des faiblesses.

Au ministère, on juge que les réfections apportées sont majeures et qu'on a clarifié la présentation, de même que la mise en contexte liée à la réforme. Les contenus ont été réorganisés, les liens entre les programmes revus. «Notre analyse est rigoureuse, et nous croyons que ça répond aux demandes du milieu et aux critiques essentielles de la CPE», explique Mme Rioux-Dolan.