Les CPE, premier échelon du système éducatif

Pierre Vallée Collaboration spéciale
Les CPE se sont aussi donné une mission éducative auprès des enfants dont ils ont la garde. «Le projet éducatif, tel que développé par le ministère de la Famille, n’est pas à proprement parler un projet éducatif, comme on l’entend à l’école, mais plutôt un service éducatif visant à soutenir le développement de l’enfant», souligne Geneviève Bélisle, directrice générale adjointe de l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) et responsable des services éducatifs.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Les CPE se sont aussi donné une mission éducative auprès des enfants dont ils ont la garde. «Le projet éducatif, tel que développé par le ministère de la Famille, n’est pas à proprement parler un projet éducatif, comme on l’entend à l’école, mais plutôt un service éducatif visant à soutenir le développement de l’enfant», souligne Geneviève Bélisle, directrice générale adjointe de l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) et responsable des services éducatifs.

Ce texte fait partie du cahier spécial Éducation

Les services de garde en centres de la petite enfance (CPE), en permettant aux deux parents de jeunes enfants d’être actifs sur le marché du travail, ont apporté une contribution indéniable à l’économie québécoise. Mais les CPE se sont aussi donné une mission éducative auprès des enfants dont ils ont la garde.

« Le projet éducatif, tel que développé par le ministère de la Famille, n’est pas à proprement parler un projet éducatif, comme on l’entend à l’école, mais plutôt un service éducatif visant à soutenir le développement de l’enfant », souligne Geneviève Bélisle, directrice générale adjointe de l’Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE) et responsable des services éducatifs.

En fait, ce service éducatif repose sur trois axes principaux. Le premier, c’est le développement de l’enfant, soit les habiletés motrices d’une part, et d’autre part, les habiletés intellectuelles, comprenant certaines notions de littératie et de numératie. Le deuxième axe porte sur la socialisation de l’enfant, qui comprend la capacité d’écouter et de converser et celle de la régularisation des émotions. Le troisième repose sur l’apprentissage de saines habitudes de vie. « Le programme du ministère n’est pas obligatoire, contrairement à l’école, mais 95 % des CPE le mettent en application. »

Une approche différente de celle de l’école...

Autre grande différence avec l’école : l’approche. « En CPE, il n’y a pas de niveau d’apprentissage que l’enfant doit atteindre selon son âge, contrairement à l’école, où tous les enfants, selon l’année scolaire, doivent atteindre le même niveau d’apprentissage. Même si l’on est dans un milieu collectif, l’approche est individuelle. L’éducatrice observe et documente le développement de l’enfant et propose ensuite des actions pour soutenir le développement là où il est rendu. Par exemple, un bambin qui se tient debout, mais en s’appuyant sur une chaise, voudra un jour se tenir debout sans s’appuyer. L’éducatrice doit donc décider quand et comment elle va l’aider lorsque ce moment arrivera. »

Comme il s’agit de tout petits enfants, le jeu est au centre du processus. Prenons les casse-tête. « Si on présente à l’enfant un casse-tête de 36 morceaux et qu’il ne s’y intéresse pas, l’éducatrice va lui en présenter un de six. Ensuite, elle va procéder par étapes. D’abord, elle va faire le casse-tête avec lui, ensuite, elle va l’aider à se préparer et l’observer pendant qu’il le fait, puis elle va lui demander de le faire avec un ami. Ensuite, elle va lui demander de le faire seul. »

... et soutenue par la science

Cette approche à l’apprentissage chez les jeunes enfants ne se fait pas en vase clos. « Nous avons noué plusieurs partenariats avec les universités québécoises, ce qui permet aux chercheurs de venir en milieu de CPE. De plus, ces partenariats permettent au comité scientifique de l’AQCPE d’être au courant des plus récentes études dans le domaine. Cela nous permet, par la suite, de créer toute une série d’outils afin de transférer ces données et ces connaissances nouvelles vers nos éducatrices. Nous voulons qu’il y ait un cycle continu d’amélioration chez nos éducatrices et que les actions proposées par elles aux enfants soient basées sur des données scientifiques fiables et non sur des perceptions. »

Les éducatrices en CPE ont aussi un rôle à jouer dans l’identification d’enfants susceptibles d’avoir des difficultés d’apprentissage. « Si l’éducatrice croit avoir détecté un problème, elle va d’abord en parler avec les parents et ensuite les guider vers l’expertise appropriée. Le dépistage, le diagnostic et, si nécessaire, le plan d’intervention sont effectués par des professionnels, Le plan d’intervention est mis en place en CPE par les professionnels avec le soutien des éducatrices. »

... mais cependant menacée

Cette approche éducatrice est méritoire, toutes les études le démontrent, mais encore faut-il avoir les moyens de la faire. « Cette année, le gouvernement impose une compression de 120 millions, explique Louis Sénécal, président et directeur général de l’AQCPE, et cela vient s’ajouter aux quelque 500 millions que le réseau a perdus en 10 ans. Bien sûr, le ministre Proulx vient d’injecter une somme additionnelle de 60 millions pour cette année, ce qui nous permet de boucler l’année, mais comme le montant de 120 millions est récurrent, les répercussions ne sont que reportées à l’an prochain. »

Selon Louis Sénécal, l’attitude du présent gouvernement à l’égard des garderies subventionnées, surtout celles en CPE, relève d’une orientation philosophique. « Ce gouvernement a clairement un parti pris pour les garderies commerciales non subventionnées. » Et les éléments pour étayer sa preuve ne manquent pas. « En haussant la contribution parentale, le gouvernement fait en sorte que les parents qui devront payer le montant maximum de 20 dollars se trouvent avantagés s’ils font plutôt le choix de placer leurs enfants en garderies non subventionnées, grâce aux crédits d’impôt qu’ils recevront. Le gouvernement a aussi augmenté le nombre de permis et de places en garderies commerciales. Il a rehaussé les exigences en ce qui concerne la mise de fonds requise lors de la construction d’un nouveau CPE. »

Mais l’AQCPE n’entend pas se laisser manger la laine sur le dos. « Le gouvernement avance dans cette direction sans avoir au préalable fait de consultations publiques. On ne peut pas remettre en question cet aspect de la politique familiale sans débat de société. Si le gouvernement refuse, alors le débat, nous allons le faire nous-mêmes en instituant une commission indépendante et itinérante afin d’aller consulter les Québécois. L’aboutissement de cette commission sera un grand sommet à Montréal au printemps 2018, suivi du dépôt d’un livre blanc. C’est la forme que prendra notre prochaine mobilisation. »