Les victimes se butent même à leurs proches

Près d’une victime sur cinq dit avoir été blâmée d’une façon ou d’une autre par son confident.
Photo: Martin Dimitrov / Getty Images Près d’une victime sur cinq dit avoir été blâmée d’une façon ou d’une autre par son confident.

Plus de la moitié des victimes de violence sexuelle en milieu universitaire se sont heurtées à une « réaction négative » lorsqu’elles se sont ouvertes à des proches. Et ce, même si ceux-ci avaient de « bonnes intentions ».

« Souvent, les gens banalisent, ils vont dire des trucs du genre : continue ta vie ou arrête d’y penser », illustre Francine Lavoie, l’une des chercheuses de l’enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU), présentée au congrès de l’Acfas mardi.

Près d’une victime sur cinq dit avoir été blâmée d’une façon ou d’une autre par son confident. Ce dernier lui a soit répondu qu’elle aurait pu prévenir cette situation ou qu’elle a été irresponsable ou imprudente. Entre 5 à 10 % se sont senties stigmatisées à la suite de leur témoignage.

Mais le plus haut taux de réponse négative s’inscrit dans la catégorie « égocentrique », où le confident réagit avec tellement de force que c’est la victime qui doit le réconforter. « La mère qui dit que ça ne se peut pas, qui pleure, etc., ce n’est pas aidant. Il faut laisser la place à la victime », ajoute Mme Lavoie.

Ce haut taux de réactions négatives est lié à la « théorie du monde juste », qui prétend qu’il n’y a pas de victimes innocentes, estime la chercheuse. « C’est instinctif pour beaucoup de gens. »

Il faudrait davantage de sensibilisation pour préparer les gens à recevoir de tels témoignages et éviter « la victimisation secondaire », conclut la chercheuse.
 

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5 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 mai 2016 05 h 41

    Bref !

    « Ce haut taux de réactions négatives est lié à la « théorie du monde juste », qui prétend qu’il n’y a pas de victimes innocentes, estime la chercheuse. » (Jessica Nadeau, Le Devoir)

    Bien qu’il soit possible ou probable, on-dirait que ce genre de réaction relèverait moins du « monde juste » que du « monde mutuel » qui tend à affirmer le phénomène de l’attirance ; un phénomène susceptible de relier ou ficeler la « victimisation » des personnes impliquées !

    En effet, de ce monde, personne n’est pas tout-à-fait seule à vivre la « victimisation », la présence victimaire de l’autre, de ce-son vis-à-vis, demeure incontournable !

    Bref ! - 11 mai 2016 -

    • René Lefèbvre - Inscrit 12 mai 2016 09 h 34

      Les peurs et l'apathie des bonnes gens et le refus de parler haut et fort contre les viols d'enfants commis par les prêtres catholiques a été la base supportant le mur de cet affreux silence imbrisable et qui n'existe pas seulement au Québec et au Canada. Partout dans le monde, les gens ne veulent pas parler de ce sujet, car les actes sont tellement insupportables, trop abjectes et toujours méprisables.

      Cependant, l'Histoire ne retiendra pas les cris d'angoisse des victimes, et les actions immorales de violeurs mais le silence effarant des hommes de lumières et l'apathie de ceux qui avaient le pouvoir de briser ce silence mais ont eu peur et ont refusé de parler.

  • René Lefèbvre - Inscrit 11 mai 2016 09 h 45

    J'ai honte des hommes

    L'absence de sensibilité des hommes envers les femmes victimes d'agressions me sidère et me fait honte, car elle semble avoir pris racine dans tous les pays du monde à divers degrés. Hier, le journal Le Monde parlait à la une du tabou et de l'omerta concernant les multiples agressions sexuelles dans le monde politique français et Le Devoir parlait du fléau des agressions contre les femmes sur les campus universitaires du Québec.

    Depuis le scandale des viols d'enfants par les prêtres catholiques que tout le monde a cherché à cacher le plus rapidement possible, la société semble en n'avoir tiré aucune leçon et continue de blâmer la victime plutôt que de mettre au point des mécanismes d'information et de dénonciation facilement accessibles 24/7 pour tous, mêmes les enfants. Les agresseurs doivent tomber sous le coup d'une sentence à vie envers leurs victimes qui devront porter toute leur vie leur souffrance invisible mais combien profonde. Des cliniques spécialisées et gérées par des professionels de la santé doivent remplacer la police dont les gens ne sont pas aseez formés pour faire ce travail, car il est connu que la victime refuse souvent de dénoncer pour des raisons relevant de l'insensibilité des policiers. Quant aux enfants, les écoles doivent être mises à contribution pour donner de l'information afin que les petites victimes sachent qu'ils ne seront pas punies pour avoir dénoncé. Ce n'est pas en faisant silence devant la laideur de ces agressions qu'elles vont diminuer ou disparaître.

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 mai 2016 15 h 24

      Des hommes? Il me semble que l'article ne spécifiait pas de sexe, mais mentionnait, entre autres, les mères. Pour ma part, j'aurais tendance à penser que si une femme est victime de violence sexuelle, elle se confiera bien plus souvent à une femme.

    • René Lefèbvre - Inscrit 12 mai 2016 10 h 05

      @Sylvain Auclair

      "Toute personne doit apporter aide et assistance à autrui en danger" ; en France, on l'appelle la Loi du Bon Samaritain. Pourtant, dans les milliers de cas de viols d'enfants par les prêtres catholiques ici au Québec et au Canada et partout dans le monde, on a vu que ceux qui pouvaient assister les victimes d'abus sexuels ont refusé de le faire. Non seulement ils se sont tus, ils se sont aussi moqués de celles-ci et les ont remis dans les mains des abuseurs criminels.

      Le Québec doit se dotter dès aujourd'hui de centres de dénonciations des agresseurs sexuels où les femmes et les enfants violés sont écoutés par des professionnels de la santé et non par des policiers qui n'ont pas les connaissances et la sensibilité nécessaires pour faire face à de tels crimes. De plus, la société québécoise doit briser le tabou relié au agressions sexuelles, car c'est ce silence qui permet aux agresseurs de faire le mal sans crainte d'être exposé.