La violence sexuelle, un fléau à l’université

Les chercheuses peuvent dire que 40 % des victimes ont subi des conséquences qui affectent leur vie professionnelle, scolaire ou personnelle, leur vie sociale ou leur santé physique.
Photo: Asli Cetin Getty Images Les chercheuses peuvent dire que 40 % des victimes ont subi des conséquences qui affectent leur vie professionnelle, scolaire ou personnelle, leur vie sociale ou leur santé physique.

Une personne sur trois a été victime de violence sexuelle depuis son arrivée à l’université, révèle une enquête inédite menée par un groupe de chercheuses sur six campus du Québec. Et « la très forte majorité » de ces actes n’ont jamais été dénoncés.

« Les canaux institutionnels qu’on nous invite à investir pour porter plainte ne fonctionnent pas, les gens n’y vont pas », constate la chercheuse Sandrine Ricci, qui présentera les premiers résultats de l’enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU) au congrès de l’Acfas mardi.

Entre le 19 janvier et le 31 mars, 8733 personnes qui travaillent ou étudient sur l’un des six campus visés par le projet ont répondu à un questionnaire en ligne élaboré par une équipe de chercheuses sous la direction de Manon Bergeron, professeure au Département de sexologie à l’UQAM.

Mon impression, c’est qu’il y a très peu de femmes qui n’ont pas vécu un épisode [de violence sexuelle]

 

De ce nombre, 37,3 % disent avoir vécu « au moins un événement de violence sexuelle en milieu universitaire ». Une personne sur 4 rapporte avoir été victime d’un tel acte au cours des douze derniers mois.

Près de la moitié des cas de violence sexuelle sont survenus « dans un contexte d’activités sociales ou festives », précise la chercheuse de l’UQAM, Sandrine Ricci. « Viennent ensuite les activités d’enseignement ou d’études, l’exécution de tâches professionnelles et puis l’initiation, qu’on avait exclue des activités sociales et prise séparément. L’initiation facultaire ou départementale, c’est 12 %. C’est quand même pas mal. »

Plusieurs formes de violence sexuelle

La victime « typique » est une étudiante de premier cycle (60 %). Et son agresseur est, dans 70 % des cas rapportés, un ou des étudiants de sexe masculin.

La majorité des actes rapportés entrent dans la catégorie du harcèlement sexuel. Viennent ensuite les attentions sexuelles non désirées — qui incluent l’agression sexuelle au sens traditionnel du terme — puis la coercition sexuelle, qui se définit par une sorte de chantage en retour de considérations futures liées à l’emploi ou en milieu scolaire.

« La coercition sexuelle, ça représente 3 %, c’est très faible. Mais sur un échantillon de 8733 personnes, ça fait du monde à la messe ! Dans un contexte où on veut vraiment éradiquer cette violence-là, il ne faut pas minimiser. »

Conséquences

Les chercheuses s’intéressent également aux impacts chez les victimes. D’emblée, elles peuvent dire que 40 % des victimes ont subi des conséquences qui influent sur leur vie professionnelle, scolaire ou personnelle, leur vie sociale ou leur santé physique. On pense à un changement de parcours scolaire par exemple ou à une augmentation de la consommation de drogue ou d’alcool.

Mais sur cet aspect, il y a beaucoup de facteurs à prendre en considération, note Sandrine Ricci, qui rappelle qu’il faut considérer un acte de violence sexuelle dans son ensemble et non comme un acte isolé. « Avec la notion de continuum, on évite de coller une étiquette de gravité parce que, si la personne en est à son huitième épisode de harcèlement, d’invitation à prendre une bière après le cours par exemple, et que cela s’accompagne d’autres victimisations antérieures, la gravité ou les conséquences peuvent être beaucoup plus importantes. »

Pas de dénonciations

Autre fait intéressant : 36 % des victimes n’ont jamais parlé de cet événement à autrui. Pas étonnant donc de voir que « la très forte majorité » n’a jamais porté plainte. Là aussi, il faudra investiguer davantage au cours de l’étude qualitative qui suivra, note Sandrine Ricci. Mais cette dernière est convaincue que la difficulté de porter plainte, dans la société en général, et le peu de résultats qui en découle sont au coeur du problème.

« Quand on a un cas de viol et que la victime a tout fait correctement : elle a été agressée, elle est allée voir la police tout de suite après, elle ne portait pas de minijupe, elle n’était pas saoule, ce n’est pas une femme dans la prostitution — éléments qui sont tous généralement ramenés pour discréditer la victime —, même dans ces cas-là, c’est toujours la parole de l’agresseur contre celle de la victime. Et il y a un taux de judiciarisation très faible. Les victimes savent ça. Alors quand ce sont des violences qui sont moins importantes, c’est tellement astreignant de porter plainte [qu’elles ne le font pas]. »

Banalisation

Une personne sur trois qui est victime de violence sexuelle, c’est beaucoup. Mais c’est quand même moins que ce à quoi s’attendait la chercheuse. « Mon impression, c’est qu’il y a très peu de femmes qui n’ont pas vécu un épisode [de violence sexuelle]. Je me serais donc attendue à plus de résultats sur cette base-là », confie la chercheuse.

« Il y a une tendance à la banalisation qui fait qu’il y a des gestes qui sont sous-rapportés. Il y a beaucoup de gens qui considèrent que ce n’est pas grave et oublient. Mais quand on pose des questions ouvertes, il y a des choses qui ressortent, d’où l’intérêt de mener des entretiens avec certaines personnes qui se sont portées volontaires. »

L’enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire a été réalisée auprès de personnes issues de l’Université du Québec à Montréal, de l’Université de Montréal, de l’Université Laval, de l’Université de Sherbrooke, de l’Université du Québec à Chicoutimi et de l’Université du Québec en Outaouais.
 

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9 commentaires
  • Denyse Côté - Inscrite 10 mai 2016 06 h 02

    Université du Québec en Outaouais

    Cette enquête a été menée aussi à l'Université du Québec en Outaouais. A-t-on confondu dans l'article l'UQO avec l'Université d'Ottawa?

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 10 mai 2016 11 h 46

      pourquoi cette question quand on mentionne ... "Université du Québec en Outaouais"

      ottawa et outaouais sont deux choses...différentes
      La première est une ville... en Ontario
      la seconde une région... au Québec...

  • Maryse Veilleux - Abonnée 10 mai 2016 07 h 23

    Depuis que le monde est monde

    Malheureusement la violence sera toujours là, certe il serait vraiment bien de la diminuer, mais comme ils le disent dans l'article c'est la parole de l'un contre l'autre, ...ce qu'il faudrait c'est alléger le recours, plusieurs préfèrent se taire et à l'avenir vont se dire "je serai plus prudente" et font preuve de plus de retenue dans leurs sorties ou leurs comportement. On parle de cela pour les femmes mais j'étendrais aussi le débat sur les hommes, il y a beaucoup plus de cyclistes masculin qui se font invectiver par les automobilistes. Le profil de "l'agression" est différent pour les hommes. Et il y a la peur des "représailles", si on se plaint, et que ce n'est pas assez grave pour que la personne soit condamnée, alors on préfère se taire vu la vengeance anticipée qui sera probablement pire que le premier geste...

  • René Lefèbvre - Inscrit 10 mai 2016 07 h 37

    La tragédie du silence

    Voilà ce qui arrive quand la société cherche à enfouir les fléaux passés sous silence; le mal se perpétue et fait ses victimes derrière ce mur de silence bâti par les millions de bonnes gens qui ne veulent pas parler de ce sujet, car ça brise l'image de notre belle famille heureuse et unie. Un bon exemple de ce qui précède est la Révolution Culturelle en Chine où toute personne qui insiste pour parler de ce sujet risque d'être arrêté rapidement et mis en prison pour longtemps; par la peur et les armes, le silence est imposé pronto.

    Ici au Québec une forme d'autocensure malsaine s'est imposée dans la société sur le sujet des agressions sexuelles envers les femmes et les enfants, et ainsi, le mal a pris de l'empleur sans que la société s'en rende compte, exactement comme lors des abus sexuels des prêtres catholiques. La victime qui dénonce son agreseur est souvent pointée du doigt comme étant l'empêcheur de tourner en rond et elle est souvent rejetée par ses proches qui lui reprochent de parler de cette sordide affaire que tous veulent oublier.

    Ce silence morbide est l'ennemi véritable et l'on sait aujourd'hui devant l'ampleur de la preuve que beaucoup parmi les victimes d'agressions sexuelles en arrivent à se suicider derrière ce silence meurtrier.

  • Jean-Pierre Gagnon - Inscrit 10 mai 2016 10 h 15

    VIOLENCE?...

    Je m'interroge au sujet de la notion de "fléau de violence sexuelle"... Le danger, à mon humble avis, est de trop élargir la notion de fléau et de violence et de mettre dans le même panier une remarque sexuellement déplacée, grossière, et un viol.

    • Gilles Roy - Inscrit 10 mai 2016 12 h 56

      @M. Gagnon : 30% des agresseurs sont des... femmes! Pareil résultat n'est pas non plus sans ajouter à la nature un brin suspecte de la notion que vous vous amusez à déconstruire. Bref, doute et suspicion sont parfois la règle à suivre...

  • Pascal Henrard - Abonné 10 mai 2016 13 h 07

    Des détails sur cette recherche?

    Le titre de l'article est terriblement alarmiste. Pour mieux comprendre, il aurait été intéressant de savoir quelles ont été les questions posées, qui étaient les répondant(e)s, combien de personnes ont été sondées, de quelle manière l'enquête a été menée.

    Il est par ailleurs étonnant qu'une chercheuse disent "mon impression" plutôt que de se baser sur les résultats de sa recherche. Il est encore plus étonnant de voir qu'elle avait une idée préconçue avant de lancer son étude.

    • Jean-Pierre Gagnon - Inscrit 10 mai 2016 15 h 44

      Commentaires très pertinents.