L’école publique contre-attaque

Passionné de musique, de science, de sport? Tout élève de la Commission scolaire Marie-Victorin trouvera une école qui correspond à ses goûts.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Passionné de musique, de science, de sport? Tout élève de la Commission scolaire Marie-Victorin trouvera une école qui correspond à ses goûts.

Pour attirer les élèves à l’école publique, la Commission scolaire Marie-Victorin (CSMV), sur la Rive-Sud, a implanté le « nouveau » secondaire. Maintenant, chaque école possède une « couleur » unique.

« En 2012, lorsque l’école se terminait à 15 h, il n’y avait plus personne à 15 h 05. Maintenant, soir après soir, notre école est vivante. La moitié de nos élèves demeurent sur place par choix jusqu’à 16 h 30. Notre école n’est plus juste une école, c’est vraiment un milieu de vie », raconte avec fierté Marie-Dominique Taillon, directrice de l’école secondaire André-Laurendeau, à Saint-Hubert.

Depuis septembre 2013, la CSMV offre un éventail de projets pédagogiques particuliers en fonction des champs d’intérêt et des aptitudes des élèves : PEI (Programme d’éducation international), danse, théâtre, arts visuels, musique, sport, science et technologie, langue, cultures et communication. Chaque école affiche une couleur unique, et tous les élèves du territoire peuvent y accéder. À l’école André-Laurendeau, l’accent est mis sur les arts avec un programme Jazz-Pop et des concentrations danse, théâtre et arts visuels. Les élèves intéressés par une école autre que celle de leur secteur bénéficient même du transport scolaire pour fréquenter le programme de leur choix.

Changement de cap

En 2012, plusieurs constats ont amené la CSMV à vouloir améliorer son offre de service. « Des clignotants rouges s’allumaient, explique Carole Lavallée, présidente de la CSMV. Le ministère de l’Éducation annonçait une baisse démographique importante. Il y avait aussi le décrochage scolaire. Et on s’apercevait que des élèves étaient peut-être tentés par d’autres écoles que l’école publique lors du passage du primaire vers le secondaire. » Avant l’arrivée du nouveau secondaire, en 2012, 25 % des élèves de son territoire fréquentaient l’école privée.

La CSMV a alors consulté directions d’écoles, syndicats, comités de parents et élèves. « Les parents avaient des demandes très claires, souligne Mme Lavallée. Ils voulaient qu’on offre le meilleur encadrement possible à leur enfant, souhaitaient que celui-ci trouve une motivation d’aller à l’école et tenaient à ce que la commission scolaire et les écoles se soucient de la réussite de leur enfant. » Les programmes développés devaient donc répondre aux besoins et aux intérêts des élèves. « Le choix des couleurs-écoles s’appuyait sur la richesse, la diversité et la complémentarité, explique Mme Lavallée. Nous ne voulions pas de compétition entre les écoles de la CSMV. »

« Quand est venu le temps de décider de la couleur de chaque école, nous sommes partis des forces vives des milieux », se souvient Marie-Dominique Taillon. Ainsi, l’école Monseigneur-A.-M.-Parent proposait déjà une concentration science et technologie. « Nous avions un département de sciences très fort et un groupe d’enseignants impliqués qui souhaitait développer des projets, raconte le directeur Serge Caron. Les couleurs-écoles nous ont permis d’agrandir le programme et de donner accès à l’ensemble des élèves de la commission scolaire. »

Les élèves handicapés aussi

Qui plus est, des élèves handicapés ou avec un trouble du spectre de l’autisme peuvent fréquenter la concentration science de l’école Monseigneur-A.-M.-Parent. « Ils sont acceptés dans notre programme parce que nous jugeons qu’ils y ont leur place, explique M. Caron. De la même façon, les élèves de notre concentration hockey ne sont pas sélectionnés uniquement s’ils font partie d’une équipe d’élite. Cela permet donc d’avoir des élèves qui ont peu d’expérience en hockey, mais qui aiment ce sport. »

Cette année, sur le territoire de la CSMV, 2420 élèves de 6e année du primaire doivent faire un choix d’école pour le secondaire, et 1182 de ces élèves sont déjà inscrits dans l’un des nouveaux programmes pédagogiques. Le nouveau secondaire semble donc intéresser une proportion importante d’élèves, y compris certains qui étaient attirés par l’école privée. « En 2011, seulement 65 % des élèves de [nos] 6e année du primaire choisissaient une école secondaire de la CSMV. Les autres allaient soit à l’école privée, soit dans une autre commission scolaire en raison d’un déménagement. Maintenant, 75 % des élèves de 6e année demeurent dans notre commission scolaire, » mentionne avec fierté Mme Lavallée.

Les concentrations proposées par la CSMV auraient aussi des répercussions sur la motivation et la persévérance scolaire. « Les concentrations peuvent sauver des élèves à l’occasion, confirme Benoît Miousse, directeur à l’école Antoine-Brossard qui offre les concentrations soccer, sport au cube et médiaTIC. J’ai quelques élèves en tête pour qui l’année dernière ne s’était pas très bien passée. Ces élèves comprennent maintenant qu’ils sont chanceux de faire partie de la concentration, mais qu’ils doivent travailler pour y demeurer. »

« Pratiquement 100 % des élèves portent fièrement le t-shirt ou la veste aux couleurs de leur concentration et de l’école, ajoute M. Miousse. Aux pauses, les élèves des concentrations sont ensemble. Ils se parlent et s’entraident dans leurs devoirs. » Ce sentiment d’appartenance se propagerait d’ailleurs à toute l’école.

Ce sentiment permettrait aussi de développer des relations solides entre les enseignants et les élèves. « Pour un jeune qui voit son professeur de théâtre tous les jours par exemple, cet adulte occupe une très grande place dans sa vie. L’élève se sent important pour quelqu’un et redevable envers un groupe », affirme Mme Taillon.

2 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 4 avril 2016 07 h 40

    Mes félicitations ....

    Vous vous êtes pris en main sans attendre. Les jeunes qui son occupés avec ce qu'ils aiment faire, auront moins de temps à perdre pour faire des connneries.

  • Bernard Terreault - Abonné 4 avril 2016 10 h 59

    La voie à suivre

    Méritée ou non, l'école publique avait la réputation d'ëtre médiocre. Le jeune doué et motivé devait supposément aller à l'école privée pour réaliser son potentiel. Si les parents n'avaient pas l'argent ou la motivation, tant pis. J'espère que ces programmes permettront à tous les jeunes d'atteindre leurs buts.