Droits de scolarité: l'exemple britannique fait son chemin au Québec

Le recteur de l'Université de Montréal ne plaidera pas en faveur du maintien du gel des droits de scolarité lors de la commission parlementaire sur les universités. Il avoue au passage un vif intérêt pour le modèle britannique, qui cautionne une hausse des droits de scolarité par un impôt modulé selon le revenu des diplômés.

Se décoiffant de son titre de président de la Conférence des recteurs et principaux d'université du Québec (CREPUQ), qu'il porte aussi, Robert Lacroix affirme «qu'il faut lever le voile sur cette question du gel des droits de scolarité», comme il l'a expliqué hier lors d'un bref entretien téléphonique.

Le recteur a par ailleurs confié son intérêt pour le projet de loi récemment adopté par la Grande-Bretagne sur la hausse des droits de scolarité. Dans un vote très serré tenu la semaine dernière, le premier ministre Tony Blair a réussi à convaincre une mince majorité de députés d'entériner ce projet qui permettra aux universités d'imposer aux étudiants des droits de scolarité après obtention du diplôme.

Le principe est le suivant: les universités pourront imposer jusqu'à 6750 $ par année à leurs étudiants une fois le diplôme affiché au mur, et uniquement lorsque les revenus annuels de ces diplômés auront atteint les 33 750 $.

Dans un contexte où les universités québécoises demandent plus de ressources — et les réclameront d'ailleurs sous peu lors d'une commission parlementaire sur l'avenir des universités —, ce scénario représente «un grand intérêt», explique le recteur Lacroix, qui ne cache pas qu'il ira plaider en faveur d'un certain dégel des droits de scolarité lors des audiences.

«[Le modèle britannique] est tout à fait intéressant», explique-t-il, avouant que la CREPUQ n'a pas souhaité entrer dans ce débat-là. «Les diplômés ont un rendement privé après impôts qui est très élevé. Il ne serait pas anormal, après avoir reçu son diplôme, de le payer.»

Le président de la CREPUQ a par ailleurs invité l'ensemble des universités à faire une démonstration «des plus concrètes» en commission parlementaire de ce que représente le sous-financement dans les murs de chaque établissement. «Illustrons donc ce que ça veut dire que de manquer de tout, et chacun dans son domaine», explique le recteur. «Si ça veut dire montrer nos faiblesses, eh bien, soit, mais qu'on comprenne de quoi on parle!»

Le président de la CREPUQ présentait hier les résultats d'une étude du regroupement de recteurs sur la pénurie annoncée de professeurs d'université. Encore piqués au vif par l'analyse du Conseil supérieur de l'éducation (CSE) sur ce même sujet, les recteurs ripostent avec leur propre examen: «Il y a et il y aura pénurie de professeurs d'université au Québec», concluent-ils avec des données qui dépassent même celles que l'on connaissait déjà.

Le dernier rapport annuel présenté par le CSE en décembre portait sur le renouvellement du corps professoral à l'université et avait révélé que la pénurie décriée par les établissements était non «fondée». Le CSE reconnaissait du même souffle que les efforts de recrutement à venir seraient «intenses», les situant à 614 profs par année de 2003 à 2007.

Il n'en avait pas fallu plus pour faire rugir le président de la CREPUQ. Pour ajouter au propos, le président de la CREPUQ a donc mandaté les spécialistes de l'organisme d'évaluer les besoins des universités en nouveaux professeurs entre 2004 et 2012. Le résultat de l'analyse? 1067 nouvelles têtes par année.

«Nous savions que les recteurs n'avaient pas fait d'inflation verbale en parlant de pénurie», a affirmé Robert Lacroix hier. «Nous arrivons à des données deux fois supérieures à celles du Conseil supérieur de l'éducation, et même plus importantes que les données de l'AUCC, qui dataient de trois ans.»

Les données de la CREPUQ sont tirées des banques de l'organisme sur les mouvements de personnel enseignant depuis 1985. «Au total, jusqu'en 2012, c'est 9000 nouveaux professeurs dont nous aurons besoin, soit l'équivalent du corps professoral actuel», explique M. Lacroix.