L’étau se desserre en éducation

L’Union étudiante du Québec (UEQ) s’est dite « indignée » du « faible réinvestissement » de 47 millions dans le réseau universitaire.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’Union étudiante du Québec (UEQ) s’est dite « indignée » du « faible réinvestissement » de 47 millions dans le réseau universitaire.

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, desserre légèrement l’étau sur le secteur de l’éducation et de l’enseignement supérieur, ajoutant 84 millions de dollars supplémentaires à cette « priorité nationale » en 2016-2017.

Ce réinvestissement de 84 millions s’ajoute à celui de 80 millions, qu’il avait annoncé à l’automne dernier. En tout, 164 millions de « nouveaux dollars » seront donc investis en éducation et en enseignement supérieur entre 1er avril 2016 et le 31 mars 2017.

Le taux de croissance annuel des dépenses passera donc de 0,9 % à 3 % — 3,2 % primaire et secondaire et 2 % enseignement supérieur —, ce qui est jugé nettement insuffisant par les partis d’opposition. Cette cible de 3 % demeure nettement en deçà de la croissance annuelle moyenne des dépenses de la décennie pré-austérité, c’est-à-dire 3,6 %. « C’est nettement insuffisant », a déclaré le député péquiste Nicolas Marceau, déplorant que « l’austérité se poursui[ve] ». Le réseau de l’éducation a été mis sur le « respirateur artificiel » par le gouvernement libéral, a dénoncé le chef caquiste, François Legault. « Il stabilise le patient, c’est tout. »« Nos élèves valent mieux que ça », a soupiré l’élu solidaire Amir Khadir.

Les recteurs ont accueilli favorablement le 3e budget Leitão, qui « marque un virage important pour le secteur de l’enseignement supérieur ». En revanche, l’Union étudiante du Québec (UEQ) s’est dite « indignée » du « faible réinvestissement » de 47 millions dans le réseau universitaire. « Le gouvernement ne donne même pas la chance au réseau universitaire de se sortir la tête de l’eau », a affirmé la porte-parole de l’UEQ, Caroline Aubry. La situation — « services réduits » et « salles de cours [qui] débordent » — commande un réinvestissement de 350 millions, selon elle. L’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) soupçonne le gouvernement de « volontairement » réduire le financement des cégeps et des universités afin de « mieux y introduire des mécanismes du privé ».

La Fédération des cégeps a, elle, poussé un soupir de soulagement après des années de « compressions ». Les sommes dévolues en 2016-2017 « couvriront les coûts de système », mais permettront aussi de mettre en place de « nouvelles mesures », a-t-elle fait remarquer. La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) ne partageait pas son enthousiasme. « C’est comme si on posait un diachylon sur une plaie béante : c’est un pas dans la bonne direction, mais on s’attendait à plus », a affirmé le président de la FECQ, Antoine Côté. Celui-ci s’est toutefois réjoui de la création d’un programme de mobilité étudiante pour les étudiants collégiaux.

« Les plus vulnérables »

Dans son budget, M. Leitão a notamment prévu des investissements additionnels de 4 millions pour « intervenir davantage auprès des clientèles les plus vulnérables tout au long de leur parcours de formation », ainsi que 2 millions pour « offrir aux jeunes à risque de décrochage un accompagnement soutenu dès leur entrée au secondaire ». Il a aussi mis de côté 40 millions pour « donner aux élèves le goût de réussir et de se dépasser, notamment par la pratique d’activités physiques ». Enfin, il a prévu 27 millions supplémentaires afin de « renforcer les liens » entre la formation et les besoins du marché du travail.

« Il faut laisser aux commissions scolaires la latitude pour réaliser des projets en lien avec les besoins et les réalités de leur milieu, elles seules peuvent le faire », a demandé la présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), Josée Bouchard.


700 millions pour les infrastructures

Au cours des trois prochaines années, le gouvernement libéral consacrera 700 millions à la réfection des établissements d’enseignement (500 millions), à l’aménagement d’« écoles plus écoresponsables » (100 millions), ainsi qu’à la construction de nouveaux gymnases (50 millions) et d’installations sportives et récréatives de toutes sortes (50 millions). La hausse des investissements en infrastructures profitera aux « amis du pouvoir » : au premier chef les firmes de génie-conseil et les entreprises de construction, a lancé l’élu solidaire Amir Khadir. « Ce sont eux qui ont guidé la main qui a écrit le budget », a-t-il affirmé, tout en pointant l’arrestation de l’ex-ministre libérale Nathalie Normandeau. « Cet événement montre l’influence indue des milieux d’affaires sur le [Parti libéral du Québec]. »
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 18 mars 2016 08 h 38

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