Une nouvelle approche des difficultés d’apprentissage

Pierre Vallée Collaboration spéciale
« Selon les données dont nous disposons, tout indique que 80 % des élèves tireront un bénéfice du premier niveau d’intervention, que 15 % des élèves auront besoin du deuxième niveau d’intervention et que seulement 5 % des élèves se rendront au troisième niveau d’intervention », assure Robert Savage, professeur à la Faculté d’éducation de l’Université McGill.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir « Selon les données dont nous disposons, tout indique que 80 % des élèves tireront un bénéfice du premier niveau d’intervention, que 15 % des élèves auront besoin du deuxième niveau d’intervention et que seulement 5 % des élèves se rendront au troisième niveau d’intervention », assure Robert Savage, professeur à la Faculté d’éducation de l’Université McGill.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les difficultés d’apprentissage, en particulier celles liées à l’apprentissage de la langue maternelle, sont bien réelles, comme en témoigne le fait qu’une personne sur cinq, au Québec, mais aussi ailleurs en Occident, a toujours, une fois adulte, d’importantes carences en littératie.

Plusieurs approches pédagogiques ont déjà été mises en place, essentiellement auprès d’élèves en difficulté d’apprentissage au niveau primaire, pour chercher à corriger cette situation. Récemment, une nouvelle approche pédagogique a vu le jour qui est bénéfique non seulement aux élèves en difficulté, mais aussi à toute la classe. Il s’agit de la réponse à l’intervention (RAI) ou, comme on dit en anglais, Response to Intervention, puisque cette démarche est plus répandue aux États-Unis qu’ailleurs dans le monde.

« Si la RAI est plus connue et plus utilisée aux États-Unis, c’est qu’elle en est originaire, explique Robert Savage, professeur à la Faculté d’éducation de l’Université McGill. Cela n’est pas surprenant puisque présentement la grande majorité de la recherche en éducation, en particulier tout ce qui touche aux processus d’apprentissage de la lecture, nous provient de chercheurs américains. Les États-Unis sont devenus à cet égard un modèle international. » D’ailleurs, Robert Savage présidera une conférence en anglais sur la RAI lors du prochain congrès de l’Institut des troubles d’apprentissage.

 

D’abord, détecter

Toute approche pédagogique visant le soutien des élèves en difficulté d’apprentissage doit débuter par la mise en place d’un système de dépistage, et la RAI ne diffère pas. Mais elle s’éloigne des systèmes de dépistage en place. Règle générale, un des principaux baromètres d’une difficulté d’apprentissage est la comparaison entre le QI de l’élève et ses résultats. Un élève présumé avoir un certain niveau d’intelligence devrait obtenir tel résultat, et s’il ne l’obtient pas, il y a alors difficulté. Le système de dépistage de la RAI ne fonctionne pas ainsi. « Oui, le QI est un facteur dont la RAI tient compte, mais elle tient compte aussi d’autres facteurs qui pourraient influencer à la baisse les résultats de l’élève. Mais ce qui est surtout particulier avec la RAI, c’est qu’au lieu de penser que le cerveau de l’enfant est responsable, parce qu’il ne fonctionne pas comme il le devrait, elle s’intéresse aussi à l’expérience éducative de l’élève. Est-ce que cet enfant a connu jusqu’à ce jour une expérience éducative positive ? Et c’est souvent là que le bât blesse. »

Ensuite, soutenir

La RAI propose trois niveaux d’intervention. Le premier niveau est la responsabilité de l’enseignant, se déroule en classe normale et implique tous les élèves. C’est aussi à ce niveau que l’on procède au dépistage, qui doit se faire le plus tôt possible, donc dès les premiers mois de la première année du primaire. « Le dépistage n’est pas un processus formel, qui implique l’administration de tests laborieux, mais plutôt une approche quotidienne de quelques minutes par jour par élève. Par exemple, si un élève éprouve un problème avec un mot, l’enseignant vérifie quelques jours plus tard si c’est toujours le cas. » Ainsi, au fil des jours, l’enseignant en arrive à déceler les élèves qui nécessiteront un soutien.

Le soutien prévu au premier niveau d’intervention s’applique à toute la classe et ne vise pas uniquement les élèves en difficulté. « Cette approche tend à répondre à tous les besoins de l’ensemble des élèves en créant en classe la meilleure expérience éducative possible. Et pour y arriver, l’enseignant doit s’appuyer sur les meilleures méthodes pédagogiques disponibles. Pour cela, il faut outiller les enseignants, non seulement lors de leur formation, mais tout au long de leur carrière, en leur rendant accessibles toutes les avancées de la recherche et de la science à ce sujet. »

Le deuxième niveau d’intervention est plus pointu et nécessite souvent de diviser la classe en plus petits groupes de travail, ce qui permet une intervention plus ciblée et plus personnalisée. C’est aussi à ce niveau d’intervention qu’entrent en scène les professionnels de l’éducation. Le troisième niveau d’intervention concerne des rencontres individuelles, entre l’élève et un professionnel de l’éducation. De plus, tout au long de la démarche de la RAI, un monitoring permet de rajuster à la hausse ou à la baisse le niveau d’intervention. Et même si l’enseignant est au coeur de la RAI, cela ne peut pas fonctionner sans le soutien de l’équipe-école.

Application au Québec

La RAI est aujourd’hui surtout appliquée dans des écoles aux États-Unis. « Il y a maintenant une présence de la RAI en Australie et un peu au Canada anglais, dont notamment le Nouveau-Brunswick et Toronto. Pour le moment, la RAI est une pratique que l’on retrouve surtout dans le système scolaire anglo-saxon. » Est-elle applicable au Québec ? « Pourquoi pas ? Même si cette approche se base présentement sur l’enseignement de l’anglais comme langue maternelle, je ne vois pas pourquoi cela ne serait pas possible de le faire en français. Évidemment, il faudrait l’adapter, mais je ne crois pas que, même en anglais, l’on doive importer uniquement le modèle américain. Il faut adapter la RAI au contexte qui nous est propre. »

Mais cela fonctionne-t-il ? « Selon les données dont nous disposons, tout indique que 80 % des élèves tireront un bénéfice du premier niveau d’intervention, que 15 % des élèves auront besoin du deuxième niveau d’intervention et que seulement 5 % des élèves se rendront au troisième niveau d’intervention. Ces chiffres nous indiquent que la RAI arrive non seulement à dépister et bien encadrer et soutenir les élèves en difficulté, mais qu’elle procure aussi des avantages à l’ensemble des élèves. »