La sécurité affective pour lutter contre les troubles d’apprentissage

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Selon, Catherine Dolto, les bébés accompagnés ont un autre développement. Ils ont un autre tonus. Ils sont plus présents, plus éveillés, plus calmes.
Photo: iStock Selon, Catherine Dolto, les bébés accompagnés ont un autre développement. Ils ont un autre tonus. Ils sont plus présents, plus éveillés, plus calmes.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il y a plusieurs façons d’accompagner un enfant afin de lui éviter des troubles d’apprentissage. En France, Catherine Dolto a repris le flambeau du psychothérapeute Frans Veldman, qui en 1945 inventa le concept d’haptonomie. Ou comment le développement d’une relation affective entre les parents et l’enfant, dès la grossesse, peut influer sur la confiance de ce dernier et ainsi prévenir bien des problèmes à l’école.

Comment définissez-vous l’haptonomie ?

C’est la science de l’affectivité. Elle distingue dans l’appareil psychique tout ce qui a trait aux émotions, aux sensations, aux perceptions, aux sentiments pour les réunir dans un tout, que nous appelons l’affectif. Le concept a été créé par le psychothérapeute Frans Veldman après la Seconde Guerre mondiale. Il a compris comment cet affectif est relié au système nerveux et aux muscles et donc comment on peut s’en servir pour mieux soigner et mieux éduquer. C’est l’affectif qui relie le corps et l’esprit. Or, ces deux entités ne doivent pas être séparées. L’haptonomie permet d’aborder les humains comme des êtres affectivo-somato-psychiques. Et de se préoccuper de toutes ces dimensions.

Quand faudrait-il consulter en haptonomie ?

On peut utiliser l’haptonomie pour tout ce qui a trait à l’éducation et aux soins au sens le plus large du terme. En fait, tous les personnels de santé ou les enseignants pourraient donner une inflexion haptonomique à leur pratique. Ses grandes applications sont l’accompagnement de la grossesse et de la première année de la vie, ou encore l’haptopsychothérapie pour les enfants, les adolescents et les adultes.


Parlons plus précisément de l’accompagnement de la grossesse puisque ce sera le thème de votre atelier à Montréal le mois prochain…

Dans ce cas précis, il s’agit de faire découvrir aux parents que, très tôt, ils peuvent être en relation avec leur enfant. En haptonomie, on organise cette relation. Ça va bien plus loin que le simple fait de poser sa main sur le ventre de la mère. Dès qu’une femme est en contact interne avec l’enfant, toutes les cellules de son corps changent. L’utérus devient plus souple, plus moelleux. Une femme, de l’intérieur, même sans mettre sa main, peut prendre contact avec son enfant et l’inviter à se déplacer in utero.

Vous comprenez que ce soit assez difficile à appréhender…

Bien sûr ! Tant qu’on ne l’a pas expérimenté, personne ne peut l’envisager. C’est difficile d’admettre que l’on puisse prendre une femme enceinte, lui faire découvrir qu’elle peut être en contact avec son enfant et qu’à partir de là tout change pour elle et son enfant. Or, c’est ce qui se passe. L’enfant se manifeste d’une certaine façon.

Et le père, dans cette relation ?

Il est très important parce que l’enfant in utero perçoit tout ce qui est autour de sa mère. Il perçoit donc son père lorsqu’il s’approche de la mère. Le père est celui qui aide la mère et l’enfant à rester ensemble et à développer cette relation privilégiée. C’est celui qui montre à l’enfant qu’il y a un espace extérieur. Celui grâce à qui l’enfant comprend le monde de la discontinuité. Il s’en va, revient. Sa voix s’éloigne et revient, alors que la mère est toujours là. L’haptonomie leur permet de découvrir qu’ils sont une triade très puissante affectivement. Qu’ils sont la plus grande équipe qui soit pour l’accouchement.

Parce que l’accouchement est une épreuve que l’enfant redoute ?

Je n’ai pas dit ça. Cette triade est très importante, car chacun joue son rôle. L’enfant cherche son chemin activement, et plus il a été rencontré affectivement, plus il est actif. La mère le guide. Et le père, il aide la mère et l’enfant à rester ensemble, même s’il y a de la douleur. C’est celui qui dit à l’enfant : « Viens, je t’attends dehors. » Je ne crois pas que les enfants soient inquiets pour leur naissance. C’est une épreuve, certes. Mais ce n’est pas forcément traumatique. Et plus la triade est puissante, moins ça l’est.

Concernant la première année de vie de l’enfant, comment se poursuit l’accompagnement haptonomique ?

Un enfant qui a été habitué à se manifester in utero a une autre dynamique. Si on le porte comme on porte habituellement un enfant, c’est-à-dire comme un paquet que l’on prend sous le bras et que l’on dépose, il va en souffrir, être frustré. Ce sont des enfants qui ont une grande sécurité en eux, mais en même temps une grande attente. On apprend aux parents à les porter de manière à ce qu’ils aient toujours le sentiment que ce sont eux qui se lèvent, se couchent, se tournent, même lorsqu’ils sont tout bébés. Les enfants suivis en haptonomie tiennent très tôt leur tête par exemple. Ils naissent avec un grand tonus.

Quel est le but au final ? Développer l’estime de soi de l’enfant ?

Développer sa sécurité affective, ce qui est le plus grand trésor qu’on peut lui léguer. Mais c’est surtout, maintenant, avec tout ce que l’on sait sur la plasticité neuronale, lui donner l’opportunité de développer beaucoup de choses. Les bébés accompagnés ont un autre développement. Ils ont un autre tonus. Ils sont plus présents, plus éveillés, plus calmes.

Et donc mieux préparés à être de futurs apprenants, à vous entendre…

Je crois que oui. Il n’est pas prouvé que les enfants accompagnés en haptonomie ont moins de troubles d’apprentissage, mais ce serait logique. Parce qu’ils ont une grande confiance en eux, en leurs capacités, en leur entourage. Parce qu’ils ont un appétit de vivre et d’apprendre. Qu’ils sont très curieux du monde qui les entoure.