Les universités craignent d'être condamnées à péricliter

À deux semaines d'une commission parlementaire qui sera consacrée à l'avenir des universités, celles-ci interpellent le ministre des Finances et lui livrent leur «vive inquiétude» quant à la précarité des finances publiques et à la capacité des universités à surnager dans un contexte budgétaire difficile.

La «quadrature du cercle» que constituent le régime minceur du budget québécois, l'incertitude quant aux transferts fédéraux, l'accent mis par le gouvernement sur la santé et les baisses d'impôt, ainsi que l'engagement de Québec à maintenir le gel des frais de scolarité pendant la durée du mandat préoccupe vivement la Conférence des recteurs et principaux d'université du Québec (CREPUQ), qui exprime ses angoisses au ministre des Finances dans une lettre expédiée il y a deux semaines.

Alors que le ministre des Finances, Yves Séguin, voit toujours défiler devant lui divers groupes à l'occasion des consultations prébudgétaires, les recteurs résument les efforts financiers auxquels ils ont été contraints et réaffirment leur conviction de ne pas être en mesure de faire plus «sans mettre en péril la qualité des activités d'enseignement et de recherche», touchant là le coeur même de leur mission.

Contrairement aux commissions scolaires et aux collèges, qui ont participé récemment aux audiences orchestrées par le ministre, la CREPUQ a plutôt écrit au grand argentier du gouvernement pour pointer ses besoins financiers, car elle doit participer dès le 17 février à la commission parlementaire sur la qualité, le financement et l'accessibilité des universités.

«C'est un sentiment de vive inquiétude qui prévaut chez les chefs d'établissement universitaire face à l'ampleur de ces défis et à la nécessité d'y faire face pour maintenir la compétitivité de nos universités», écrivait le président de la CREPUQ, Robert Lacroix, au ministre des Finances, Yves Séguin, le 15 janvier dernier.

Les recteurs y réaffirment l'importance des subventions gouvernementales dans la somme des revenus des universités et se tourmentent pour les manières de redresser le financement des universités, déjà en «déficit» de 375 millions de dollars par rapport aux universités canadiennes, tel que l'a établi une étude conjointe CREPUQ-ministère de l'Éducation l'an dernier. «Et il est permis de penser que cet écart a pu s'accentuer cette année, étant donné la situation qui a prévalu au Québec, alors que, dans les autres provinces, les subventions et les droits de scolarité continuaient de croître.»

Suit un savant calcul où la CREPUQ établit que la promesse libérale de réinvestir à terme un montant récurrent de 60 millions de dollars pour les établissements universitaires est «nettement insuffisante» et carrément «inadéquate», d'autant plus que cet ajout promis est «déjà hypothéqué pour l'année en cours», le ministère ayant promis 53 millions de remboursement sur les efforts consentis cette année.

Le regroupement d'universités mise aussi sur de nouvelles sources de revenu pour renflouer les coffres, notamment sur de «nouveaux arrangements» qui devront être convenus avec le gouvernement fédéral.

La commission parlementaire sur les universités doit aborder l'ensemble de ces questions, et d'autres encore. Les groupes qui souhaitent partager leur réflexion autour des enjeux lancés par le ministre de l'Éducation ont encore jusqu'à vendredi pour présenter leurs mémoires au gouvernement, après quoi le calendrier des audiences sera établi. On ne sait pas encore la durée de ces consultations ni quels seront les groupes ou individus qui y seront entendus.